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Une dizaine de journalistes ciblés pour des fuites dans l’affaire Ian Davidson

Le Service de police de la Ville de Montréal (SPVM) et la Sûreté du Québec (SQ) ont épié les contacts policiers d'une dizaine de journalistes dans le cadre d'une enquête sur les fuites médiatiques survenues lors de l'enquête sur la taupe Ian Davidson, a-t-on appris mardi à la commission Chamberland.

Un texte de François Messier

Cette enquête de la SQ, lancée en février 2012, avait fait couler beaucoup d’encre à l’époque, puisqu’elle avait été exceptionnellement demandée par le ministre de la Sécurité publique, Robert Dutil, à la demande du Directeur des poursuites criminelles et pénales (DPCP).

Dans une lettre envoyée au ministère, le procureur en chef aux poursuites criminelles et pénales, Pierre Lapointe, disait être « extrêmement préoccupé » par la divulgation, à la mi-janvier, d’informations qui provenaient d’une déclaration sous serment déposée au soutien d’une demande d’écoute électronique dans l’affaire Davidson.

C’est dans le cadre de cette enquête que la division des affaires internes du SPVM a remis à la Sûreté du Québec une liste des appels effectués par dix journalistes auprès de différents policiers du SPVM entre août 2011 et janvier 2012.

Alain Gravel, de Radio-Canada, Patrick Lagacé, Vincent Larouche, Daniel Renaud et Fabrice de Pierrebourg, de La Presse, et Félix Séguin, de TVA , sont au nombre des journalistes qui figuraient dans cette liste.

Plusieurs échanges entre Patrick Lagacé et Ian Davidson

L’enquêteur responsable de l’enquête à la SQ, Pierre Frenette, a toutefois reconnu mardi que son mandat principal dans ce dossier consistait à déterminer la fréquence des contacts entre Patrick Lagacé et un policier du SPVM qui était déjà soupçonné d’être à l’origine des fuites médiatiques.

Une analyse a rapidement permis de déterminer que M. Lagacé avait eu 67 échanges avec le policier suspecté entre le 4 novembre 2011 et le 20 janvier 2012. Plusieurs avaient précisément eu lieu avant le 18 janvier, date à laquelle La Presse a publié un article de fond sur l’affaire Davidson.

L’enquêteur Frenette a également expliqué à la commission que la SQ s’est appliquée à déterminer quel média avait sorti quelle information à quel moment dans cette affaire. Le tout a été comparé avec des informations contenues dans la déclaration sous serment et dans un PowerPoint confectionné par le SPVM dans l’affaire Davidson.

Partage d'informations au sein des médias

Cette analyse a poussé la Sûreté du Québec à conclure que La Presse avait eu accès à ces deux sources dans le cadre de son enquête, mais qu’elle avait ensuite partagé cette information avec d’autres médias.

« La Presse aurait obtenu à la fois le PowerPoint et [la déclaration sous serment] et aurait donné [la déclaration sous serment] à TVA Nouvelles. TVA Nouvelles a obtenu l'exclusivité, suivi du Téléjoumal de RDl, Radiojournal, Désautels, CBC News, Téléjournal Grand Montréal », peut-on lire dans cette analyse déposée en preuve.

« Ça veut dire que des informations avaient été échangées entre journalistes. Un passait l’information à l’autre, quand ce n’est pas un concurrent », a-t-il expliqué.

Le témoignage de Pierre Frenette se poursuivra mercredi. L’ex-ministre de la Sécurité publique, Robert Dutil, est également attendu.

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