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Une hausse de la population anglophone en région soulève des doutes

Au Québec, la population anglophone aurait gagné énormément de terrain durant les dernières années, et ce, principalement en région. Des données que s'explique mal le chercheur Jack Jedwab, qui doute de leur fiabilité.

La semaine dernière, Statistique Canada a dévoilé un recensement de 2016 qui met en relief une impressionnante augmentation de la population ayant l’anglais comme langue maternelle ou comme langue parlée à la maison.

Mais le plus surprenant : plus de la moitié de la hausse de 57 325 anglophones a été remarquée à l’extérieur de Montréal, dans des villes majoritairement francophones, notamment à Rimouski (plus de 164 %) et à Saguenay (plus de 115 %).

La ville de Montréal, elle, aurait enregistré une légère hausse de 6 %.

Selon le directeur de l’Association des études canadiennes, Jack Jedwab, ces chiffres paraissent peu probables.

Dans la ville de Québec, par exemple, pour le groupe d’âge de 0 à 14 ans il y aurait eu une augmentation de 1000 personnes entre 2011 et 2016. Aux yeux du chercheur, c’est impossible.

« Je suis allé vérifier les effectifs scolaires, je me suis dit : s’ils ont moins de 14 ans ils doivent être à l'école, et les chiffres n’ont montré aucune augmentation. En fait, il y aurait eu une diminution durant cette période », explique Jack Jedwab.

D’où viennent-ils?

Alors d’où viennent ces anglophones? Une question qui demeure sans réponse.

« J’ai regardé les chiffres issus du ministère de l’Immigration, de la Diversité et de l’Inclusion, et ça montre qu’à peu près 3,6 % des immigrants venus entre 2011 et 2015 sont de langue maternelle anglaise, soit environ 10 000 personnes », précise le chercheur.

Pourtant, la grande majorité de ces immigrants s’installent à Montréal et non en région.

Reste l’hypothèse de la migration interne. Des Canadiens anglais qui décident tout de même de venir s’installer dans des régions à forte majorité française.

Un phénomène plutôt rare, selon Jack Jedwab : « je ne connais même pas un ou deux immigrants du Canada qui se demandent s’ils vont aller à Vancouver, à Calgary ou bien à Rimouski ».

Le directeur de l’Association des études canadiennes se demande d’ailleurs pourquoi les villes n’ont pas été témoins de cette évolution sur le terrain.

Selon le maire de Rimouski, Marc Parent, rien ne laisse croire à un afflux important d’anglophones dans le Bas-Saint-Laurent.

À Saguenay, la municipalité a confirmé qu’il n’y avait pas eu de hausse de demande des services pour la population anglophone. Autre exemple, la commission scolaire Central Québec est passée de trois à deux écoles anglophones dans les dernières années, faute d’inscriptions.

La réponse de Statistique Canada

Confronté au doute, Jack Jedwab a fait une demande formelle à Statistique Canada pour qu’elle procède à une vérification.

L’organisation a répondu qu’elle prenait « très au sérieux l’exactitude et la qualité des données et applique des méthodes statistiques reconnues ». Elle ajoute que lorsque des préoccupations sont soulevées elle applique « les mesures nécessaires pour les examiner en profondeur et y répondre ».

Un impact réel

Selon Jack Jedwab, il est primordial que Statistique Canada se penche sur le dossier. Il explique que des chiffres erronés pourraient avoir un impact important sur les services offerts à la population.

« Les gouvernements déterminent en fonction de ces chiffres le niveau de services qui est nécessaire pour des communautés à minorité linguistiques, mais aussi pour d’autres services. C’est comme un effet domino, si on change ça, alors il va y avoir des changements ailleurs aussi », indique-t-il.

Déjà, les diverses réactions générées par le dévoilement de ces statistiques pourraient être à revoir, précise le chercheur.

D’ailleurs, le Parti québécois a dévoilé jeudi son nouveau projet de loi 202 qui rassemblera l’ensemble des politiques sur la langue, l’immigration, l’intégration et la francisation.

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