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Un réfugié ghanéen qui a failli mourir de froid raconte son périple

Un réfugié ghanéen qui a failli mourir de froid en entrant au Canada le 24 décembre perdra tous ses doigts, un orteil et possiblement ses bras.

« C’est une assez mauvaise nouvelle », affirme Seidu Mohammed, dans un entretien accordé à Radio-Canada dans un hôpital de Winnipeg, où l’homme se fait traiter pour des gelures sévères. « Je ne sais pas trop quoi faire en ce moment. »

L’homme de 24 ans explique qu’il a fui son pays d’origine, car en raison de sa bisexualité, il craignait pour sa vie.

Le long périple dangereux du jeune homme a débuté en 2015, quand il s’est acheté un billet d’avion vers l’Équateur, pays sud-américain où les Ghanéens sont dispensés de l’obligation d’avoir un visa pour les visites de moins de 90 jours. Depuis l’Équateur, il s'est tracé un chemin qui passait par la Colombie, le Panama, le Costa Rica, le Honduras, le Nicaragua et le Mexique, pour terminer à San Diego, en Californie.

Une fois arrivée en sol américain, Seidu Mohammed a été mis en détention, car il s’est présenté sans papiers. « On nous a mis [les demandeurs d’asile] avec des criminels, des trafiquants de drogue, des voleurs armés et des meurtriers », affirme le réfugié.

Alors c’est comme ça qu’on nous a traités, nous les demandeurs d’asile, comme des criminels, […] comme si nous n’étions même pas humains.

Seidu Mohammed, réfugié ghanéen

Pendant son incarcération, Seidu Mohammed raconte qu’il n’a pas eu droit de téléphoner à sa famille et que les responsables du centre de détention ont refusé toute demande médiatique des journalistes qui souhaitaient parler aux demandeurs d’asile. « C’était vraiment très difficile pour nous. [En guise de protestation], nous avons même fait une grève de la faim pendant deux semaines, mais les travailleurs [du centre de détention] ne s’en préoccupaient pas », regrette-t-il.

Seidu Mohammed confie qu’il a dû attendre huit mois avant qu’une juge n’entende son plaidoyer, et que celle-ci a rejeté sa demande de statut de réfugié ainsi que refusé de lui accorder l'asile. L’homme de 24 ans a fait appel de la décision et a été libéré en attendant l’issu du recours. Un an après le refus initial, le Ghanéen a appris que son appel a été rejeté. Les autorités américaines l’ont donc convoqué au centre de détention, où il devait rester en attendant son expulsion.

Au lieu de se présenter aux agents gouvernementaux, Seidu Mohammed explique qu’il a choisi de s’enfuir encore une fois en quête d'une vie meilleure, où il serait accepté tel qu’il est, au lieu de retourner dans son pays, où il est persuadé qu’il sera condamné à mort.

Je me suis enfui pour échapper à la mort. Je ne veux pas rentrer dans mon pays. J’avais très peur que [les autorités américaines] m’attrapent et m’envoient vers la mort.

Seidu Mohammed, réfugié ghanéen

L’homme a donc pris un autobus vers Minneapolis, dans l’État de Minnesota. La ville est le noeud d’un réseau de réfugiés ghanéens et somaliens qui cherchent à fuir les États-Unis, selon la directrice générale du Conseil multiconfessionnel d’aide à l’établissement des immigrants au Manitoba (CMAEIM), Rita Chahal.

Franchir la frontière canado-américaine

À Minneapolis, Seidu Mohammed a fait connaissance d’un autre Ghanéen avec qui il a tissé des liens d’amitié et qui cherchait aussi, selon lui, à fuir une mort certaine dans leur pays d’origine. « On voulait venir au Canada, parce qu’on savait qu’on pourrait mener une vie heureuse ici », témoigne Seidu Mohammed.

Le 24 novembre, les deux hommes ont embarqué dans un autocar qui les a menés à Grand Forks, une petite ville dans le Dakota du Nord qui se trouve à environ 80 km de la frontière canado-américaine. Ils ont payé 200 $ chacun à un chauffeur de taxi qui avait accepté de les prendre à proximité de la zone douanière, mais l’Américain les a déposés après seulement 20 minutes de route et à trois heures de marche de la frontière internationale.

Il nous a débarqués dans une ferme, et la neige montait jusqu’à la taille. J’avais déjà vu de la neige, mais elle n’était pas comme cette neige-là. Cette neige, elle était très profonde et très, très, très, très dangereuse.

Seidu Mohammed, réfugié ghanéen

Selon Environnement Canada, il faisait -18 degrés Celsius à Emerson le matin du 24 décembre. Les deux réfugiés n'étaient pas habillés convenablement pour le temps froid : « je portais un manteau, un jean et des souliers, j’avais des gants, mais ils ont été emportés par le vent », concède Seidu Mohammed.

Pendant au moins sept heures, les deux réfugiés ont avancé péniblement dans la neige profonde des champs, avant qu’un bon samaritain en camionnette ne les retrouve au bord de la route 75, au nord du village manitobain de Letellier. Il reste encore à éclaircir comment le duo a réussi à franchir la frontière américaine sans être arrêté, mais lorsque l’automobiliste les a retrouvés, les deux hommes étaient désorientés et demandaient où se trouvait le bureau d’immigration.

Depuis, les deux Ghanéens se rétablissent dans un hôpital à Winnipeg. Lundi, Seidu Mohammed et son ami ont eu la chance de rencontrer le bon samaritain pour la première fois depuis les évènements du 24 décembre. « Il pleurait. Nous pleurions tous, parce qu’on était sur le point d’abandonner quand cet homme-là nous a sauvé la vie », souligne le jeune réfugié.

Le médecin nous a dit qu’on avait une sacrée chance, qu’une heure de plus, et nous serions morts. Alors cet homme est un bon samaritain et un cadeau du ciel.

Seidu Mohammed, réfugié ghanéen

« Le voyage en valait la peine »

Ces deux Ghanéens figurent parmi des centaines de réfugiés qui sont arrivés illégalement au Canada en franchissant la frontière canado-américaine entre des passages frontaliers manitobains.

Le nombre de demandeurs du statut de réfugié arrivés de cette manière au Manitoba a quintuplé depuis trois ans, selon des données de l’Agence des services frontaliers du Canada (ASFC).

Seidu Mohammed a déposé une demande de statut de réfugié et a retenu les services d’un avocat en immigration. Son audience devrait avoir lieu d’ici la mi-mars.

Le jeune homme espère pouvoir rester et travailler au Canada et se dit très reconnaissant pour l’aide qu’il a reçue de plusieurs groupes, dont la communauté ghanéenne de Winnipeg.

Je veux remercier tous ceux qui ont fait preuve de gentillesse.

Seidu Mohammed, réfugié ghanéen

Même s’il est attristé par la nouvelle qu’il perdra un orteil, le fervent joueur de soccer déclare que « c'est un bien petit prix à payer pour sa liberté et la chance d’une vie meilleure ».

« Le voyage en valait la peine. Je suis heureux ici. Retourner dans mon pays, ce serait la mort », conclut-il.

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