Retour

Un syndicat tire la sonnette d’alarme sur les violences contre le personnel hospitalier

Un sondage du Syndicat canadien de la fonction publique (SCFP) réalisé auprès de près de 2000 travailleurs et qui doit être publié lundi révèle des taux de violence contre le personnel hospitalier en Ontario jugés alarmants. Le syndicat demande aux hôpitaux de renforcer leur sécurité et presse la province d'agir en modifiant la législation pour mieux protéger ses membres.

Linda Clayborne a travaillé 42 ans en tant qu’infirmière dans le système hospitalier de l’Ontario. Elle a pris sa retraite de l’Hôpital St-Joseph de Hamilton en juin 2016.

« J’ai reçu des coups de pied, on m’a craché dessus, mordue, poussée et j’ai été la cible de violences verbales », raconte celle qui a longtemps été infirmière psychiatrique.

Selon le sondage du Conseil des syndicats d'hôpitaux de l'Ontario (OCHU), une division du Syndicat canadien de la fonction publique (SCFP) qui représente 34 000 employés dans les hôpitaux de la province, la violence perpétrée par les patients ou leurs proches contre le personnel hospitalier est monnaie courante dans les hôpitaux ontariens.

Et les employés qui se retrouvent le plus souvent en contact avec les patients, comme les infirmières, seraient ceux qui la subiraient le plus.

Linda Clayborne se souvient d'un incident particulièrement traumatisant pour elle : une autre infirmière qui se faisait attaquer par un patient. « Elle était sur le sol en position foetale et tout ce que je pouvais entendre c'était le bruit sourd de son pied qui frappait son dos », raconte-t-elle.

Le président d'e l'OCHU, Michael Hurley qualifie les résultats du sondage d'« atterrants ».

Il précise que ce ne sont pas que les infirmières qui sont victimes de violences physiques et verbales. « La proportion d'agression contre les employés administratifs, d'entretien et d'alimentation se situe autour de 34 % », dit-il.

Selon lui, des incidents de violence peuvent survenir dans n'importe quel service de l'hôpital.

Il indique aussi que 85 % du personnel hospitalier est féminin.

« Vous avez dans la société canadienne, malheureusement, un degré élevé de tolérance pour la violence contre les femmes. Donc vous avez ce comportement sociétal général et il ne s'arrête pas à la porte de l'hôpital. Il entre à l'intérieur et ça se combine au fait que si vous agressez quelqu'un dans un hôpital vous ne serez sans doute pas accusé. »

Un manque d'investissement dit le syndicat

Selon Michael Hurley, les restrictions budgétaires signifient que les hôpitaux investissent peu dans la protection des employés.

Linda Clayborne confirme que le nombre d'incidents violents a commencé à augmenter il y a une quinzaine d'années parallèlement à des réductions de personnel.

Pratiquement pas de recours légaux

Légalement, les hôpitaux ne peuvent pas être poursuivis pour les blessures subies en milieu de travail.

La police et la Couronne découragent généralement les employés de porter plainte contre des patients, surtout ceux qui souffrent de démence, de maladies mentales ou qui sont sous l'influence de drogues, parce qu'une condamnation est très peu probable, explique Michael Hurley.

« Ce n'est pas que nous voulons que les gens soient poursuivis, mais de notre point de vue, les tribunaux devraient être ceux qui déterminent si une personne au moment de l'agression [comprenait] la nature de ce qu'elle était en train de faire », dit le président de l'OCHU.

Alors que des négociations sur une nouvelle convention collective sont actuellement au point mort, le syndicat demande aux hôpitaux d'améliorer la protection du personnel et au gouvernement de l'Ontario de fournir une meilleure protection légale aux personnes qui rapportent des incidents violents à leurs supérieurs, ce que selon Michael Hurley et Linda Clayborne la plupart des membres du personnel hésitent à faire par peur de représailles.

Réponse des hôpitaux

Dans un communiqué, l'Association des hôpitaux de l'Ontario se dit d'abord déçue que les négociations avec le SCFP soient dans l'impasse.

Elle assure par ailleurs prendre les inquiétudes du personnel hospitalier au sérieux et travailler actuellement à l'implémentation de 23 recommandations contenues dans un rapport du Comité de leadership pour la prévention de la violence en milieu de travail dans le secteur des soins de santé publié au printemps.

Plus d'articles

Commentaires

Vidéo du jour


Une caméra de sécurité montre quelque chose d'extraordinaire





Rabais de la semaine