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Une diplomée en science infirmière échoue l'examen d'accréditation neuf fois

Des infirmières diplômées ne pourront jamais exercer leur profession au Nouveau-Brunswick. Elles sont nombreuses à être incapables de réussir l'examen d'accréditation des infirmiers NCLEX-RC et choisissent de changer de profession. Cette situation préoccupe l'Université de Moncton, alors qu'il y a une pénurie d'infirmières dans la province.

Stéphanie Noël a toujours voulu devenir infirmière en pédiatrie ou en oncologie. Ce rêve elle a dû le laisser tomber, malgré un baccalauréat en science infirmière obtenu en 2014. Ces études lui ont coûté 76 000 dollars.

Mme Noël a échoué à plusieurs reprises à l’examen d’accréditation NCLEX-RC qui lui permet de pratiquer la profession d’infirmière au Nouveau-Brunswick.

La dernière fois qu’elle a tenté de le passer, c’était en mars 2017. « Je ne peux plus continuer à essayer cet examen-là », explique-t-elle les larmes aux yeux. « Pour moi, c’est terminé. »

Stéphanie Noël est loin d’être un cas isolé. Les taux d'échecs à l'examen NCLEX-RC sont très élevés à l'Université de Moncton. En 2015, la moitié des étudiants l'ont échoué en première écriture.

« Le sentiment que nous avons après des échecs est horrible. C’est notre rêve », dit-elle.

Stéphanie Noël rappelle qu’un baccalauréat en science infirmière dure quatre ans et s’avère dispendieux. « C’est beaucoup de travail. Il y a des stages. Nous dépensons beaucoup d’argent en livres », précise-t-elle.

Inégalité et mauvaise traduction

La diplômée croit que les étudiants francophones sont désavantagés par rapport à leurs collègues anglophones. « Les livres [pour se préparer à l’examen] sont en anglais. La documentation est en anglais. Nous n’avons même pas un petit livre en français », mentionne-t-elle.

Un sentiment d’injustice prend place lorsqu’elle repense à NCLEX-RC. « Comme francophones, nous nous sentons délaissés. Nous sommes dans une province bilingue », se désole-t-elle. « Nous devrions avoir les mêmes choses que les anglophones. »

En plus de l’inégalité des ressources, Stéphanie Noël dénonce une mauvaise traduction de l’examen. « La première fois que je l’ai [examen] fait, c’était en français. Je suis sortie de l’examen et je me suis dit : "voyons, suis-je vraiment francophone ?" », se souvient-elle.

Le directeur de l'École de science infirmière de l'Université de Moncton, Pierre Godbout, s'inquiète du nombre important d'étudiants qui ne peuvent accéder à la profession.

Pierre Godbout admet que les ressources destinées à la francophonie laissent à désirer. « Il y a une injustice sur le plan linguistique. II y a une iniquité incroyable qui existe. »

Il a d'ailleurs comparu devant le Comité parlementaire permanent aux langues officielles à Ottawa en mai 2017 pour réclamer des ressources pédagogiques en français.

L'Université de Moncton critiquée

Stéphanie Noël demande aussi un meilleur engagement de l’Université de Moncton et de l’Association des infirmières et infirmiers du Nouveau-Brunswick. « L’Université n’a pas tenté de savoir si tous les outils étaient à notre disposition », déclare-t-elle.

Elle ajoute que l’enseignement universitaire se penche davantage sur la prévention alors que l’examen se concentre plus sur les médicaments et les maladies.

Stéphanie Noël demande plus d’action de l’Université de Moncton et de l’Association des infirmières et infirmiers. Si rien n’est fait, le manque d’infirmiers frappera de plein fouet la province.

« Les personnes qui vont graduer ou encore ceux qui veulent faire un changement de carrière ne vont plus dire : "je vais faire un baccalauréat en science infirmière". L’examen leur fait peur. Tu n’as même pas commencé ton baccalauréat et tu ne sais même pas si tu pourras être infirmière. »

Aujourd'hui, Stéphanie Noël a décidé de tourner le dos à la profession d'infirmière. Elle est de retour sur les bancs d'école, mais cette fois-ci pour devenir enseignante.

Même si elle a abandonné ce rêve de soigner des enfants ou des patients atteints de cancer, elle ne peut s’empêcher de penser à ses collègues qui, tout comme elle, n’ont jamais réussi l’examen d’immatriculation. « Ces infirmières, qui ont des enfants, qui sont monoparentales, qui ne peuvent plus travailler dans ce domaine. C’est déplorable de nous enlever ce droit-là. »

Avec les informations de Nicolas Steinbach

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