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Une Acadienne a cru jusqu'à 12 ans qu'elle était anglophone

Rachelle Gauthier s'est sentie longtemps comme une touriste dans sa propre culture. Jusqu'à l'âge de 12 ans, cette Acadienne originaire de Summerside, à l'Île-du-Prince-Édouard, pensait qu'elle était anglophone.

Aujourd'hui, elle vit dans ce qu'elle appelle « l'interstice » entre l'anglais et le français. Cette étudiante au doctorat à l'Université de Moncton est l'une des 25 finalistes au concours national « J'ai une histoire à raconter » du Conseil de recherches en sciences humaines. Elle fera une présentation lors d'un congrès à Calgary, à la fin mai. 

« En ce moment, aujourd'hui, je peux dire que je suis Acadienne. Et fière de l'être. Mais c'était vraiment un cheminement, ça m'a pris un bon moment, d'abord à découvrir mes racines acadiennes » lance-t-elle.

Rachelle Gauthier ajoute qu'elle n'avait jamais entendu parler français avant d'être à l'école.

« Moi, j'apprenais le français à l'école en immersion. J'apprenais la langue comme si c'était celle d'un autre. »

Puis, quelque temps avant que son grand-père meurt, il lui a dit quelques mots qui ont changé sa façon de penser.

« Mon grand-père m'a dit en anglais, n'oublie jamais ton français. Quand j'ai appris tout ça, il y une partie de moi qui voulait retourner en arrière. J'en voulais un peu à la société. »

Elle se sent aujourd'hui un peu prise entre deux cultures, dans ce qu'elle qualifie d'interstice, un espace vide au milieu d'un tout.

« Je me sens comme si j'ai un pied dans la majorité et un pied dans la minorité francophone. Je veux donc apprendre à mieux connaître ce lieu qui existe au milieu », dit-elle.

Elle souhaite maintenant donner une voix aux jeunes qui se retrouvent dans la même situation qu'elle.

« Les enfants qui sont dans les écoles françaises, mais qui parlent anglais à la maison, ça cause des frictions dans les écoles. Certains croient que ce n'est pas la place pour ces enfants-là, parce qu'on parle anglais. L'attraction de l'anglais est grande. »

Rachelle Gauthier espère que la mentalité change avec les temps.

« Je ne suggère pas d'ouvrir les portes ni de construire des écoles françaises ou des écoles d'immersion. Ce n'est pas du tout ça que je propose. Mais j'aimerais que l'on voie ces enfants-là d'un oeil différent et de voir qu'il y a un potentiel là aussi... »

L'étudiante à l'Université de Moncton ne veut pas renier une culture pour une autre.

« On peut vivre entre les deux et contribuer en même temps. Et vouloir être passionnée pour la minorité, même si on n'a pas les deux pieds plantés au centre », conclut-elle.

D'après les informations de Michel Nogue

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