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Un tribunal réservé aux consommateurs d'opioïdes connaît du succès en N.-É.

En quelques années, Danielle MacPherson est passée de meneuse de claque pétillante à toxicomane ayant une grave dépendance aux opioïdes, un parcours qui l'a menée devant les tribunaux.

La semaine dernière, à Dartmouth, elle a comparu devant une juge pour des accusations d'agression armée et de méfaits.

Or, la juge ne l’a pas réprimandée : elle l’a plutôt félicitée pour son apparence. « On dirait que tu as pris du poids », s’est exclamée la juge en chef de la Cour provinciale, Pam Williams. « Ton visage et tes cheveux sont beaux, tu as l’air en forme! »

Danielle MacPherson, 26 ans, fait partie des 16 participants au tribunal de traitement pour les opioïdes, qui est peut-être la seule cour au pays réservée aux crimes commis par des personnes ayant une dépendance à ces analgésiques.

CBC a pu assister à une séance de ce tribunal et a eu accès à ses intervenants.

Le Canada compte quelques tribunaux de traitement de la toxicomanie, mais aucun en Atlantique. La priorité de ces cours n’est pas de punir les contrevenants, mais de les aider à se défaire de leur dépendance. S’ils réussissent à suivre le programme jusqu’à la fin, leur casier judiciaire est effacé.

Le programme néo-écossais se distingue des autres programmes du pays par le fait qu’il ne s’adresse qu’aux consommateurs d’opioïdes. Il démontre aussi à quel point les médicaments antidouleur sont devenus courants dans la province.

Peur de la prison

Danielle MacPherson assure que le tribunal de traitement pour les opioïdes l’a remise dans le droit chemin.

« Je suis extrêmement reconnaissante, c’est une deuxième chance. J’en avais besoin », dit-elle.

Avant de commencer le programme en février 2016, elle a consommé des opioïdes pendant huit ans, a fait six tentatives de suicide et a été hospitalisée huit fois pour des surdoses. Elle souffre aussi de trouble bipolaire. Les dernières accusations contre elle sont liées à une dispute avec son amoureux.

La possibilité d’aller en prison lui a fait craindre pour sa vie. C’est ce qui l’a convaincue de commencer des traitements. « Je ne voulais pas aller en prison », dit-elle.

Être isolée dans une cellule, seule avec mes pensées... Ça aurait été l’endroit le plus dangereux pour moi.

Danielle MacPherson, toxicomane

Diplômés

Le tribunal de traitement pour les opioïdes existe depuis 2014. Il s’adresse aux contrevenants qui ne se qualifient pas pour le tribunal de santé mentale et dont les crimes sont liés à leur dépendance. Des conseillers repèrent les candidats qui sont grandement motivés pour participer à un programme thérapeutique personnalisé et qui constituent peu de risques pour la société.

En ce moment, le tribunal de traitement pour les opioïdes compte 16 participants choisis à même le programme de traitement de la Régie de la santé de la Nouvelle-Écosse.

Les deux tiers d’entre eux sont des hommes, ils ont en général moins de 34 ans, et pour la plupart, un casier judiciaire chargé. Ils suivent volontairement le programme et ont plaidé coupables aux accusations auxquelles ils faisaient face.

Les participants prennent de la méthadone ou d’autres produits, participent à des traitements, se soumettent régulièrement à des tests d’urine et comparaissent fréquemment devant un juge. Plusieurs participants ont été expulsés, d’autres ont abandonné. Deux autres ont terminé le programme et ont évité la prison. Un troisième doit obtenir son certificat plus tard ce mois-ci. De cinq à sept personnes sont actuellement sur la liste d’attente.

« Nos diplômés ont réussi à retrouver une vie normale. Ils ont des emplois et ont des relations enrichissantes avec d’autres personnes », dit Pam Williams.

Nous créons des relations avec eux. Quand ils trébuchent ou quand ils échouent, on en sent tous les effets.

Pam Williams, juge en chef de la Cour provinciale de la N.-É.

Pas de financement supplémentaire

La cour est le fruit d’une collaboration entre le système judiciaire de la Nouvelle-Écosse et le programme provincial de traitement des opioïdes.

« Ce sont les mêmes participants », précise la juge. « Quand les différents intervenants travaillent de concert, on peut offrir un meilleur soutien et un meilleur encadrement aux toxicomanes. »

Pam Williams souhaite que le programme soit offert ailleurs en province, en ajoutant qu’un appui financier du fédéral serait le bienvenu. La juge dit que son succès ne se dément pas et en veut pour exemple Danielle MacPherson, qui réussit à garder un emploi, paie son loyer et fait même du bénévolat.

Optimisme pour l’avenir

Cette semaine, Danielle MacPherson a jeté un coup d’œil à la photo prise par les policiers lors de son arrestation, juste avant les Fêtes en 2015.

« C’est horrible », dit-elle. Elle se reconnaît à peine, montrant ses cheveux et ses yeux « sans vie ». Elle n’a pas tenté d’obtenir de la drogue depuis le début de son traitement, ce qui représente sa plus longue période de sobriété en près de 10 ans. Elle a bon espoir de terminer le programme et de voir son casier judiciaire effacé.

Danielle MacPherson espère un jour pouvoir aider les autres dans leur bataille contre leur dépendance. Elle a notamment son baccalauréat en psychologie et peut compter sur son expérience de vie.

« Redonner ce qui m’a été donné, c’est l’objectif. »

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