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Une cinquantaine de Québécois ont reçu l'aide médicale à mourir

Cinq mois après l'entrée en vigueur de la Loi concernant les soins de fin de vie, son aspect le plus controversé semble s'ancrer dans le paysage médical québécois.

Un texte de Davide Gentile

Selon nos informations, au moins une cinquantaine de Québécois ont obtenu l'aide médicale à mourir. « C'est aux alentours de cela », confirme le ministre de la Santé en entrevue à Radio-Canada. Selon lui, ce rythme est normal. « Beaucoup de gens attendaient la mise en application de la loi », estime Gaétan Barrette. « Je ne pense pas qu'on se dirige vers une croissance effrénée », dit-il.

Sans condamner l'effort consenti pour l'aide médicale à mourir, plusieurs médecins qui oeuvrent en soins palliatifs sont déçus de ce qui a été investi dans ces soins. « On ne sent pas la même mobilisation pour augmenter l'accès aux soins palliatifs », affirme Christiane Martel, présidente de la Société québécoise des soins palliatifs. Surtout, dit-elle, « que la majorité des gens souhaitent tout de même simplement des soins de confort en fin de vie ».

Elle rappelle que l'accès à des soins palliatifs de qualité était le premier objectif de la Loi concernant les soins de fin de vie. « En soins palliatifs, on ne voit pas beaucoup d'amélioration des ressources. Mais on voit beaucoup de mobilisation des ressources pour que l'aide médicale à mourir soit disponible. »

La Dre Christiane Martel craint que le peu de soins palliatifs offerts dans certaines régions n'alimente le nombre de demandes d'aide médicale à mourir. « De demander l'aide médicale à mourir parce qu'on n'a pas eu les soins appropriés, je pense qu'on doit veiller à ce que ça n'arrive pas. »

Sa collègue Marjorie Tremblay estime qu'il y a un sérieux problème. « Moi, ce que je vois dans mon terrain de tous les jours, ce sont des patients qui considèrent l'aide médicale à mourir, à défaut d'avoir des soins palliatifs dans leur région. Je trouve ça épouvantable! »

Elle estime que les patients qui sont bien soulagés vont en grande majorité rejeter l'aide médicale à mourir. « Je crois que beaucoup de médecins de soins palliatifs se sentent impuissants. Parce que l'on sait ce qu'on peut offrir et on se rend compte qu'on n'a pas les ressources pour le faire. »

Elle souhaiterait qu'on élabore une campagne d'information sur les soins palliatifs. « Avez-vous vu de la promotion des soins palliatifs depuis l'application de la loi? Moi je n'ai même pas entendu l'expression "soins palliatifs"! »

Confusion entre soins palliatifs et aide médicale à mourir

Elle déplore aussi une grande confusion chez une partie de la population entre l'aide médicale à mourir et les soins palliatifs, ces derniers visant simplement à éviter la souffrance chez le mourant. « Certaines personnes ont peur qu'on leur donne l'injection fatale s'ils viennent en soins palliatifs! »

Le ministre estime que ce constat est exagéré. « Je ne pense pas que les gens disent : "je n'aurai pas de lit en soins palliatifs, je vais donc demander l'aide médicale à mourir"! Je suis convaincu que ça n'existe pas », martèle Gaétan Barrette.

Il affirme qu'à part quelques exceptions, le nombre de lits de soins palliatifs dans les établissements est suffisant. Des améliorations doivent être apportées, par exemple, dans la région de Shawinigan et dans l'est de Montréal.

Cependant, le ministre admet que l'offre en soins palliatifs à domicile doit être améliorée. Actuellement, environ 11 % des Québécois finissent leurs jours à la maison.

Québec veut que ce nombre passe à 22 % d'ici 5 ans. Tous les intervenants estiment que c'est ce que souhaitent la majorité des mourants. « Que les gens qui font des soins à domicile trouvent qu'ils n'ont pas assez de ressources, ceux-là ont raison », dit le ministre Barrette.

Il fait des soins palliatifs à domicile la priorité pour ce secteur. Le ministre de la Santé devrait prononcer une allocution lors du 26e congrès annuel du Réseau de soins palliatifs du Québec, jeudi, à Sherbrooke.

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