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Un réseau de radios autochtones dénonce les compressions d'Ottawa

La société de communication qui chapeaute nombreuses radios communautaires autochtones du Québec et du Labrador dénonce les compressions du gouvernement de Justin Trudeau, qui a pourtant massivement réinvesti dans plusieurs organismes culturels fédéraux depuis les élections de 2015.

Un texte de Laurence Niosi

Le budget de Patrimoine canadien à la Société de communication Atikamekw-Montagnais (SOCAM) serait passé de 680 000 $ en 2010, à moins de 451 000 $ cette année.

Les compressions se sont donc poursuivies sous le Parti libéral de Justin Trudeau, déplore Florent Bégin, directeur général de la SOCAM, dont le budget aurait été amputé de 75 000 $ dans la dernière année seulement.

« Nous on croyait qu’avec l’arrivée de Trudeau, et la réinjection de fonds à Radio-Canada, on s’est dit que les sociétés autochtones pourraient bénéficier de l’augmentation des budgets, mais au contraire, ça a continué à diminuer », souligne le directeur de la SOCAM, qui quitte ses fonctions à la mi-novembre. Il sera remplacé par Réjean Néquado, un journaliste atikamekw qui travaille à la SOCAM.

Alors que l'organisme tente de trouver de nouvelles sources de revenus publicitaires à l'ère du numérique, ces compressions mettent en péril sa pérennité, ajoute-t-il.

Fondée en 1983, la SOCAM regroupe au sein d'un réseau de radiodiffusion 14 stations indépendantes dans autant de communautés autochtones (3 atikamekw, 11 innues). Sa mission : rejoindre les communautés plus éloignées, développer les communications médiatiques des Autochtones, et ultimement, promouvoir leurs langues et leur cultures. Son centre de production et son siège social se trouvent à Wendake, près de Québec.

L’organisme sans but lucratif reçoit depuis 35 ans son financement du gouvernement fédéral par le biais de son programme Radiodiffusion autochtone dans le Nord (RAN), qui octroyait des subventions à 13 autres sociétés radiophoniques et télévisuelles.

Or, le programme finance depuis deux ans huit nouveaux organismes canadiens, en plus des 13 d'origine. Pendant ce temps, le budget annuel du programme RAN - environ 8 millions de dollars - est resté le même. « La tarte budgétaire est intacte, mais il y a plus de joueurs », résume le directeur général.

La SOCAM a entrepris des démarches auprès de Patrimoine canadien, mais n’a pour le moment pas obtenu de promesses d'augmentation de financement. « [La ministre Mélanie Joly] fait la sourde oreille, c’est déplorable », commente M. Bégin, ajoutant avoir coupé des heures à ses 12 employés.

Contacté par Espaces autochtones sur le financement de la SOCAM, le ministère affirme qu' « aucune relation n’est plus importante que celle qui contribue vers l’établissement d’une véritable relation de nation à nation, d’Inuit à État et de gouvernement à gouvernement avec les Premières Nations, les Inuit et les Métis du Canada »

Garder la tête au-dessus de l'eau

Florent Bégin a néanmoins réussi à obtenir un financement du Secrétariat aux affaires autochtones du Québec pour compenser les pertes de revenus d'Ottawa. Québec a débloqué 300 000 $ à la SOCAM pour les trois prochaines années.

Mais ce financement ne sert qu’à « garder la tête au-dessus de l’eau », souligne le directeur de la SOCAM.

Au moment où le premier ministre Trudeau travaille sur un projet de loi pour protéger les langues autochtones, le directeur de la SOCAM estime que le gouvernement devrait en faire plus pour renforcer le réseau, dont 95 % de la programmation est en langues autochtones.

« Chaque année, c'est la même chose. Nous ce qu'on tente du moins, c'est d'arrêter l'hémorragie », dit-il.

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