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Un poisson et une grenouille pourraient bloquer le port de Montréal

Le projet d'agrandissement du port de Montréal à Contrecoeur, sur la Rive-Sud, prévoit des destructions importantes de l'environnement, révèle une étude d'impact présentée jeudi. L'administration du port espère le feu vert d'Ottawa, mais un gros poisson et une petite grenouille se dressent sur son chemin.

Le projet de 750 millions de dollars prévoit d'ici 2023 la construction d'installations sur 120 hectares avec huit grues, une cour pour accueillir des conteneurs, une gare de triage et un nouveau quai de 675 mètres.

Pour y faire accoster les navires, il faudra creuser le fond du fleuve Saint-Laurent. Le dragage sera effectué sur une profondeur de 11 mètres. Près d'un million de mètres cubes de sédiments seront sortis de l'eau. Huit hectares de forêt et trois hectares de milieux humides seront aussi détruits.

À terme, il y circulera jusqu'à trois navires par semaine, de même qu'un train et 1200 camions par jour.

Des impacts importants sur l'environnement

L'agrandissement du site de Contrecoeur entraînera des destructions variées de l'environnement, peut-on constater dans l'étude produite par SNC-Lavalin pour le compte du port de Montréal et présentée par l'Administration portuaire de Montréal.

En plus de l'érosion des berges et de la perte de milieux humides, l'étude conclut que les poissons, les amphibiens, les reptiles et les mammifères seront fortement touchés.

Les terrains abritent par exemple l'espèce la plus redoutée des promoteurs de la Montérégie : la rainette faux-grillon de l'Ouest.

L'étude d'impact affirme que des rainettes présentes sur le terrain pourraient subir « des futures pressions de développement dans les secteurs à proximité du terminal ».

Il n'en faut pas plus pour semer le doute dans l'esprit des auteurs : « Les répercussions potentielles, en considérant la législation qui protège l'espèce et son habitat, sont difficiles à prévoir. »

Les promoteurs rétorquent pour leur part que la rainette ne vit pas dans les zones qui seront directement exploitées, mais à proximité.

La rainette faux-grillon est aujourd'hui célèbre au Canada en raison de l'intervention de Justin Trudeau, en 2016. Le premier ministre avait posé un geste inédit pour protéger cette espèce menacée en annulant le développement complet d'un quartier de La Prairie par un décret d'urgence.

Le chevalier cuivré : autre victime potentielle

En plus d'Envionnement Canada, le port de Montréal devra convaincre Pêches et Océans Canada que ses impacts environnementaux sont acceptables. Or, la loi fédérale sur les espèces en péril interdit de « nuire » à ce poisson.

Le chevalier cuivré est un poisson unique au monde, classé en voie de disparition par le gouvernement fédéral. Il s'agit du seul vertébré 100 % québécois. Il ne resterait que quelques centaines d'individus entre Valleyfield et Sorel.

Dans l'étude, on peut lire que le projet à Contrecoeur aura un impact d'importance « forte » sur plusieurs espèces de poissons, en raison de la diminution de la qualité de l'eau et de la dégradation de leur habitat par les travaux de dragage.

Après avoir nié la présence du chevalier cuivré dans le passé, le port de Montréal reconnaît aujourd'hui, dans son étude, que « le chevalier cuivré pourrait fréquenter les herbiers aquatiques présents ». Or, c'est dans ces herbiers, qui subiront une « dégradation importante », que le poisson se nourrit.

Les promoteurs affirment pour leur part qu'un autre habitat sera créé pour ce poisson, en aval du site.

Pourquoi étendre le port de Montréal à Contrecoeur?

Le port principal, à Montréal, arrivera bientôt à saturation, sans espace supplémentaire pour s'étendre sur son site.

Or, le trafic de conteneurs va presque doubler d'ici 2030. Le port de Montréal, qui est le seul à faire de la manutention de conteneurs sur le fleuve Saint-Laurent, ne suffira plus pour soutenir la croissance des échanges commerciaux par voie maritime.

« Ce n'est que prudent de notre part que de prévoir d'avoir suffisamment de capacité pour faire face à cette croissance-là que nous offrent les marchés émergents, l'accord de libre-échange avec l'Europe et le momentum qui est créé avec la stratégie maritime », indique Sophie Roux, porte-parole du port de Montréal.

Actuellement, le port de Montréal peut manutentionner 2,1 millions de conteneurs EVP (équivalent vingt pieds) par année. À terme, les installations de Contrecoeur devraient ajouter 1,15 million de conteneurs EVP à cette capacité.

Le port de Montréal veut aussi trouver une façon d'éviter la congestion routière grandissante dans la métropole et ses accès.

Des impacts positifs

L'étude mentionne qu'aucune résidence ou route ne sera déplacée par le développement du site de Contrecoeur. Le port de Montréal promet aussi de prendre des mesures de prévention, d'atténuation ou de compensation pour ses impacts environnementaux.

En opposition aux impacts négatifs, l'étude met de l'avant des impacts positifs du projet. Ainsi, 5000 emplois seront créés pendant la construction des installations, et 1000 par la suite pour les activités du port. Le projet entraînera aussi des dizaines de millions de dollars de revenus pour Québec et Ottawa.

L'étude d'impact environnemental présentée jeudi ne concerne que la première phase du développement des installations portuaires de Contrecoeur. Deux autres phases d'agrandissement sont envisagées pour y faire tripler la quantité de conteneurs qu'il recevra. À terme, le site de Contrecoeur dépassera en activité celui de Montréal. Si le projet est accepté par Ottawa, bien sûr.

Entre-temps, des audiences publiques auront lieu à Contrecoeur à la fin du mois.

Valérie Plante, mairesse de Montréal et présidente de la Communauté métropolitaine de Montréal, s'est réjouie de l'avancement du projet. « Le Port de Montréal est non seulement un partenaire majeur pour Montréal, mais il est également la pierre d’assise du secteur des transports et de la logistique. Le projet de terminal à Contrecœur permettra au Port, qui est le premier port en importance dans l’est du Canada, d’accroître ses activités et de rivaliser avec les grands ports américains », a-t-elle déclaré dans un communiqué.

Avec des informations de Thomas Gerbet et de Jean-Sébastien Cloutier

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