Dara Khosrowshahi était depuis 12 ans le grand patron d'Expedia; il sera maintenant le PDG d'Uber. Nommé officiellement dimanche, l'homme d'affaires de 48 ans a rencontré ses nouveaux employés mercredi à San Francisco. Il arrive à un moment charnière pour l'entreprise, qui est engluée dans de nombreux scandales en plus d'accumuler les déficits.

Un texte de Jérôme Labbé de L'heure du monde

Le nouveau patron d'Uber est un immigrant d'origine iranienne qui a fui avec ses parents la révolution de 1979 et qui est arrivé aux États-Unis à l'âge de neuf ans. Il a fait carrière dans le commerce en ligne et a grimpé les échelons jusqu'à devenir PDG d'Expedia, en août 2005, au moment où la compagnie faisait son entrée en bourse. Il a largement contribué à en faire l'un des plus gros voyagistes au monde. En 12 ans, le chiffre d'affaires d'Expedia a quadruplé pour atteindre 8,8 milliards de dollars américains. Expedia compte aujourd'hui 20 000 employés et exploite des sites aussi connus que Hotels.com, Trivago et Expedia.ca.

À titre de PDG d'Uber, M. Khosrowshahi devra d'abord et avant tout s'attaquer au problème d'image de l'entreprise. Que ce soit en Europe ou en Amérique du Nord, Uber, de par sa nature numérique, peine à se conformer aux législations nationales sur le taxi. Lundi, par exemple, 1500 chauffeurs danois se sont vu imposer de lourdes amendes pour avoir offert leurs services sur la célèbre application.

« C'est une compagnie qui a connu une très forte croissance, mais qui ne semble pas s'être beaucoup préoccupé des dégâts un peu collatéraux qu'elle faisait », estime Bernard Motulsky, titulaire de la Chaire de relations publiques et communication marketing à l'UQAM.

Selon lui, cette façon de faire est typique des entreprises issues de la « la nouvelle économie [...] qui font du partage, mais qui en même temps viennent jouer dans des plates-bandes où il y a déjà des gens qui sont installés ». Il prend pour exemple la manière « cavalière » dont Uber s'est comporté depuis son arrivée au Québec.

Uber connaît aussi d'importants problèmes financiers. L'entreprise a perdu 600 millions de dollars au deuxième trimestre de 2017. Quatre sociétés d'investissement ont aussi revu à la baisse la valeur de leur participation, récemment. Avec une valorisation de 70 milliards de dollars, Uber demeure pour l'instant la plus importante société émergente non cotée au monde, mais son entrée en bourse ne saurait tarder : selon l'agence de presse Reuters, Dara Khosrowshahi a déclaré à ses employés mercredi qu'un premier appel public à l'épargne sera lancé d'ici 18 à 36 mois.

Et puis il y a aussi l'ancien PDG d'Uber, Travis Kalanick, qui est toujours dans le décor. M. Kalanick a félicité son successeur, mercredi, mais son héritage sera lourd à porter. Il est connu pour son tempérament impétueux et on lui reproche d'avoir entretenu une culture d'entreprise sexiste et brutale. Il a notamment été accusé de harcèlement par une ex-ingénieure, cet hiver.

La compagnie elle-même fait déjà l'objet de plusieurs enquêtes judiciaires, notamment sur des soupçons de corruption de responsables officiels étrangers. Uber est aussi poursuivi par une filiale de Google, Waymo, spécialisée dans les voitures autonomes, qui l'accuse de vol de technologies. C'est dans ce contexte que Travis Kalanick a été en quelque sorte évincé, en juin dernier. Il a tenté un retour au début du mois d'août, mais en vain.

Bref, M. Kalanick est un passif pour l'entreprise, selon le stratège en communication Bruno Guglielmineti. « Il part avec peu de plumes sur le dos parce qu'il a été, dans différents contextes et dans différentes histoires, pris de court de par son stye de management, de par sa façon d'agir, et s'est lui-même mis dans des situations fâcheuses, pas seulement la direction qui relevait de lui. C'est pour ça qu'aujourd'hui, ce monsieur-là, mis à part sa fortune personnelle – et heureusement qu'il l'a –, il va avoir de la difficulté à se retrouver un emploi », prédit-il.

La nomination de Dara Khosrowshahi devrait apaiser les esprits, après des semaines de conflit ouvert au sein du comité de direction, qui se déchirait non seulement sur le sort réservé Travis Kalanick, mais aussi sur l'identité de son remplaçant. Les noms de Meg Whitman, de Hewlett-Packard, et de Jeff Immelt, ex-patron de General Electric, avaient été évoqués, notamment.

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