Après avoir provoqué sa fermeture en raison de compressions budgétaires en janvier dernier, Québec permet la réouverture du centre de désintoxication Mélaric, situé à Saint-André-d'Argenteuil, dans les Laurentides, grâce à une enveloppe de 6 millions de dollars allouée pour l'ensemble des centres de désintoxication de la province.

Le centre Mélaric bénéficiera d'une partie de cette enveloppe récurrente, tout comme les autres centres de traitement québécois, selon le nombre de résidents hébergés, a annoncé la ministre déléguée à la Réadaptation, à la Protection de la jeunesse, à la Santé publique et aux Saines habitudes de vie, Lucie Charlebois.

Le centre Mélaric a remis ses finances sur les rails et s'est entendu avec ses créanciers afin de gérer sa dette de 350 000 $. « La Fondation Mélaric s'est engagée à verser 50 000 $ dans le cadre de ce concordat », a déclaré la directrice générale adjointe de Mélaric, Lise Bourgault. 

« Mélaric repart en neuf », a résumé Mme Bourgault. Émue, cette dernière a essuyé quelques larmes au cours de l'annonce de la ministre Lucie Charlebois.

Le nouveau plan d'affaires est viable avec l'apport gouvernemental, a pour sa part indiqué le nouveau président de la Fondation Mélaric, le commandant Robert Piché. Ce dernier est devenu célèbre en réalisant un atterrissage d'urgence aux commandes d'un avion de passagers aux Açores en 2001.

M. Piché dispose déjà de sa propre fondation depuis 2007 et il vient en aide à différents centres de thérapie qui luttent contre les dépendances. M. Piché ne cache par ailleurs pas son désir d'ouvrir son propre centre thérapeutique.

La ministre Charlebois a indiqué que la crise générée par la fermeture soudaine du centre a servi le gouvernement, qui a mis en place des mesures pour éviter la répétition d'une telle situation.

Elle a également indiqué que la facturation et le financement des ressources en dépendances, qui étaient différents d'un centre à un autre, ont été uniformisés selon les nouvelles politiques du gouvernement.

Le ministère du Travail et des Services sociaux continuera d'assumer les frais d'hébergement des résidents, et la thérapie sera payée par le ministère de Mme Charlebois.

Tous les centres de désintoxication de la province bénéficiant du financement gouvernemental devront faire une reddition de compte afin de démontrer la pertinence des dépenses. « J'ai le souci de m'assurer que les sommes provenant des fonds publics soient destinées à des projets vraiment viables », dit la ministre.

Un nouveau départ et beaucoup d'émotions

« Ça fait depuis 2013 que je suis aux commandes du bateau de Mélaric et les clients qui viennent à Mélaric sont pratiquement devenus mes enfants parce qu'ils ont 18, 19 ou 20 ans », a déclaré Lise Bourgault pour expliquer son émotivité.

En entrevue à Radio-Canada, Laurent Kochenburger, un ancien résident du centre Mélaric, s'est dit très reconnaissant envers ceux qui ont permis cette réouverture. « Merci M. Piché, merci Mme Charlebois et un grand bravo à Lise Bourgault qui a fait un travail remarquable dans tout ce dossier-là! » s'est-il exclamé.

M. Kochenburger, qui est sobre depuis 28 ans, affirme que le centre n'est pas une ressource comme les autres. En plus du personnel qualifié permanent, beaucoup de personnes qui y travaillent sont d'anciens toxicomanes, fait-il valoir. « Les gens à Mélaric sont aptes à parler à ces gens-là qui sont toxicomanes, du fait qu'ils sont eux aussi toxicomanes. »

De leur côté, les anciens résidents Marcel Ringuette et Kevin Plourde ont entrepris une nouvelle thérapie au centre L'Envolée après la fermeture de Mélaric.

« J'étais vraiment en colère. Il me restait deux semaines de thérapie. Là, en recommençant, j'étais obligé de retravailler là-dessus, de rouvrir les blessures. J'ai senti une trahison, mais aujourd'hui [...] je suis fier d'avoir recommencé et de ne pas avoir fait comme certains gars qui ont pris la poudre d'escampette », dit Marcel Ringuette.

« Il a fallu que certains paient la note pour que d'autres puissent encore bénéficier de soins thérapeutiques, mais je n'aurais pas voulu que ce soit aussi brutal. Malheureusement, ce n'est pas tout le monde de Mélaric qui a réussi à s'en sortir après la fermeture », dit Kevin Plourde.

C'est une mesure du ministère du Travail, de l'Emploi et de la Solidarité sociale (MESS) qui avait provoqué la fermeture de Mélaric. Le centre assurait son financement grâce à une somme versée pour l'hébergement des pensionnaires et une contribution de ses clients pour les services thérapeutiques. Les clients payaient leur thérapie à même l'aide de dernier recours qu'ils recevaient durant leur séjour au centre.

Or, le MESS a réduit à 200 $ par mois les prestations mensuelles des prestataires de l'aide sociale des citoyens vivant en centre de désintoxication. Une somme qui ne leur permettait plus de payer leur thérapie.

Entrée en vigueur le 1er mai 2015, la mesure a privé le centre d'importants revenus, ce qui s'est traduit par le cumul d'une dette de 350 000 $ en janvier dernier. Croulant sous le poids de cette dette, la direction avait été contrainte de fermer le centre.

Désormais, les clients vivant de l'aide sociale n'auront plus à débourser d'argent pour leur thérapie ou leur hébergement.

« Ça a été une année difficile. Quand l'annonce du 6 millions est arrivée, ça a donné une bouffée d'air frais. On a pu recommencer à faire ce qu'on faisait avant, mais aussi pouvoir se fier à un budget fixe année après année. Malheureusement, il y a eu des gens qui ont été pris en otage dans ce processus-là. Mais c'est un mal pour un bien, parce que je crois que l'impact n'aurait pas été aussi important et les gains qui s'en sont suivis n'auraient pas été réalisés pour cette clientèle-là », résume de son côté le président de l'Association provinciale des organismes en dépendances (APOD) et directeur général du centre L'Envolée, Nicolas Bédard.

Le centre Mélaric avait dû fermer ses portes en janvier dernier en raison de difficultés financières persistantes.

Avec les informations d'Anne-Louise Despatie

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