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Un recueil de contes d'enfants passe de la fiction à la réalité

Le succès de la démarche artistique lancé par une enseignante de l'École primaire Jacques-Bizard pour venir en aide à des élèves est tel que toute l'école a décidé de se l'approprier.

Un reportage de Marie-France Bélanger à L'heure du monde

À l'École primaire publique Jacques-Bizard, sur l'île Bizard, à Montréal, l'ambiance est survoltée à l'approche du lancement d'un recueil de contes, conçu par les élèves.

Rêves multicolores est le titre de l'ouvrage d'une centaine de pages qui sera officiellement présenté en grande pompe le jeudi 26 mai.

« Nous aurons même un tapis rouge comme dans les grands événements », nous dit la directrice, Marie-Josée Lévesque, très fière du travail accompli par l'ensemble des élèves de son établissement, dont environ le tiers sont des nouveaux arrivants. Une initiative qui, à son avis, fait rayonner toute l'école.

L'artiste Marc Sauvageau, embauché spécialement pour travailler sur le projet grâce à des subventions du ministère de l'Éducation, explique qu'il s'agira d'un « vrai livre ».

L'ouvrage sera déposé à la Bibliothèque nationale du Québec. Il pourra être vendu en librairie et se retrouver sur les rayons de la bibliothèque du quartier, explique-t-il.

Ce livre, c'est l'idée de Rahouadja Zarzi, passionnée de littérature, qui enseigne aux élèves de classe d'accueil depuis des années.

Au départ, c'est pour eux qu'elle a voulu faire quelque chose de spécial, après voir vu des images du petit Alan Kurdi, mort noyé en Méditerranée.

« Quand j'ai vu cet enfant-là échoué sur une plage, je me suis sentie tellement triste. Et dans ma classe, j'ai des enfants qui ont aussi vécu des choses qui sont peut-être difficiles », dit-elle. Elle a donc voulu les aider par l'entremise d'un projet artistique. « Pour moi, l'art, d'un point de vue psychique, permet d'exorciser des choses, mais sans avoir à les nommer », précise-t-elle.

Un projet collectif

Modeste au départ, le projet de livre est finalement devenu celui de toute une école auquel la grande majorité des élèves ont participé, chacun à sa manière. « Moi, j'ai fait des dessins », me dit Etna, 11 ans, originaire du Vénézula, arrivée au Canada l'année dernière.

D'autres ont donné des idées, écrit les textes, fait la narration (le livre aura aussi une version audio), la correction, ou choisi la musique.

Tout le monde a travaillé ensemble : les nouveaux arrivants se sont mêlés aux élèves francophones, et les tout-petits, aux plus grands. Pour Carl, un garçon de troisième année, originaire d'Égypte, ce livre est la preuve qu'on peut faire de grandes choses quand on travaille en équipe.

La directrice Marie-Josée Lévesque estime que cette activité sort de l'ordinaire, compte tenu des moyens de pression exercés cette année par les enseignants au Québec.

Mme Zarzi a été très audacieuse parce qu'elle y a consacré beaucoup de temps en dehors de sa tâche d'enseignante. Mais personne ne s'y est opposé, dit-elle.

Rahouadja Zarzi et d'autres enseignants constatent à quel point cette activité a permis aux élèves, notamment ceux des classes d'accueil, d'améliorer leur confiance, leur estime personnelle et leur sentiment d'appartenance à l'école.

La conception du recueil a aussi amené certains jeunes à se découvrir des talents artistiques, parfois insoupçonnés. « En début d'année, lorsque je parle aux parents, je leur dis : ''Votre enfant, c'est comme une graine et on est deux à l'arroser pour qu'il s'épanouisse." Ce projet m'a permis de voir que ce sont des arbres qui ont poussé », souligne Rahouadja Zarzi, émue par le cheminement des enfants.

Pendant ce temps, certains élèves, comme Julien, rêvent déjà d'une suite au recueil Rêves multicolores.

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