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Un présumé meurtrier congédie son avocate et fait avorter son procès

Un homme de 72 ans accusé d'avoir assassiné sa belle-mère a fait dérailler son procès en annonçant qu'il congédie son avocate au premier jour des témoignages, mardi, au palais de justice de Montréal. Son procès pourrait être reporté en 2019.

Un texte de Geneviève Garon

« C'est une malheureuse décision de toute dernière minute », a laissé tomber le juge André Vincent, visiblement mécontent, en faisant ses adieux aux douze jurés, mardi matin.

Le procès pour meurtre prémédité de Zine Elabidine Hajouji Idrissi devait commencer officiellement. Mais l'homme de 72 ans a causé la surprise en congédiant son avocate, la semaine dernière, alléguant que le lien de confiance était rompu. « Madame ne répondait plus », a-t-il affirmé, soutenant qu'il avait eu de la difficulté à la joindre.

Le septuagénaire est accusé d'avoir poignardé à mort sa belle-mère de 88 ans, Zahra Allalou, le 21 juin 2016, dans l'arrondissement de Mercier–Hochelaga-Maisonneuve, à Montréal.

Alors que le système judiciaire tente de se sortir d'une crise des délais, l'annulation d'un procès de trois semaines au dernier moment envenime la situation : il est trop tard pour devancer un autre dossier, 350 candidats jurés ont été convoqués pour rien... et le processus devra être recommencé à moyen terme. « Vous n'êtes pas le seul à subir un procès au palais de justice de Montréal. On ne peut pas bousculer tout le monde qui attend », a déclaré le juge Vincent.

« Je suis désolée », a répondu l'accusé, d'une petite voix.

Son ex-femme et un de ses fils, qui devaient être les premiers à témoigner contre lui, devront donc patienter avant de tourner la page. « Ces gens-là tenaient à ce que le procès se fasse, ils voulaient témoigner. Ils étaient prêts », a déclaré le procureur aux poursuites criminelles et pénales Éric de Champlain, à sa sortie de la salle d'audience.

Pas d'arrêt Jordan

« Les délais sont tous imputables à l'accusé. Il ne pourra pas invoquer l'arrêt Jordan », a précisé le juge, en faisant référence à la décision de la Cour suprême qui détermine une durée maximale pour les procédures judiciaires au-delà de laquelle un accusé peut demander l'arrêt des procédures.

Zine Elabidine Hajouji Idrissi aurait déjà choisi un nouvel avocat, qui doit prendre connaissance de l'affaire en prévision de la reprise du procès. Une nouvelle date sera choisie le 5 septembre prochain. Le procès pourrait fort bien ne pas commencer avant la fin de l'année de 2018, voire en 2019.

Pas de deuxième chance

Le juge a mis l'accusé en garde contre la tentation de congédier à nouveau son avocat au tout début d'un procès.

« Le juge a une latitude, c'est discrétionnaire. Si l'accusé fait ça seulement pour des mesures dilatoires, le juge pourrait très bien dire non », a expliqué le criminaliste Charles Côté, en entrevue à l'émission Isabelle Richer, sur les ondes de RDI. Le procès pourrait alors débuter à la date prévue et l'accusé se représenterait seul.

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