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Une Française détenue pour s'être rendue aux États-Unis en faisant son jogging

Une Française de 19 ans qui faisait son jogging le long d'une plage près de Vancouver raconte avoir été détenue deux semaines aux États-Unis après avoir franchi la frontière sans le savoir.

Un texte d’Eva Uguen-Csenge

Le 21 mai, Cedella Roman profitait avec sa famille d’une journée ensoleillée sur la plage de White Rock, à une heure au sud de Vancouver. Vers 19 h, la jeune femme est partie faire un jogging le long de la plage qui mène à la frontière vers les États-Unis.

Mme Roman raconte que, comme la marée montait, elle a regagné la terre ferme pour suivre un petit sentier sur quelques mètres, afin de prendre une photo. En revenant sur ses pas, elle indique avoir été arrêtée par deux agents des services frontaliers américains.

« Tu vas peut-être être déportée dans ton pays »

« Il a commencé à me dire que j’avais passé la frontière illégalement et je lui ai dit que j’avais vraiment pas fait exprès […] Il m’a dit : "Tu vas peut-être être déportée dans ton pays, tu vas peut-être être interdit des États-Unis pendant cinq ans." »

Selon Mme Roman, aucune pancarte n'avertit que ce sentier se trouve du côté américain de la frontière.

Elle dit que les agents lui ont expliqué que c’était impossible de la relâcher, puisqu'elle avait été filmée par des caméras de surveillance.

« Je me suis dit : peut-être que j’ai passé la frontière, mais ils vont peut-être seulement me donner une amende ou ils vont me dire "rentre au Canada" ou m'engueuler un petit peu », dit-elle.

Mme Roman était au Canada depuis le mois de septembre pour rendre visite à sa mère et améliorer son anglais. Elle n’avait pas de pièce d'identité ou de permis de travail sur elle quand elle a été arrêtée.

Elle dit que les agents l’ont transférée au centre de détention de Tacoma, un établissement dirigé par le Département de la sécurité intérieure, à 200 km au sud de l’endroit où elle avait initialement été détenue.

« Ils m’ont mis dans les voitures grillagées et amenée dans leur bâtiment, raconte-t-elle. Ils m’ont demandé d’enlever tous mes effets personnels avec mes bijoux, ils m’ont fouillée partout. »

« C’est là que j’ai compris que c’était vraiment sérieux et j’ai commencé un peu à pleurer. »

Une mère en panique

Mme Roman a pu contacter sa mère, Christiane Ferne, qui a pris la route vers Tacoma pendant la nuit afin d’amener le passeport et le permis de travail de sa fille aux autorités américaines.

Mme Ferne raconte qu'un agent du centre de Tacoma lui a dit que les documents devaient être validés par Immigration Canada pour que Mme Roman puisse être relâchée au Canada.

Mme Ferne dit que sa fille a été détenue deux semaines pendant les vérifications des autorités américaines et canadiennes. « Il y a de l’abus parce que si la frontière n’est pas matérialisée correctement, c’est de l’abus d’envoyer des personnes en prison délibérément », affirme Mme Ferne.

Un document officiel obtenu par Radio-Canada confirme que Cedella Roman a été renvoyé des États-Unis le 6 juin.

Ni les services de l'immigration et des douanes des États-Unis (ICE) ni Immigration Canada n’ont pu répondre aux questions de Radio-Canada au sujet du cas de Mme Roman, à cause de préoccupations au sujet de la protection des renseignements personnels.

Un porte-parole des services frontaliers américains a également refusé de commenter le cas de Mme Roman, mais dit que toute traversée de la frontière américaine à l’extérieur d’un point d’entrée est illégale.

« Le règlement s’applique même si la personne prétend avoir franchi la frontière accidentellement », indique le communiqué.

En 2017, 288 personnes ont été arrêtées en train de franchir illégalement la frontière menant à la région de Blaine, dans l'État de Washington. Il n’existe pas de statistiques sur le nombre de franchissements accidentels.

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