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Une « décision majeure » sur la Syrie est imminente, assure Donald Trump

Le président américain Donald Trump promet de prendre « très rapidement » une « décision majeure » au sujet de la Syrie, au surlendemain d'une présumée attaque chimique perpétrée à Douma, dernière enclave rebelle de la Ghouta orientale, en banlieue de Damas. L'option militaire n'est pas exclue, a-t-il assuré.

Dans des remarques faites aux journalistes avant une réunion de son Cabinet, lundi midi, le président Trump a d'abord avancé qu'une décision serait prise dans les « 24/48 heures », avant d'affirmer quelques minutes plus tard que cela se produirait « probablement d'ici la fin de la journée ».

Il s'agit de déterminer qui est à l'origine de cette attaque, que ce soit la Russie, le gouvernement du président syrien Bachar Al-Assad, l'Iran ou les trois ensemble, a-t-il précisé. Moscou et Téhéran sont deux alliés indéfectibles de Damas dans le conflit syrien.

« Odieux », « atroce », « horrible », le président n'a pas mâché ses mots pour qualifier l'attaque perpétrée samedi « contre des civils innocents ». « Cela ne peut être toléré », a-t-il ajouté.

Dimanche, M. Trump avait prévenu dans un tweet que la Syrie qu'il y aurait un « fort prix » à payer pour cette « attaque chimique insensée ». Il avait dès lors imputé l'attaque au président syrien Bachar Al-Assad, qu'il a qualifié d'« animal ».

Il y a un an, M. Trump avait ordonné le lancement de 59 missiles de croisière sur une base du régime syrien, en représailles à une attaque chimique qui avait tué en avril 2017 plus de 80 civils à Khan Cheikhoun dans la province d'Idlib.

M. Trump doit aussi discuter de la Syrie lundi avec son nouveau conseiller à la sécurité nationale, John Bolton. Ce dernier a déjà plaidé pour une intervention plus musclée des États-Unis en Syrie.

Le président américain a indiqué qu'il n'exclut pas un recours à la force contre la Syrie, reprenant à son compte des propos tenus plus tôt dans la journée par son secrétaire à la Défense, Jim Mattis.

Le président russe Vladimir Poutine a pour sa part profité d'une conversation téléphonique avec la chancelière allemande Angela Merkel pour déplorer « le caractère inadmissible des provocations et spéculations » sur cette présumée attaque chimique, selon un communiqué du Kremlin.

Selon le département d'État américain, « les symptômes des victimes de Douma rapportés par des professionnels de la santé crédibles et visibles sur des photos et des vidéos sur les réseaux sociaux sont compatibles avec [l'utilisation d'] un agent asphyxiant et d'un agent innervant ».

Il souligne en outre que l'attaque s'est produite dans un secteur où le régime syrien mène des opérations contre l'opposition, en interdisant l'accès à des observateurs internationaux.

60 morts, 1000 blessés à Douma, selon une ONG

Selon un bilan avancé lundi par l'Union des organisations de secours et soins médicaux France, cette attaque a fait « plus de 60 morts et plus de 1000 blessés », et « beaucoup de ces victimes sont des enfants ». Selon l'ONG, « les secours peinent à accéder aux souterrains dans lesquels le gaz s’est insinué et où des centaines de familles avaient trouvé refuge ».

Les Casques blancs et l'ONG médicale Syrian American Medical Society (SAMS) affirmaient dimanche que l'attaque avait tué 48 personnes et que plus de 500 personnes, des femmes et des enfants pour la plupart, présentaient « les symptômes d'une exposition à un agent chimique ».

La Syrie nie toute responsabilité dans cette affaire et le chef de la diplomatie russe, Sergueï Lavrov, affirme que des spécialistes russes qui ont enquêté à Douma n'y ont trouvé « aucune trace de chlore ou d'une quelconque substance chimique ».

