L'agrile du frêne est en train de faire disparaître ces arbres de toute l'Amérique du Nord. Afin d'en sauver le plus possible et de préserver les espèces, en Ohio, des chercheurs ont créé une véritable arche de Noé du frêne.

Un texte de Annie Hudon-Friceau de l'émission La semaine verte

Il y a en tout 16 espèces de frênes qui poussent en Amérique du Nord, toutes menacées par l'agrile. Pour la biologiste américaine Jennifer Koch, il est minuit moins une. Si rien n'est fait, bon nombre de ces espèces indigènes pourraient complètement disparaître de la surface de la Terre.

En collaboration avec d'autres chercheurs américains, Jennifer Koch a créé dans ses serres, en Ohio, une véritable pouponnière de frênes.

C'est en 2008 que des chercheurs découvrent ici et là quelques frênes encore debout au beau milieu de forêts dévastées par l'agrile. Des frênes qui résistent plus longtemps à l'envahisseur. Le bagage génétique des arbres en forêt est beaucoup plus diversifié que celui des arbres plantés en ville.

Grâce à ces survivants, ces arbres les plus forts et les mieux outillés pour combattre l'agrile, Jennifer Koch croit pouvoir sauver les frênes.

Pour vérifier le niveau de résistance de ses jeunes pousses, Jennifer Koch et son équipe fixent des œufs d'agrile sur le tronc et laissent les larves s'y développer. Les arbres sont épluchés huit semaines plus tard et c'est à ce moment que les chercheurs découvrent combien de larves chaque nouvelle génération réussit à tuer.

Le dernier essai mené sur des arbres obtenus en croisant deux frênes survivants montre des signes encourageants, selon la chercheuse.

En cas d'échec, Jennifer Koch a une autre carte dans sa manche pour sauver au moins un frêne américain. Le salut du frêne noir pourrait passer par l'Asie. Là-bas, différentes espèces de frênes asiatiques ont évolué avec l'agrile et ont développé au fil du temps un mécanisme de défense contre cet insecte.

Rares sont les frênes qui succombent. C'est précisément cette arme de défense que la biologiste espère développer en créant un frêne hybride, en croisant le frêne noir - la seule espèce indigène qui ressemble génétiquement à une espèce de frêne asiatique qui résiste à l'agrile - et le frêne de Mandchourie.

L'équipe de Jennifer Koch entend poursuivre les essais avec des hybrides de deuxième génération.

Que ce soit par hybridation ou en croisant les frênes les plus résistants, l'objectif de Jennifer Koch et de ses collaborateurs est ambitieux. Mais les résultats jusqu'ici laissent croire que tous les espoirs sont permis.

L'agrile du frêne est un coléoptère originaire d'Asie. Il mesure à peine une dizaine de millimètres. L'agrile serait probablement arrivé sur notre continent par bateaux, niché dans les palettes de bois utilisées pour le transport de marchandises.

Depuis la découverte de cet insecte à Détroit, dans l'État du Michigan, en 2002, l'agrile a tué des centaines de millions de frênes dans 29 États américains et deux provinces canadiennes, l'Ontario et le Québec.

Les larves creusent des galeries sous l'écorce du frêne pour se nourrir, ce qui finit par empêcher la sève de circuler. L'arbre meurt en quelques années.

Des arbres en moins, c'est une canopée qui se raréfie et qui crée des îlots de chaleur. Des chercheurs américains ont mesuré cet impact sur la santé humaine. La perte de 100 millions de frênes aurait causé plus de 21 000 décès supplémentaires dans 15 États américains entre 2002 et 2007, soit durant les six années suivant l'apparition de la mortalité des frênes. Des morts liés aux maladies cardiovasculaires et respiratoires.

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