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Un projet résidentiel pour musulmans en banlieue de Montréal

EXCLUSIF - Des fidèles de la mosquée de Brossard souhaitent acheter un grand terrain en Montérégie pour y bâtir des dizaines de maisons destinées aux familles musulmanes. Radio-Canada a obtenu copie du projet qui sera présenté vendredi aux membres du Centre communautaire islamique.

Un texte de Thomas Gerbet

« L'un de nos frères aimerait proposer un projet résidentiel aux membres de la communauté musulmane de la Rive-Sud », peut-on lire dans un courriel transmis à tous les membres de la mosquée de Brossard, le 6 novembre. Un document de deux pages détaille le projet, et les fidèles sont invités à faire connaître leur intérêt au promoteur.

L'objectif est de réunir 100 familles musulmanes dans un projet de développement résidentiel sur un terrain de 100 hectares, situé à une trentaine de kilomètres de Brossard. Le terrain n'a pas encore été identifié.

Le promoteur, Nabil Warda, est un comptable et fiscaliste de 68 ans qui fréquente la mosquée. Il est présenté comme un proche du président du conseil d'administration du Centre communautaire islamique (CCI), Mohammed Yacoub. Le document indique que son projet présente une caractéristique « communautaire en fonction des préceptes de l'islam ».

Selon nos informations, en deux jours à peine, le projet aurait suscité l'intérêt de dizaines de familles, assez pour aller de l'avant. Une séance d'information aura lieu le vendredi 18 novembre, jour de prière, au CCI.

« L'idée, c'est de créer une communauté », rappelle Nabil Warda en entrevue à Radio-Canada. Il explique que son projet a pour but de faciliter l'accession à la propriété pour les familles musulmanes, surtout les plus défavorisées. Il souhaite « donner une chance aux gens qui n'ont pas les moyens d'acheter une maison ».

Les familles ciblées sont celles qui paient un loyer entre 700 $ et 900 $ par mois. De petites maisons préfabriquées leur seraient proposées à l'achat pour un coût entre 100 000 et 120 000 $. Le complexe résidentiel verrait le jour au plus tôt à l'été 2017 et au plus tard à l'été 2019.

Ouvert aux non-musulmans?

Nabil Warda affirme qu'il n'est pas fermé à ce que quelques non-musulmans intègrent le projet, à partir du moment où ils ont « des valeurs communes ». Il nous donne l'exemple de 80 familles musulmanes et 20 non musulmanes.

Son objectif est de vivre en paix, en harmonie, et de pouvoir appliquer les « belles valeurs » de l'islam. « Ce n'est pas pour rien qu'on vient ici [au Canada], il y a le respect des droits humains, il y a une opportunité pour les gens de faire quelque chose de leur vie ».

Une question de religion et d'intérêt usuraire

En entrevue avec Patrice Roy, M. Warda a expliqué qu'il est question de permettre à certains musulmans, dont l'interprétation de la religion leur interdit de contracter des prêts avec intérêt, d'accéder à une propriété. « Dans certaines mentalités, quand on a un prêt, qu'on doit payer un montant supérieur au montant original du capital, ça devient de l'usure, nonobstant le taux. Donc, ces gens qui pourraient acheter une maison ne peuvent pas en acheter une », a-t-il constaté.

Il y a là un « grand marché », de l'avis du promoteur qui veut convaincre les banques de fournir « un financement conforme aux principes de l'islam, qui sont en réalité des ventes à tempérament [...] C'est une question de marketing ».

M. Warda s'est défendu de vouloir faire un projet exclusivement musulman et a dit s'être adressé d'abord « aux gens qui sont les plus proches, qui sont le plus susceptibles de vouloir rentrer dans ce projet ». Il a précisé que « le projet est ouvert à toute personne qui est capable de vivre en paix, en respectant la façon de vivre des gens qui l'entourent, comme c'est la loi dans la société actuellement ».

Des critiques parmi la communauté

Selon nos informations, des membres de la mosquée de Brossard ont aussi fait part de leurs doutes après la réception du projet. « Si on écoute les critiques, on ne fait jamais rien », répond Nabil Warda. « Tant que je suis critiqué de la gauche et de la droite, je sais que je suis sur le bon chemin. »

Le promoteur reconnaît que son projet est un « gros défi » et qu'il risque d'être qualifié de « ghetto ». Cependant, il demeure confiant et ne pense pas que les villes qu'il approchera pour trouver un terrain s'opposeront à lui en vendre comme certaines l'ont fait pour le projet de cimetière musulman. « Évidemment, il peut y avoir toutes sortes de craintes et de peurs, mais qui ne sera pas intéressé à collecter nos taxes? », demande Nabil Warda.

Un autre projet, pour Chinois cette fois

En menant nos recherches pour savoir s'il existait d'autres projets résidentiels communautaires, nous avons appris qu'un groupe de familles chinoises installées au Québec et en Ontario recherchaient un terrain pour y vivre ensemble. Le projet de la dizaine de familles consiste à acheter un terrain d'environ 30 hectares en Montérégie pour y bâtir de petites maisons ayant chacune un terrain agricole.

Le groupe de Chinois s'est rencontré via Internet. Ils vivent à Montréal, Toronto, Sherbrooke et Ottawa. Leur courtier immobilier est entré en contact avec la ville de Rigaud ces derniers mois pour acheter une terre agricole, mais les discussions ont échoué. Le zonage agricole ne permet pas d'y établir plusieurs maisons.

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