« Sans vérification, sans enquête, tirer des conclusions ne serait pas correct », a pour sa part commenté le porte-parole du Kremlin, Dmitri Peskov. « Il est nécessaire d'élucider de manière très minutieuse ce qu'il s'est passé à Douma. Sans information, tirer des conclusions serait dangereux. »

L'Organisation pour l'interdiction des armes chimiques (OIAC) a néanmoins annoncé l'ouverture d'une enquête sur cette attaque. L'institution internationale a « effectué une analyse préliminaire des informations sur l'utilisation présumée d'armes chimiques dès leur publication » et davantage d'éléments seront rassemblés « pour établir si des armes chimiques ont été utilisées », a déclaré son directeur général, Ahmet Uzumcu,

Les experts examinent les éléments provenant « de toutes les sources disponibles » et feront part de leurs conclusions aux 192 pays signataires de la Convention sur l'interdiction des armes chimiques de 1993, a ajouté M. Uzumcu.

La Syrie a adhéré à ce traité en 2013, après avoir admis, sous forte pression américaine et russe, et sous la menace de frappes militaires occidentales, détenir des stocks d'armes chimiques. L'OIAC affirme avoir détruit la totalité des stocks syriens déclarés, mais M. Uzumcu a à plusieurs reprises indiqué qu'il y avait des failles dans les déclarations du régime de Damas.

Le Conseil de sécurité de l'ONU saisi du dossier

À New York, le Conseil de sécurité de l'ONU se réunira à 15 h (HAE) pour discuter de la présumée attaque chimique. Selon un document obtenu par l'AFP, les États-Unis font circuler un nouveau projet de résolution réclamant la création d'un nouveau « mécanisme d'enquête indépendant des Nations unies » sur le recours aux armes chimiques en Syrie.

Les pays occidentaux qui sont des membres permanents du Conseil de sécurité de l'ONU présentent un front uni sur cette question.

La Maison-Blanche avait fait savoir dimanche que M. Trump et le président français Emmanuel Macron ont convenu lors d'un entretien téléphonique que le régime du président Bachar Al-Assad devait être « tenu pour responsable » de cette attaque et se sont prononcés pour « une réponse forte et commune ».

Le chef de la diplomatie britannique, Boris Johnson, a lui aussi appelé à une « réponse internationale forte », lors d'une conversation téléphonique, lundi, avec son homologue français, Jean-Yves Le Drian. Selon M. Jonhson, l'une des réunions de l'ONU « constituera une étape importante dans la détermination de la réponse internationale ».

« Nous sommes résolument opposés au recours à des armes chimiques par quelque pays, quelque organisation, quelque personne et quelque motif que ce soit, et ce, en toutes circonstances », a pour sa part commenté lundi un porte-parole de la diplomatie chinoise, Geng Shuang.

« La Chine est en faveur d'une enquête exhaustive, objective et juste à propos de l'affaire en question », a-t-il ajouté, réclamant que l'enquête permette de déférer les responsables devant la justice.

Le président turc Recep Tayyip Erdogan a aussi dit lundi à son homologue russe Vladmir Poutine son « inquiétude à propos des attaques contre Douma et la Ghouta orientale », lors d'un entretien téléphonique, selon la présidence turque.

Depuis le début de la guerre en Syrie, en 2011, plusieurs projets de résolution soumis au Conseil de sécurité de l'ONU n'ont jamais pu être adoptés en raison de l'opposition de la Russie.

D'autres résolutions sont demeurées sans effet. Le 24 février, par exemple, le Conseil a approuvé, avec l'accord de Moscou, une résolution réclamant « sans délai » un cessez-le-feu humanitaire d'un mois en Syrie. Cela n'a pas empêché le régime syrien de poursuivre ces bombardements sur la Ghouta orientale, qui a presque été totalement reconquise depuis.

Avant l'attaque chimique présumée à Douma, M. Trump affirmait ouvertement sa volonté de retirer les quelque 2000 soldats américains déployés en Syrie pour combattre le groupe armé État islamique, en faisant valoir que les djihadistes étaient pratiquement battus.

Les derniers rebelles de la Ghouta sur le point d'être évacués

Selon l'agence SANA, une évacuation vers le nord de la Syrie des rebelles et de leurs familles a commencé dimanche soir, en application d'un accord conclu dans la journée avec Jaïch al-Islam, le groupe rebelle contrôlant Douma.

Selon le commandant du centre russe pour la réconciliation entre les parties, Iouri Evtouchenko, « 100 autobus » étaient arrivés sur place et « tout [était] prévu pour l'évacuation de 8000 combattants et environ 40 000 membres de leurs familles ».

Parallèlement, des otages retenus à Douma par les rebelles ont pu regagner Damas.

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