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Une dizaine de Québécois ont reçu l'aide médicale à mourir depuis l'entrée en vigueur de la loi

Deux mois après l'entrée en vigueur de la Loi concernant les soins de fin de vie, Gaétan Barrette est satisfait. « Les informations que j'ai eues du terrain et du Collège des médecins sont à l'effet que les équipes sont en place et que l'accès existe », affirme le ministre de la Santé.

Un texte de Davide Gentile

Depuis le départ, il a clairement affiché sa volonté de rendre l'aide médicale à mourir accessible partout au Québec. Selon lui, les choses se déroulent assez bien. « Les informations que j'ai m'indiquent que les problématiques, si on peut le dire ainsi, se sont résolues rapidement ».

Le ministre indique qu'il y a eu, à sa connaissance, « environ une dizaine de cas de patients qui ont choisi cette voie-là ». Une preuve qu'il n'y a pas de blocage systématique, d'après lui.

Un accès trop difficile?

L'avocat Jean-Pierre Ménard est moins positif. « Des patients et des professionnels nous rapportent des difficultés dans l'accès à l'aide médicale à mourir », affirme-t-il. Il attribue cette situation, entre autres, à la réticence des intervenants du réseau.

Plusieurs sources indiquent qu'il est souvent difficile de trouver les deux médecins qui doivent évaluer la demande d'aide médicale à mourir. « Dans un cas, on a fini par le trouver, mais très tard. Au moment où est arrivé le temps d'évaluer l'aptitude, [l'état du patient] s'était détérioré substantiellement et on n'a pas pu poursuivre la procédure », confie Jean-Pierre Ménard.

Il attribue les hésitations aux recours judiciaires qui se sont multipliés avant Noël. « Pourtant, le droit est maintenant très clair. Le médecin qui pratique l'aide médicale à mourir conformément à la loi ne court aucun risque de poursuite criminelle ou civile », précise l'avocat.

Les médecins souvent réticents

Louis Roy est médecin en soins palliatifs à Québec. Il confirme qu'obtenir l'aide médicale à mourir peut être compliqué. « Comme il semble y avoir peu de médecins ouverts à accepter une demande, ça peut être assez long en termes de jours », selon lui.

Plusieurs confirment que la profession demeure réticente. « Les médecins se disaient d'accord avec l'idée quand ils ont fait des sondages. Mais être d'accord avec une idée ne veut pas dire qu'on est prêt soi-même à poser le geste », mentionne Christiane Martel, présidente de la Société québécoise des soins palliatifs.

Elle pense que la proportion de médecins qui se proposent pour travailler sur des dossiers d'aide médicale à mourir est très basse.

Un contexte légal qui aurait freiné l'engagement des médecins

La pléthore de recours juridiques au provincial et au fédéral a refroidi la volonté de bien des médecins. « Ça a ralenti. Ça a même bloqué le processus d'implantation qui est en train de se faire », souligne le docteur Louis Roy.

Plusieurs de ses collègues se posent des questions, malgré les garanties claires données par le ministre Barrette. « Est-ce que c'est bien sécuritaire? Est-ce qu'il peut m'arriver quelque chose si je m'implique dans l'aide médicale à mourir? » Le docteur Roy estime que les craintes de poursuites demeurent.

Un geste encore tabou?

La majorité de la dizaine de médecins interrogés par Radio-Canada évoque un malaise à l'égard de l'administration d'une aide médicale à mourir.

Les professionnels ne veulent pas être montrés du doigt et identifiés comme les médecins qui font de l'aide médicale à mourir. Ceux qui acceptent d'en parler veulent que ce soit discret. « Ils ne veulent pas être étiquetés comme la ressource médicale qui va évaluer tous les cas d'un territoire », affirme Christiane Martel.

Autre élément important : la complexité de la procédure exige un temps important. Louis Roy évalue que cela pourrait exiger cinq à huit heures de suivi sur plusieurs jours. « En médecine, les gens travaillent beaucoup. Si on accepte cette tâche longue et assez lourde, ça s'ajoute à tout le reste ». Un constat partagé par sa collègue Christiane Martel.

Adaptation nécessaire

En plus, beaucoup de demandes seraient formulées par des patients qui ne sont pas admissibles à l'aide médicale à mourir.

Louis Roy estime que les attentes des patients sont irréalistes. « On est obligés de partir de zéro. Leur sortir les éléments de la loi et leur demander : ''Est-ce que vous pensez que votre condition de santé répond aux critères? »

Il estime que l'information sur l'aide médicale à mourir doit être améliorée. Québec devrait d'ailleurs lancer une campagne nationale d'information à fin du mois de février.

Gaétan Barrette estime que la situation va s'améliorer graduellement, « parce qu'on est au début de l'application de la loi et, compte tenu du petit nombre de cas qui sont survenus, on comprend que les équipes soient dans une situation de rodage ».

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