Retour

Une étoile mystérieuse apparue en 1437 révèle ses secrets

Au 15e siècle, une mystérieuse nouvelle étoile est apparue dans le ciel pendant 14 jours. Son apparition fut alors documentée par des astronomes coréens. Six cents ans plus tard, leurs observations permettent à des chercheurs modernes de mieux comprendre l'univers.

Un texte de Renaud Manuguerra-Gagné

Le 11 mars 1437, des astronomes de la cour du roi Sejong, dans la péninsule coréenne, ont observé l’apparition d’une nouvelle étoile. Elle a brillé dans le ciel de Séoul pendant 14 jours, puis elle a disparu.

Six siècles plus tard, une équipe de chercheurs internationaux, menée par l’astrophysicien canadien Michael Shara, a retracé l’origine du flash de lumière. Au-delà de l’importance historique de la découverte, les scientifiques s’en sont aussi servis pour mieux comprendre ce qui se passe après l’explosion de certaines étoiles. Leur découverte a été publiée dans Nature.

Des tandems explosifs

Ce qu’on suppose que les astronomes coréens ont vu serait une nova classique, un type d’explosion stellaire qui accroît la luminosité d’une étoile.

On associe souvent ces éclats de lumière temporaires à des supernovas, lorsqu’une étoile massive en fin de vie qui s’effondre sur elle-même est détruite dans une gigantesque explosion.

Ce n’est pas le cas pour une nova classique, un phénomène beaucoup moins destructeur. Elle survient quand deux étoiles sont en orbite l’une autour de l’autre. Dans certains cas, l’une des étoiles impliquées est une naine blanche, un résidu d’étoile de taille semblable à la terre, mais aussi dense que notre Soleil.

La force de gravité de la naine blanche peut être suffisamment puissante pour cannibaliser sa voisine et lui voler de la matière en l’accumulant à sa surface.

Quand cet enrobage atteint un point critique, cette matière s’enflamme par réaction de fusion nucléaire, comme une bombe à hydrogène, qui émet alors un éclat de lumière très puissante. Cette explosion ne détruit aucune des étoiles impliquées. Le cycle reprend simplement son cours, la naine blanche continuant à siphonner la matière de sa voisine jusqu’à ce que sa surface explose à nouveau.

Le destin des étoiles impliquées dans une nova classique reste nébuleux. Les intervalles entre les explosions se comptent en dizaines de milliers d’années, et personne ne pourra vivre assez longtemps pour voir ce qui arrive par la suite.

Toutefois, si ce que les astronomes coréens du 15e siècle ont vu est bien une nova classique, il serait possible de découvrir de quoi l’étoile a l’air 600 ans plus tard.

Cette supposition a été le début d’une véritable quête pour Michael Shara, qui a commencé à s’intéresser à l’explosion de 1437 dès 1986.

Archéologie interstellaire

Les indications laissées par les astronomes coréens, bien que claires pour l’époque, étaient difficiles à décrypter pour le non-initié. Le texte indique que l’étoile a été vue de Séoul entre la deuxième et la troisième étoile de la 6e maison lunaire.

Des historiens ont dû être appelés en renfort pour décrypter le texte qui réfère à une constellation chinoise.

Cela a mené les chercheurs à observer une zone du ciel à proximité de la constellation du Scorpion. Même si un nuage de gaz stellaire pouvant avoir été généré par une nova classique se trouvait dans la zone décrite dans le texte, il ne contenait aucune étoile qui correspondait au profil recherché.

La traque s’est alors poursuivie à temps perdu pendant presque 30 ans, jusqu’au moment où le Dr Shara a décidé d’élargir la zone de recherches. Il a repéré une paire d’étoiles possédant toutes les caractéristiques recherchées, mais elles étaient trop loin du point observé 600 ans plus tôt.

C'est dans les registres de l’Université Harvard que l’équipe a trouvé de vieilles photographies de la même paire d’étoiles datant de 1923. Le déplacement de l’étoile au cours du dernier siècle a permis de calculer la trajectoire de l’astre et de retrouver sa position à l’époque des astronomes coréens.

Cela ramenait l’étoile en plein centre du nuage stellaire, restant de l’explosion d’il y a six siècles, prouvant que cette dernière était la grande responsable de la lumière observée par les Coréens.

Une chenille qui devient un papillon

Cette découverte permet de comprendre les étapes de la vie d’une étoile à une échelle jamais réalisée auparavant.

Les registres montrent que ces mêmes étoiles ont produit trois autres explosions récentes, appelées des novae naines. Elles sont très semblables aux novae classiques, à la seule différence qu’elles sont beaucoup moins puissantes et beaucoup plus fréquentes.

On a toujours cru que ces deux explosions étaient deux phénomènes distincts, mais grâce à cette étude, on a pu voir qu’il s’agissait en fait d’une évolution. Une étoile explosera en nova classique avant de faire plusieurs petites explosions naines pendant des siècles, jusqu’à ce qu’elle regagne assez d’énergie pour reproduire une autre nova classique.

Selon le Dr Shara, le tout peut se comparer à une chenille qui se transforme en papillon. Une image qui résume bien cette découverte, sans laquelle on n’aurait jamais deviné qu’une nova naît d’une autre nova.

Plus d'articles

Commentaires

Vidéo du jour


Une caméra de sécurité montre quelque chose d'extraordinaire





Rabais de la semaine