Retour

Un outil conçu en Ontario pour prévenir les surdoses d’opioïdes

Une compagnie de Markham, dans la région de Toronto, a développé des bandelettes tests qui permettent de détecter la présence de fentanyl dans la drogue de manière rapide, simple et efficace.

Un texte de Fannie Bussières McNicoll

Cette nouvelle technologie répond à une demande importante, dans le contexte de la crise des surdoses d'opioïdes qui sévit au Canada. Déjà utilisé par un centre d'injection supervisée (CIS) de Vancouver, ce nouvel outil intéresse maintenant Toronto et Montréal.

La compagnie BTNX a mis sur le marché des bandelettes capables de détecter le fentanyl et plusieurs de ses dérivés, il y a déjà quelques années. À l’origine, elles étaient destinées à l’usage des médecins qui prescrivent des opioïdes à leurs patients ainsi qu’aux policiers qui veulent vérifier la composition de drogues saisies.

Toutefois, depuis plusieurs mois, de nouveaux clients cognent à la porte de la compagnie : les organisations qui luttent contre les effets néfastes des drogues. « La demande est exponentielle depuis les derniers mois. Nous avons été approchés par plusieurs de ces organisations au Canada, aux États-Unis et même en Grande-Bretagne qui veulent utiliser nos bandelettes », explique Iqbal Sunderani, le pdg de BTNX.

Utilisées au départ pour détecter les traces de fentanyl dans l’urine, ces bandelettes sont aussi efficaces pour détecter la présence de fentanyl dans les drogues avant sa consommation, en diluant un échantillon de la drogue dans de l’eau, idéalement distillée. Les bandelettes détectent le fentanyl et au moins sept de ses dérivés, dont le très létal carfentanil. Une étude de l’Université de Californie à San Francisco est en cours pour confirmer leur efficacité à détecter d'autres de ces substances analogues.

Résultats concluants à Vancouver

Le CIS InSite à Vancouver a été le premier à utiliser ces bandelettes dans le but de réduire les risques de surdoses d’opioïdes. Ce projet pilote permet aux consommateurs de drogue de venir gratuitement tester un échantillon de celle-ci afin de vérifier si elle contient ou non des traces de fentanyl. Les intervenants sociaux sur place jouent un rôle de supervision seulement. C’est le consommateur qui doit effectuer lui-même les manipulations, car les travailleurs de ces centres enfreindraient la loi en manipulant ces drogues illicites. Jusqu’à présent, 1500 tests de ce genre ont été effectués.

Commencée en juillet 2016, cette étude a déjà donné des résultats très prometteurs. Les chercheurs ont démontré que le recours à ces bandelettes-tests engendrait des changements positifs dans les comportements des toxicomanes, explique Mark Lysyshyn, qui est à l’origine de ce projet pilote : « Ceux qui ont découvert la présence de fentanyl grâce à ce test sont 10 fois plus susceptibles de diminuer leur dose, ce qui réduit de 25 pour cent les risques qu'ils fassent une surdose. »

Le recours à ce service d’analyse de drogue entraîne d’autres changements de comportements : la décision de ne pas consommer, de ne pas consommer seul ou encore d’avoir avec soi une trousse de naloxone, un antidote qui permet de contrer les effets d'une surdose. Ces bandelettes se sont déjà révélées être une arme efficace pour contrer la vague de surdoses mortelles qui sévit dans la région de Vancouver.

Mark Lysyshyn explique que le projet pilote est toujours en cours et qu’il espère maintenant qu’il soit implanté dans d’autres centres d’injection supervisée. Il souhaiterait également, lorsque l’efficacité et la performance de cette bandelette seront plus optimales, qu’elles soient distribuées gratuitement aux toxicomanes pour qu’ils puissent tester eux-mêmes leur drogue.

Intérêt pour les centres d’injection supervisée de Toronto

À Toronto aussi, où un premier centre d’injection supervisée temporaire a ouvert ses portes et où trois autres s’ajouteront à l’automne, l’utilisation de cette nouvelle technique de détection des drogues fait partie des discussions.

Selon Nazlee Maghsoudi, qui est impliquée dans les efforts de la ville de Toronto entourant la mise sur pied de ces nouveaux services, la chromatographie en phase gazeuse / spectrométrie de masse (GC-MS) est la technique priorisée par les experts pour l’analyse des drogues. Il s’agit d’une autre technologie de pointe qui permet de déterminer la composition des drogues. Elle peut donc servir à déceler non seulement la présence de fentanyl, mais aussi sa concentration.

Mais cet outil a ses limites, explique Nazlee Maghsoudi : « Cela prend au moins 20 minutes avant d’obtenir les résultats d’une analyse de drogue par GC-MS. Certains individus ne veulent pas patienter aussi longtemps. C’est là que les bandelettes de détection de fentanyl peuvent se révéler utiles. »

Par conséquent, Toronto pourrait bien suivre l’exemple de Vancouver et utiliser ces bandelettes en complément d’autres techniques de dépistage des drogues.

Des fonctionnaires du ministère de la Santé et des Soins de longue durée de l’Ontario ont assisté à une rencontre d’information il y a quelques semaines afin d’en apprendre davantage sur le produit proposé par BTNX.

Démarches aussi en cours à Montréal

Jean-Sébastien Fallu, co-porte-parole du Groupe de recherche et d'intervention psycho-sociale (GRIP), est d’avis que Montréal devrait s’inspirer de ce qui s’est fait à InSite dans la dernière année et aller de l’avant avec un projet-pilote semblable dans ses nouveaux centres d’injection supervisée. Des démarches ont d’ailleurs déjà été entamées en ce sens.

Même si ces bandelettes sont un outil de prévention prometteur, les experts rappellent qu'elles ne sont pas infaillibles. Tous les dérivés du fentanyl ne sont pas encore détectables et le risque d'un faux négatif est toujours présent. Les messages clés : ne pas acheter de la drogue d’inconnus, ne pas consommer seul et avoir avec soi une trousse de naloxone pour contrer les effets d’une surdose.

Plus d'articles

Commentaires

Vidéo du jour


Un homme sauve un faucon d'une attaque de serpent





Rabais de la semaine