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Un Montréalais veut financer la libération d'otages de l'État islamique

Un homme d'affaires montréalais sollicite des fonds pour faire libérer des otages capturés par le groupe armé État islamique (EI) en Irak. L'initiative est cependant controversée, puisqu'elle alimente l'industrie de la rançon et finance une organisation terroriste.

Steve Maman, un juif séfarade originaire du Maroc, souhaite venir en aide aux membres des minorités religieuses yézidie et chrétienne à partir d'ententes avec des personnes qui se trouvent en Irak.

« Nous avons des courtiers qui se trouvent sur place, à l'intérieur du califat. Ce sont des gens qui sont évidemment de la religion de l'islam, mais qui ne sont pas nécessairement d'accord avec les pratiques envers les chrétiens et les yézidis qui sont retenus », a-t-il expliqué lundi, en entrevue à 24|60 sur les ondes d'ICI RDI.

M. Maman n'a « pas du tout » l'impression de verser une rançon pour faire libérer les esclaves. « On a des frais de logistique qui sont très clairs. Le danger est présent, donc [les courtiers] ont besoin d'être équipés, ils ont besoin de sécurité autour d'eux », a-t-il expliqué.

« Il y a un travail pour pouvoir acheminer ces enfants de l'autre côté. Il y a un frais qui est actualisé », a-t-il ajouté.

Quant à savoir ce qui se passe entre les courtiers et les propriétaires des esclaves, « on n'est pas informé, on ne veut pas le savoir », a-t-il soutenu.

Jusqu'à maintenant, Steve Maman dit avoir fait libérer 128 enfants et jeunes femmes.

Pour financer cette initiative, il a créé l'organisme sans but lucratif Liberation of Christian and Yazidi Children of Iraq, et sollicite des dons afin de « négocier » la libération d'otages. Il espère ainsi récolter près de 10 millions de dollars. Lundi soir, l'organisme avait amassé plus de 420 000 $, selon son site Internet.

Steve Maman, qui affirme être « en admiration devant notre premier ministre Stephen Harper », estime que « le Canada a été incroyable » en donnant 140 millions de dollars en aide humanitaire aux déplacés. « C'est incroyable. C'est héroïque », a-t-il soutenu à 24|60.

Une initiative controversée

« Je ne suis pas là pour questionner la bonne volonté des individus qui se lancent dans des initiatives comme celle-là, par contre, on peut questionner au nom de qui, au nom de quoi on fait ça. Est-ce que c'est parce qu'on a de l'argent qu'on peut faire ça? », s'interroge François Audet, directeur de l'Observatoire canadien sur les crises et l'aide humanitaire, à l'Université du Québec à Montréal (UQAM).

« Je suis toujours un peu sceptique quand quelqu'un arrive tout d'un coup avec l'idée que personne d'autre n'a eue, et on parle de milliers de personnes qui travaillent là-dedans quotidiennement », ajoute-t-il.

« Plusieurs régimes occidentaux se demandent si c'est la chose à faire puisque quand on commence, ça ne finit plus. Et même pour des kidnappings d'otages en nombre de quelques dizaines, on est déjà contre. Qu'est-ce que ça va être quand on est avec des milliers? », s'interroge Frédéric Castel, religiologue et géographe à l'UQAM, qui ajoute que « d'un autre côté, d'un point de vue humain, je pense qu'on peut se réjouir de ce genre d'initiative ».

De son côté, Amnistie internationale Canada a demandé des instructions à son secrétariat international à Londres avant de commenter l'initiative.

Avec les informations de René Saint-Louis

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