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Un plaidoyer pour la fin de l'exploitation animale

Les animaux et les êtres humains devraient-ils avoir des droits comparables? C'est ce que prétend le journaliste et écrivain français Aymeric Caron, qui jette un pavé dans le débat sur le droit des animaux. Il publie Antispéciste, un ouvrage qui en a choqué plus d'un en France. L'ex-chroniqueur de la populaire émission française On n'est pas couché pense qu'un jour les citoyens de la planète ne consommeront plus du tout de viande.

Un texte d'Étienne Leblanc reporter spécialisé en environnement

Nous dorlotons nos chiens et nos chats. Et pourtant, nous mangeons du cochon et des vaches qui ont grandi dans des élevages, dans le seul but de nourrir les êtres humains. Pourquoi? C'est le point de départ du livre d'Aymeric Caron, une vedette du journalisme en France. Végétarien depuis plus de 25 ans, végétalien depuis quelques années, l'auteur prend le parti des animaux. Entrevue.

1- Qu'est-ce que « l'antispécisme »?

Le terme « spécisme » a été inventé en 1970 exactement par le psychologue britannique Richard Ryder. Ça définit une discrimination liée à l'espèce, comme le racisme décrit une discrimination liée à l'origine ou à la couleur de la peau, ou le sexisme qui est une discrimination liée au sexe de la personne. Le « spécisme » s'exprime de deux manières.

D'une part, en imaginant que les humains sont supérieurs à tous les individus issus des autres espèces, donc que la vie d'un être humain vaut forcément plus que la vie d'une vache ou d'un cochon, et que la douleur éprouvée par un cochon ou une vache aurait beaucoup moins d'importance que celle éprouvée par un humain tout simplement parce que ce n'est pas un humain.

D'autre part, l'autre manifestation du spécisme considère qu'il y aurait, parmi les espèces non humaines, des espèces qui valent le coup d'être soignées, comme nos animaux de compagnie, puis d'autres espèces pour qui en revanche la douleur ou la souffrance n'auraient aucune importance, comme les animaux d'élevage.

Être antispéciste, c'est d'être contre cette façon de voir le monde.

2- Tout le monde doit donc être traité sur le même pied? Le rat de ville, le moustique qui transmet des maladies dans les pays en voie de développement et l'humain sont tous égaux, selon vous?

Les cas dont vous parlez, ce sont des cas marginaux. On peut en parler si vous voulez, mais ce n'est pas le propre de la discussion. Ce que l'antispéciste demande en premier lieu, c'est qu'on arrête d'exploiter les animaux, ceux qu'on choisit de tuer et d'élever, alors que c'est complètement inutile.

C'est étonnant qu'on me pose toujours cette question... Mais vous n'êtes pas premier à le faire, quasiment tous les journalistes le font. On me parle très, très peu des élevages. On ne me parle que du moustique ou du rat. Immédiatement, on va chercher le cas d'un petit animal qui pourrait nous être nuisible dans certaines circonstances. Mais on ne parle pas des cas les plus évidents, comme l'élevage.

C'est 70 milliards d'animaux qu'on mange par année dans le monde, c'est 1000 milliards de poissons qu'on pêche, mais ça, on ne m'en parle pas. Mais c'est ça, le vrai problème. Maintenant, si vous m'interrogez sur le cas du moustique qui est porteur d'un virus, je dis que si on est menacé, si vraiment ça représente un danger pour l'homme, l'homme est tout à fait en droit de se défendre et d'éliminer le moustique qui risque de tuer des humains.

L'antispécisme ne consiste pas à dire que tous les êtres vivants sont égaux. En tout cas, qu'ils doivent être traités de la même manière. L'antispécisme affirme une égalité de considération, c'est-à-dire que tout individu sensible qui répond aux mêmes caractéristiques d'intelligence, de capacité à ressentir la douleur, tout individu doit être traité de la même manière.

Mais l'antispéciste tient compte des différences. Par exemple, un cochon, ce n'est pas la peine de le mettre à l'école le matin. Toutes les espèces ont leurs spécificités. L'antispéciste demande que ces spécificités soient observées et respectées.

3- C'est la faute aux médias si le message que vous portez n'est pas si bien compris? Vous écrivez dans votre livre que toutes les espèces doivent être traitées avec une égale considération.

Ce n'est pas la faute aux médias, je suis journaliste moi-même, je travaille dans ce milieu depuis 20 ans. C'est humain! C'est exactement comme quand vous dites à quelqu'un qui mange de la viande que vous êtes végétarien ou végétalien. Immédiatement, il va essayer d'aller chercher ce qui cloche dans votre raisonnement, sans s'interroger sur les raisons les plus évidentes. Tout simplement, parce que c'est une telle remise en cause personnelle et psychologique, que chacun veut absolument trouver un défaut à ce qui nous amène à respecter les animaux. Ce n'est pas un truc de journaliste.

4- Dans votre livre, vous vous en prenez aux décideurs qui mettent en place des politiques publiques pour protéger l'environnement. Pourquoi? Par exemple, l'Accord de Paris sur le climat n'est-il pas une bonne nouvelle pour l'avenir de la planète?

Je dénonce une forme d'écologie, que j'appellerais « écologie molle ». C'est une écologie qui est sympathique, qui dit qu'il faut polluer moins, il faut utiliser moins de ressources, il faut limiter le réchauffement climatique, dans l'amélioration à la marge, d'un système qu'on ne remet pas fondamentalement en cause. On ne considère que le système productiviste, on est conscient qu'il y a des excès, on va essayer de gommer les défauts, mais on ne remet pas le système en cause, sans se rendre compte que c'est le système lui-même qui est la cause du mal.

On se retrouve avec des petites « mesurettes » comme on a pu le voir à la COP21, on dit : « On fait quoi avec le réchauffement? 2,2 degrés Celsius? 2 degrés Celsius? 1,7 degrés Celsius? » Bref, on fait des discussions d'épiciers, mais on ne remet pas en question le système qui dit que les écosystèmes sont à notre service. Un système dans lequel nous, en tant qu'être humain, on peut se servir comme un veut.

5- Votre constat est très sombre. N'avez-vous tout même pas l'impression que sur la question de la consommation de la viande, la situation s'améliore un peu?

Il y a trois ans, au début de 2013, j'ai sorti un livre sur le végétarisme (NDLR : No Steak). À l'époque, les végétariens étaient encore considérés comme marginaux. Les choses ont radicalement changé.

Quand on se retrouve dans un repas, on constate qu'il y a ceux qui sont devenus végétariens, ceux qui sont devenus « flexitariens » et qui disent qu'ils mangent moins de viande qu'avant, puis il y a toujours un ou deux carnivores. Mais ceux-là commencent à dire : « Je mange toujours de la viande, mais je sais que c'est pas bien et j'y réfléchis ». Ce qu'on n'aurait jamais entendu il y a 3 ou 4 ans, où c'est toujours le végétarien qui aurait dû se justifier. Le grand changement, il est là. Désormais, dans un repas entre amis, c'est le mangeur de viande qui éprouve le besoin de se justifier. Il y a vraiment un changement de mentalité qui est en train de s'opérer.

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