Retour

Un nouveau pont entre Sorel et Lanoraie en discussion

Un entrepreneur qui voulait relier la Rive-Sud à Montréal par un tunnel a maintenant un nouveau projet. Luc Poirier rêve toujours de relier les deux rives, mais cette fois, par un pont entre Sorel et Lanoraie.

Un texte de Marie-Laure Josselin

Le projet de près de 400 millions de dollars serait financé par l'entrepreneur, qui souhaite mettre fin au système de traversier actuel. Les deux villes ont déjà donné leur accord pour une étude de faisabilité payée par l'entrepreneur, même si beaucoup de questions restent en suspens.

Lors de la dernière grève du traversier, l’idée d’un pont a germé dans la tête de Luc Poirier, une idée qui revient souvent depuis une quarantaine d’années. Avec son équipe, il a imaginé un pont d’environ deux kilomètres, à trois voies et construit selon une technique norvégienne. La traversée serait payante, mais moins coûteuse que le prix du traversier, assure l’entrepreneur.

Il y a un réel besoin. Lanoraie a un parc industriel qui est en train de se développer et [chez] nous, il y a les axes routiers qui doivent se connecter. [...] Avec l’expansion du port de Montréal, le terminal maritime de Sorel-Tracy est en train de se développer. Donc, toute la marchandise doit circuler facilement, librement et de façon rapide. Le pont est bienvenu et complémentaire à la poursuite du développement économique.

Serge Péloquin, maire de Sorel-Tracy, visiblement très emballé par le projet

Sur l’autre rive, le maire de Lanoraie, Gérard Jean, reste sur ses gardes. Au départ contre, il a accepté au moins l’étude de faisabilité, car l’intérêt pour un pont est présent auprès de ses administrés, mais pas à tout prix, comme il a pu le constater.

Lors de la réunion d’information à la mi-décembre, l’assemblée semblait divisée, entre ceux qui étaient « plus pour que contre, [car] ça aiderait le parc industriel » et amènerait de jeunes familles, ceux qui s’insurgeaient à l'idée que le pont leur passerait peut-être sur la tête, et ceux dont les questions étaient restées sans réponses, notamment sur l’emplacement du pont. « Je peux vous dire que les gens ont été déçus, car ça manquait beaucoup de précision. J’espère [quand même] que c’est très sérieux, car quand on amène des projets comme ça, on crée des attentes », dit le maire Gérard Jean.

Pour construire ce pont, Luc Poirier souhaite que le gouvernement lui garantisse pendant 50 ans la même subvention qu’il accorderait, selon lui, aux traversiers.

La Société des traversiers mentionne, dans son rapport annuel, que la traversée Sorel-Saint-Ignace est celle qui s’autofinance le plus, à 77 %. Luc Poirier estime, en calculant notamment les coûts de remplacement des navires dans les prochaines années, que le manque à gagner annuel pour cette traversée est d’une vingtaine de millions de dollars.

Plutôt que de donner cet argent au traversier, il propose au gouvernement de l’abandonner et de lui donner 18 millions de dollars chaque année pendant 50 ans. Le pont serait propriété publique, et l’entrepreneur de 41 ans, gestionnaire à vie. Une « solution gagnante-gagnante », selon lui, car « le gouvernement sauverait de l’argent ».

Cette condition a fait sursauter le maire de Saint-Ignace-de-Loyola, Jean-Luc Barthe. « Son pont sera alors payé par les citoyens! » dit-il. Il s’objecte à l’idée de ne plus avoir de traversier.

Le traversier est important pour les travailleurs, les touristes, la région et Saint-Ignace. S’il n’y en a plus, la municipalité devient comme un cul-de-sac, et ça pourrait la tuer. Je comprends qu’il y en a qui veulent ce pont, mais pas à n’importe quel prix.

Jean-Luc Barthe, maire de Saint-Ignace-de-Loyola

« Il faut garder cette connexion fluviale par traversier, mais il n’est peut-être pas nécessaire d’avoir deux bateaux toutes les 30 minutes. Mais la garder au moins pour les motoneiges, les quatre-roues, les vélos, les piétons et des voitures. M. Poirier doit réussir à satisfaire tout le monde », soutient le maire de Sorel-Tracy, Serge Péloquin.

Autre inquiétude, l’environnement. « À Lanoraie, on a des tourbières, un milieu qui est protégé, et des terres humides. Je pense que les citoyens aimeraient qu’il y ait un BAPE », dit Gérard Jean.

Luc Poirier déclare qu’il a fait ses devoirs et qu’il n’y aura pas besoin d’une consultation avec le Bureau d'audiences publiques sur l'environnement (BAPE). Or, questionné à ce sujet, le ministère du Développement durable et de l’Environnement précise qu’un tel projet pourrait être assujetti à la procédure d’évaluation et d’examen des impacts sur l’environnement prévue par la loi et éventuellement faire l’objet d’une audience publique du BAPE.

Prochaine étape : une rencontre avec le gouvernement et l’étude de faisabilité, payée par l’entrepreneur, qui soutient que, à part lui, il ne voit « pas une entreprise faire ce pont, car le projet n’est pas assez rentable ».

Plus d'articles

Commentaires

Vidéo du jour


Un avion s'écrase dans un arbre





Rabais de la semaine