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Une Japonaise fait tomber les préjugés avec l'équipe brésilienne de judo

Yuko Fujii inflige un ippon retentissant au machisme dans le monde du sport en devenant la première femme à entraîner l'équipe masculine de judo du Brésil.

Promue adjointe à l'entraîneur au mois de mai, cette Japonaise de 35 ans est une des rares femmes à entraîner des hommes au plus haut niveau, tous sports confondus.

Dans d'autres places fortes du judo mondial comme le Japon, la France et la Russie, même les équipes féminines ont habituellement des hommes à leur tête.

« Le Japon est bien plus traditionaliste et machiste que le Brésil. Il n'y a aucune femme dans le personnel de l'équipe masculine, à part la nutritionniste », explique Yuko Fujii à l'AFP au centre d'entraînement situé au coeur du Parc olympique de Rio de Janeiro.

Les judokas brésiliens ont laissé de côté les préjugés, accueillant leur nouvelle sensei (terme japonnais désignant les maîtres d'arts martiaux) à bras ouverts.

« Sensei Yuko fait vraiment la différence. Grâce à elle, notre technique s'est améliorée », affirme Ruan Isquierdo, qui concourt chez les poids lourds.

Même si ce géant de 14  kg se dresse telle une montagne face à la menue Japonaise, il reconnaît qu'il risquerait de ne pas faire le poids s'il devait l'affronter.

« Si je suis trop lent, je vais me retrouver par terre, c'est sûr. Elle est très forte techniquement », assure-t-il en souriant.

« Je ne passe pas mon temps à penser que je suis une femme au milieu d'hommes. Ça ne m'a jamais traversé l'esprit. Je ne pense qu'à une chose: comment utiliser mes points forts pour aider l'équipe », renchérit Yuko Fujii.

C'est grâce à cette attitude qu'elle a séduit les dirigeants de la fédération brésilienne, alors que le double médaillé olympique Tiago Camilo était pressenti pour le poste.

Les Brésiliens après les Britanniques

La Japonaise a commencé à travailler aux côtés des Brésiliens en 2013, après avoir fait partie de l'encadrement de l'équipe de Grande-Bretagne pour les Jeux olympiques de 2012, à Londres, contribuant aux médailles de Gemma Gibbons (argent) et de Karina Bryant (bronze).

Quatre ans plus tard, aux Jeux olympiques à Rio, en tant qu'entraîneuse adjointe pour les équipes masculines et féminines, elle a aidé une autre vedette du judo à briller à domicile, Rafaela Silva, médaillée d'or à quelques kilomètres de la favela où elle est née.

Cette championne brésilienne ne tarit pas d'éloges pour Yuko Fujii. La Japonaise a eu un rôle primordial pour l'aider à surmonter la dépression qui a suivi sa disqualification aux Jeux de 2012, au cours desquels elle a été victime d'insultes racistes sur les réseaux sociaux.

« À présent, elle va beaucoup aider l'équipe masculine, qui ne marche pas très bien en ce moment », estime Rafaela Silva, rappelant que le judo brésilien a remporté trois médailles à Rio, deux chez les filles et une chez les hommes.

« C'est bien qu'ils puissent apprendre un peu des filles », ajoute-t-elle.

Yuko Fujii n'est toutefois qu'une exception qui confirme la règle de la sous-représentation des femmes dans le sport aux postes d'entraîneuses.

Aux États-Unis, Rebecca Lynn Hammon a fait sensation quand elle a été embauchée en tant qu'adjointe de Gregg Popovich pour diriger les joueurs de l'équipe de NBA des Spurs de San Antonio.

Dans le monde du tennis, la Française Amélie Mauresmo, qui a entraîné avec succès pendant deux ans le Britannique Andy Murray, devenu numéro un mondial, a été nommée en juin capitaine de l'équipe de France de Coupe Davis.

Quand on lui demande si elle se voit comme une pionnière, Yuko Fujii reste prudente. Elle sait pertinemment que tout peut être remis en cause dans le cas d'une contre-performance des Brésiliens aux Jeux olympiques de 2020 à Tokyo, dans son pays d'origine.

« Mon principal objectif, c'est de faire en sorte que nos athlètes pratiquent un bon judo et donnent tout sur le tatami. Si je suis une pionnière ou non, on verra après », conclut-elle.

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