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Un remaniement ministériel à saveur électorale en Ontario

ANALYSE - La première ministre Kathleen Wynne accueille de nouveaux visages autour de la table de son Conseil des ministres. Un remaniement qui annonce la dernière ligne droite avant le scrutin ontarien du 7 juin prochain. Une campagne électorale qui retiendra l'attention de Philippe Couillard au Québec, Rachel Notley en Alberta et Justin Trudeau, dans la capitale nationale.

Une analyse de Christian Noël, correspondant national à Toronto

Trois nouvelles ministres ont ainsi été nommées en Ontario. Trois femmes pour envoyer un message de (presque) parité au cabinet; 14 femmes parmi 30 députés. Trois recrues pour rajeunir l’image essoufflée d’un gouvernement en place depuis 15 ans. Représentant trois régions de la province où les libéraux ont l'impression que la lutte sera chaude le 7 juin.

Nathalie Des Rosiers (Ottawa) est nommée ministre des Richesses naturelles et des Forêts. Daiene Vernile (Kitchener) obtient le portefeuille du Tourisme. Harinder Malhi (Brampton) devient quant à elle ministre de la Condition féminine.

Elles devront bien aiguiser leurs ciseaux. Non pas pour faire des compressions, mais pour couper des rubans. Les annonces gouvernementales vont se multiplier à l'approche de la campagne électorale. Et leur nomination au Conseil des ministres, à ce moment-ci, est plus électorale que gouvernementale, plus une question d’image que de contenu.

Il n’est pas question de diminuer la compétence des nouvelles recrues au Conseil des ministres. Des femmes intelligentes, accomplies, qui ont eu du succès dans leur vie professionnelle et universitaire avant de passer en politique. Mais il serait ingrat et injuste de penser qu'en seulement cinq mois, elles auront l'occasion d'avoir un réel impact dans les dossiers importants des ministères qu'on vient de leur confier.

Il serait aussi surprenant que le gouvernement lance de nouveaux programmes, de nouvelles initiatives qui donnent des résultats avant l’élection. Et le budget qui sera déposé ce printemps, et qui fera office de plateforme électorale, est pratiquement déjà prêt, sauf pour quelques ajustements de dernière minute.

Pour utiliser une analogie sportive : le plan de match est déjà prêt; la première ministre voulait seulement réarranger ses trios avant le début des séries.

Plus impopulaire que son parti

Kathleen Wynne est non seulement la première ministre la moins populaire des provinces canadiennes, son taux d’approbation atteint des planchers historiques en Ontario. Étonnamment, l’image négative qu’elle projette auprès des Ontariens ne semble pas avoir trop d’effets négatifs sur la popularité de son parti.

Les libéraux tirent de l’arrière, mais de peu : ils sont pratiquement au coude-à-coude avec leurs adversaires conservateurs. C’est attribuable en partie aux mesures sociales adoptées par son gouvernement, comme le salaire minimum à 15 $ l’heure dès 2019, l’assurance médicaments gratuite pour les moins de 25 ans et la (presque) gratuité scolaire pour les familles les moins nanties. Des mesures qui ont été bien reçues par son public cible, « la classe moyenne et ceux qui travaillent fort pour y accéder ».

D’où l’importance pour Kathleen Wynne de miser davantage sur l’image de marque de son parti plutôt que sur la sienne, visiblement ternie, et de démontrer qu’elle mène une équipe forte et compétente, alors qu’une demi-douzaine de ministres importants de son gouvernement ont décidé de ne pas se représenter aux prochaines élections.

L’Ontario observé de près par Québec, Edmonton et Ottawa

À Edmonton, la première ministre néo-démocrate, Rachel Notley, voudra voir comment le message d’inclusion, d’équité et d’occasion à saisir de son homologue ontarienne sera accueilli, et comment l’adapter à sa réalité politique, en Alberta.

Kathleen Wynne misera aussi sur un réinvestissement dans les infrastructures publiques et sociales, après des années de compression des dépenses et de déficits budgétaires. Philippe Couillard et l'intelligentsia du PLQ voudront voir s’ils peuvent en tirer des leçons.

Et au milieu de tout ça, à Ottawa, Justin Trudeau surveillera ces trois prochaines élections provinciales avec attention. Les résultats pourraient bien le priver d’alliés dans plusieurs dossiers qui lui sont chers et une montée des forces conservatrices (ou caquistes) pourrait changer la teneur et le ton des relations fédérale-provinciales, à quelques mois de sa propre tentative de réélection d’octobre 2019.

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