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Une crise des migrants en Allemagne, quelle crise?

Au pouvoir depuis 2005, la chancelière allemande Angela Merkel devrait, selon tous les sondages, obtenir un quatrième mandat lors des élections générales qui se tiennent ce dimanche. Ce sera un exploit, compte tenu des vives critiques dont elle a fait l'objet depuis l'arrivée de plus d'un million de migrants, lors de la crise de 2015. Radio-Canada est allé à la rencontre de divers acteurs pour comprendre ce qu'il reste aujourd'hui de cette crise migratoire.

Un texte de Sylvain Desjardins, correspondant en Europe

Ils sont une petite cinquantaine de personnes, rassemblées comme tous les lundis depuis janvier 2015, devant la gare centrale de Berlin. C’est la 142e manifestation du genre, nous dit-on.

« Je viens ici pour dénoncer la terreur dans le pays », raconte Catherine, traductrice et mère de famille.

« C’est à cause de Mme Merkel. Elle a ouvert la porte aux immigrants et maintenant, il y a des viols tous les jours dans le pays. Et toujours par des musulmans. Moi, je n’ai plus envie de payer pour ces gens-là », ajoute-t-elle.

Catherine fait partie des sympathisants du groupe d’extrême droite Pegida, un mouvement anti-immigration présent dans plusieurs pays d’Europe de l’Est.

Le chapitre berlinois du groupe s’est baptisé « Bärgida ». L’an dernier, à pareille date, ils étaient 500 devant la gare. Lundi dernier, ils étaient dix fois moins nombreux.

Les irréductibles opposants à l’immigration ont perdu de leur influence en Allemagne. La crise migratoire, qui avait pourtant soulevé les passions au cours des deux dernières années, n’a pas été un enjeu central dans cette campagne électorale.

La crise a néanmoins été récupérée par le parti d’extrême droite Alternative pour l’Allemagne qui en a fait son cheval de bataille et qui recueille plus de 10 % des intentions de vote. Le parti devrait d’ailleurs faire son entrée pour la première fois au Bundestag, le parlement fédéral allemand, à l'issue du scrutin de dimanche.

L'exemple de Lübeck

Dans les faits, les autorités allemandes, avec le concours de la population, sont en voie de réussir le pari de l’intégration d’un million de réfugiés.

Cette situation est notamment observable à Lübeck, une ville du nord du pays qui compte 200 000 habitants. On y trouve 18 écoles d’intégration et de langue allemande qui accueillent environ 5000 réfugiés.

Autrefois des centres de formation professionnelle et des écoles pour les décrocheurs scolaires, ces établissements ont dû être reconvertis pour répondre à l’arrivée massive de migrants.

« Ça a été tout un défi de répondre à cette demande », explique Ana Komishke, enseignante d’allemand et coordonnatrice au centre Groene de Lübeck.

La plupart des nouveaux arrivants ont attendu deux ans pour avoir accès à ces cours, le temps que leur dossier soit traité et que leur statut soit confirmé. Ils devront toutefois continuer à s’armer de patience puisqu’ils en sont encore au cours de base pour apprendre la langue allemande.

« Ils auront besoin d’au moins une année de cours avant d’être fonctionnels », précise le directeur du centre Groene, Thomas Mix.

Tout le monde y trouve son compte

Najibullah Ahadzai se considère privilégié de vivre à Lübeck. Une famille d’Allemands lui a offert une chambre devenue vacante dans leur maison.

L'Afghan de 26 ans a également eu la chance de se trouver un travail, peu après son arrivée dans la ville. « L’intégration, ce n’est pas seulement apprendre une langue, affirme Najibullah. C’est aussi la familiarisation avec une culture, avec le mode de vie, les valeurs. C’est nouveau pour moi et pour la plupart des autres réfugiés », relate-t-il.

Son patron à la petite firme d’entreposage de jouets Trullala, Christoph Kleiner, est lui aussi ravi. Pour lui, l’arrivée de cette nouvelle population est un avantage.

« Disons que je suis toujours à la recherche de bons travailleurs. Et les réfugiés sont très motivés, ils veulent se faire une place », affirme-t-il.

Christoph Kleiner n’est pas un grand fan d’Angela Merkel. Il salue néanmoins sa décision d’ouvrir les portes du pays aux réfugiés. « C’était la bonne chose à faire », soutient-il.

Un contexte économique positif

Au cours des deux dernières années, plus d’un employeur allemand sur cinq déclare avoir embauché un ou plusieurs réfugiés ou avoir offert un stage à un ou plusieurs d'entre eux, selon une étude récente réalisée par le Centre d’études économiques CESifo de Munich. Il reste maintenant à parfaire la formation professionnelle de ces nouveaux arrivants.

« Le contexte économique très positif actuellement, surtout dans le sud de l’Allemagne, joue en faveur de l’intégration de ces réfugiés souvent jeunes, surtout masculins », indique Klaus Peter Sick, historien et chercheur au centre Mark Block de Berlin. Selon lui, 92 % des réfugiés admis récemment en Allemagne se sentent bien accueillis.

Le gouvernement allemand prévoit dépenser environ 30 milliards de dollars canadiens pour achever leur intégration au cours des prochaines années.

Un peu plus d’un million de réfugiés sont actuellement enregistrés en Allemagne, dont 850 000 sont en âge de travailler. Un peu moins de la moitié d’entre eux ont obtenu le statut qui leur permet d’occuper un emploi. Les autres attendent toujours.

Combien sont-ils à avoir déjà trouvé un emploi? Les chiffres ne le disent pas encore.

Ceux qui ont réussi à décrocher un travail doivent souvent se contenter de petits boulots puisque la forte majorité des réfugiés ne possède aucun diplôme reconnu.

Cela pose un problème de définition de l’intégration, « une question absente du discours des dirigeants politiques », souligne Jochen Schmidt, directeur de l’Institut de recherches politiques à Schwerin, dans le nord-est de l’Allemagne.

Il observe, comme la plupart des Allemands, que la gestion de la crise migratoire de 2015 s’est faite d’une manière extrêmement efficace en ce qui a trait à la couverture des besoins essentiels.

Malgré cela, Jochen Schmidt déplore ce qu’il décrit comme une absence de politique formelle de l’immigration en Allemagne. « C’est un patchwork, pas une politique cohérente », dit-il.

« On pense aux questions de sécurité, mais pas à l’intégration à long terme. On règle les problèmes au jour le jour. La prochaine fois qu’il y aura des milliers de gens aux portes de l’Europe, je ne sais pas ce qui va se passer. Il faut trouver des réponses à ce problème », conclut le chercheur.

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