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Une étude remet en question l'efficacité des partenariats publics philanthropiques

Après l'injection de plus d'un milliard de dollars dans une aventure qui aura duré plus de 10 ans, rien ne démontre que les partenariats entre le gouvernement du Québec et la Fondation Lucie et André Chagnon (FLAC) ont porté fruit, selon une étude de l'Institut de recherche et d'informations socio-économiques (IRIS).

Un texte de Fannie Bussières McNicoll

Au contraire, nombre d'organismes sont d'avis que ce type de collaboration a nui à leur bon fonctionnement. L'auteur de l'étude exhorte maintenant Québec à prendre acte de cet échec et à ne pas répéter cette forme de financement communautaire.

Maxim Fortin, chercheur associé à l'IRIS et auteur de la note socio-économique, dresse un bilan plutôt sombre du modèle mis en place par les projets de réussite scolaire Québec en forme, Avenir d'enfants et Réunir Réussir. Aucune donnée probante n'indique que les partenariats publics philanthropiques dans lesquels Québec a investi ces dernières années ont permis de lutter efficacement contre la pauvreté.

« Étant donné les sommes investies, les contribuables sont en droit de demander une certaine reddition de comptes, une certaine évaluation d'efficacité. Mais la preuve n'a pas été faite à l'effet que l'action de ces partenariats agit sur la pauvreté », explique M. Fortin.

De plus, l'approche financière privilégiée par la FLAC n'était pas des plus optimales, selon l'auteur de l'étude.

« Les grands dons versés aux partenariats ont souvent abouti en petits dons pour les groupes communautaires, car les partenariats ont privilégié le soutien à une multitude de groupes et d'initiatives. Cette logique de saupoudrage a limité l'impact du soutien financier », peut-on lire dans la note socio-économique de l’IRIS.

Appelée à réagir à l'étude de l'IRIS, la FLAC rétorque qu'il est très complexe de mesurer les effets concrets de ces investissements.

Impacts négatifs sur les organismes communautaires

Lourdeur bureaucratique, perte d'autonomie, l'IRIS indique que ce type de collaboration a eu des impacts négatifs sur les activités des organismes communautaires financés au fil des ans.

Nancy Harvey, du Regroupement des organismes communautaires famille de Montréal, est heureuse que l'étude de l'IRIS confirme ce qu'elle dénonce depuis des années. « Nous n'avons jamais été consultés sur les orientations, sur les façons de faire. Les groupes communautaires ont été utilisés dans tout ça. Et c'est paradoxal parce que nous avons été choisis pour faire ce travail-là en raison de notre expertise, mais en même temps, on ne nous donne pas l'autonomie de le faire à notre façon », explique-t-elle.

L'IRIS déplore également l'absence parfois totale de représentants des groupes communautaires sur les conseils d'administration des organismes comme Avenir d'enfants, pourtant supposés être un partenariat favorisant l'autonomisation des communautés.

Selon l'institut de réflexion de gauche, « les groupes communautaires demeurent relégués à la mise en oeuvre des services et programmes, alors que des acteurs externes ou périphériques à l'action communautaire accèdent à leur élaboration ».

De l'avis de Maxim Fortin, l'approche entrepreneuriale des Chagnon n'a pas servi les intérêts des organismes financés.

« André Chagnon a réussi en affaires, oui, mais ça ne suffit pas. Ce n'est pas parce qu'on lui confie des responsabilités au niveau de l'action sociale que ça va nécessairement fonctionner et être efficace pour lutter contre la pauvreté », explique-t-il.

François Lagarde, de la FLAC, rappelle pour sa part que les associations avec le gouvernement du Québec n'ont pas été renouvelées au-delà de 2020. Il est donc d'avis que le rapport de l'IRIS est illustratif d'une période qui est maintenant du passé. Il ajoute par ailleurs que les propos rapportés par l'IRIS ne sont pas représentatifs de l'ensemble des opinions dans le milieu communautaire.

De plus, dit-il, les critiques évoquées avaient déjà été reconnues par la Fondation et elle travaille justement à améliorer et à actualiser ses orientations pour mieux répondre aux besoins des organismes communautaires.

Fin des partenariats et inquiétude pour le futur

Bien que plusieurs organismes communautaires aient été critiques des partenariats publics philanthropiques, la fin de l'expérience n'est pas reçue avec soulagement par Nancy Harvey. Les organismes qu'elle représente sont inquiets et plutôt pessimistes quant à ce que leur réserve le futur.

En raison du sous-financement chronique du gouvernement québécois, leur seule option est de se tourner vers les fondations privées ou le financement par projet, avec les désavantages que cela représente, déplore Maxim Fortin. Il exhorte le gouvernement à repenser le financement du milieu communautaire.

« Dans la mesure où ces partenariats-là vont se terminer, il serait grand temps pour l'État québécois d'amorcer une réflexion sur la place que doit occuper l'action communautaire et quel type de financement on va lui apporter », lance-t-il.

La période qui s'annonce ne sera pas de tout repos pour ces organismes. Selon le chercheur, « ces groupes-là se retrouvent le bec à l'eau », dans une situation où ils vont « peut-être devoir procéder à des coupures de postes, réduire les activités et les services qu'ils offrent ».

De son côté, François Lagarde promet que la FLAC continuera de financer le milieu communautaire en matière lutte contre la pauvreté, mais qu'elle le fera de manière différente. « On a convenu que pour jouer nos rôles respectifs, c'est peut-être mieux de continuer à collaborer ensemble, mais de ne plus fusionner nos ressources », présente-t-il.

Nancy Harvey souhaite quant à elle que le milieu communautaire trouve bientôt une option de financement plus stable et moins interventionniste.

Elle espère que la campagne Engagez-vous pour le communautaire, qui revendique 475 millions de dollars en financement public assorti d'un réinvestissement dans les services publics, aura des échos à l'Assemblée nationale en cette période préélectorale.

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