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Un rapport accablant sur la conduite automobile près des autobus scolaires au Québec

Des dizaines de dépassements illégaux par jour, des automobilistes qui prennent des risques délibérés ou qui ignorent la loi : des caméras de surveillance installées sur des autobus scolaires partout au Québec prouvent que les contrevenants sont encore trop nombreux.

Un texte de Marie-Laurence Delainey

C’est le principal constat du projet pilote réalisé sur la question. En février, le ministre québécois des Transports, André Fortin, a annoncé l’installation de caméras de surveillance sur 13 autobus répartis dans 8 villes au Québec.

Radio-Canada a obtenu le rapport de l’entreprise qui a mené le projet, Bus Patrouille. Les résultats sont sans équivoque : il y a en moyenne 3,8 dépassements illégaux par autobus, par jour.

« Si l'on prend en compte qu’il y a plus de 8000 autobus scolaires [dans la province], ça ferait plus de 30 000 infractions par jour au Québec. On est [sidérés] par ce que l'on voit, » explique le vice-président de Bus Patrouille, Roberto Rego.

« On a plus de 10 000 séquences vidéo qu'on a analysées. On voit des comportements qui vont de la méconnaissance de la réglementation à des comportements extrêmement dangereux », ajoute-t-il.

Une « patate chaude », selon l'entreprise

Le ministère des Transports du Québec a confié le rapport du projet pilote à un comité formé entre autres de l'Association des directeurs de police du Québec, la Société de l'assurance automobile du Québec et la Fédération des commissions scolaires du Québec. Le groupe devrait rendre ses recommandations au cours des prochains mois.

« Jusqu’au projet pilote, on a eu une excellente collaboration du ministère et du ministre Fortin. Depuis qu’on a remis le rapport, on constate qu’on a comme livré une patate chaude. Ce que l’on veut, c’est que l’on s’oriente vers la problématique des infractions, parce que des incidents, il en arrive chaque année », déplore M. Rego.

Chaque jour au Québec, seulement cinq contraventions sont données pour ce type d’infractions. L’officier de sécurité pour la compagnie de transport scolaire First Student et conducteur d’autobus à Pointe-Claire, Michel Martin, souhaite aussi que le gouvernement légifère.

« Dans une journée ordinaire, on ne peut pas se fier au fait qu'ils [les automobilistes] vont arrêter sur nos arrêts. On le voit régulièrement, ils ne le respectent pas », déplore-t-il. « Pour nous, c'est très stressant, parce qu'on est obligés de porter une attention particulière au débarquement des enfants. On est obligés de surveiller nos miroirs avec beaucoup d'attention. »

Aux États-Unis, les caméras de surveillance de Bus Patrouille sont installées sur 4000 autobus scolaires dans 6 États.

« C'est le même principe qu'on peut voir avec les radars photo. Ce qu'on a constaté avec les États-Unis, dès la mise en service, c'est une réduction de 35 % dans la première année. Donc on voit une baisse drastique des infractions », précise M. Rego.

L'entreprise a réalisé le même type d'étude en Ontario en 2016. Résultat : 0,8 dépassement quotidiennement par autobus. Le gouvernement de la province n'a toujours pas donné suite à cette étude.

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