Retour

Un quota de déclarations sur le terrorisme aux Affaires étrangères

Depuis le printemps, le ministère fédéral des Affaires étrangères demande à ses fonctionnaires de fournir au ministre Rob Nicholson « trois déclarations par semaine à l'intention des médias concernant la sécurité en lien avec le terrorisme », indiquent des documents obtenus par CBC.

Un courriel daté du 24 avril suggère de s'inspirer des événements rapportés par les médias, comme l'évolution de la lutte menée par la coalition internationale contre le groupe armé État islamique en Irak et la Syrie, à laquelle le Canada participe.

Le message, émanant de l'équipe de communications du chef de la diplomatie canadienne, a été envoyé à tous les fonctionnaires travaillant dans les divisions liées à la sécurité nationale.

La demande a surpris certains fonctionnaires ainsi qu'un ancien sous-ministre. « Je pense que c'est assez inhabituel », a soutenu Gordon Smith, qui a travaillé sous le règne libéral, dans les années 1990. « On peut se demander si cela est lié à l'élection qui s'en vient », a-t-il ajouté.

La situation n'étonne cependant pas l'ex-fonctionnaire Leonard Edwards, qui a quitté son poste en 2010. « Il est normal que le gouvernement en place demande aux fonctionnaires de lui transmettre l'information dont il a besoin pour promouvoir et communiquer ses politiques et ses positions sur les enjeux », croit-il.

Interrogé sur les raisons d'une telle demande, le bureau du ministre Nicholson n'a pas donné de détails. « Nous ne nous excusons pas de communiquer avec les Canadiens sur les questions importantes, telles que la sécurité, quand elles sont soulevées », a déclaré son attachée de presse dans un courriel envoyé à CBC.

Un objectif rarement atteint

Depuis l'envoi de la directive, les fonctionnaires ont très rarement atteint l'objectif fixé, selon une recension faite par la CBC.

Dans un courriel envoyé au réseau, le ministère des Affaires étrangères a indiqué que, depuis le 1er avril, Rob Nicholson avait fait 97 déclarations, dont 27 concernaient la sécurité ou le terrorisme. Ce sont les événements mondiaux qui « dictent le nombre et la nature des déclarations faites par le ministère », a répondu le porte-parole François Lasalle. 

En juin, le quota a été atteint pendant une seule semaine. Ce mois-ci, il n'y a eu qu'une poignée de déclarations liées au terrorisme, dont celle où le ministre Nicholson condamnait fermement l'attentat-suicide commis cette semaine en Turquie.

Dans un communiqué émis le 1er juillet, il condamnait cette fois la vague d'attentats au Sinaï, en Égypte, revendiqués par l'État islamique. « Il faut s'attaquer à l'EIIS en raison de la terreur qu'il fait régner sur des personnes innocentes », affirmait-il.

La lutte contre le terrorisme est considérée comme l'un des principaux enjeux de l'élection prévue le 19 octobre.

Le gouvernement a augmenté les mesures de sécurité dans la foulée des attentats de Saint-Jean-sur-Richelieu et Ottawa, l'an dernier. Il a également adopté le controversé projet de loi antiterroriste C-51, rejeté par les néo-démocrates, mais appuyé par les libéraux. Les troupes de Justin Trudeau, qui avaient signifié leur opposition à certaines mesures, ont cependant indiqué qu'ils modifieraient la loi s'ils étaient élus. Plusieurs groupes de défense des droits de la personne avaient dénoncé le projet de loi, qui avait même fait l'objet de manifestations.

Plus d'articles

Commentaires