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Une joute électorale serrée à neuf jours du scrutin en Ontario

Une prise, un but sur balle, un coup de circuit? Lequel des trois chefs de parti en Ontario réussira à frapper au coeur des préoccupations des Ontariens dans les régions manufacturières et rurales? Plusieurs circonscriptions y sont encore en jeu et une chaude lutte à deux s'y dessine entre les conservateurs et les néo-démocrates.

Un texte de Christian Noël

C’est un après-midi parfait pour une partie de baseball. L’équipe moustique des Braves de Sarnia reçoit les Pirates de Port Lambton. Les jeunes sur le terrain s’échauffent et font des étirements d’avant-match. Assis dans les estrades, deux pères, Chris et Brant, discutent de politique.

« Tu n’as qu’à voter conservateur, suggère Chris. Ils vont réduire les impôts et le prix de l'électricité. C’est le moins pire des deux choix. »

Mais Brant ne fait que hausser les épaules. « On a besoin de changement, dit-il, quelqu’un qui n’a jamais été au pouvoir. »

« Du changement comme Trump aux États-Unis? » lance Chris.

« Je ne suis pas sûr que c’est le changement dont on a besoin », répond Brant en riant.

Pour le moment, Brant préfère le NPD, mais il veut éviter de froisser son ami.

Dilemme rural

C’est le dilemme qui se présente pour beaucoup d’Ontariens qui vivent loin des grands centres. Le Parti libéral a presque été rayé de la carte dans les régions rurales en 2014.

Ces terres agricoles et industrielles sont maintenant sous l’emprise des conservateurs. Mais on sent qu’il pourrait y avoir un glissement d’ici le 7 juin.

« J’ai toujours voté conservateur, mais cette fois-ci, je remets mon choix en question », lance Patrick Lacy, père de quatre enfants.

Dans ces régions, la lutte se fait surtout à deux, entre conservateurs et néo-démocrates.

Dans Sarnia-Lambton, les libéraux ont été incapables de recruter un candidat local. La personne choisie vient de London, à une heure de route. « Le jeune homme n’a aucune chance, se plaint Évelyne, une électrice libérale. C’est un peu dommage pour lui. »

Les bleus sont en avance...

Les jeunes sur le terrain de baseball frappent des coups sûrs ou effectuent des retraits. Les spectateurs encouragent leur équipe favorite. Le pointage est à égalité.

Mais côté politique, l’équipe locale des bleus, avec le député conservateur sortant Bob Bailey, part avec une longueur d'avance.

« Sarnia va rester bleue, c’est sûr. Bob Bailey a fait un bon travail durant 11 ans, croit Trevor. C’est un gars d’ici, qui a travaillé dans les industries de Sarnia et qui, récemment, a réussi à attirer de nouveaux investissements pour essayer de transformer la vallée pétrochimique en pôle technologique vert. »

Lilianne Rashed se méfie du NPD, qui a « de trop gros projets » avec sa promesse d’instaurer l’assurance dentaire et l’assurance médicaments universelle. « C’est bien beau, on veut que tout soit gratuit, mais est-ce qu’on peut vraiment le faire sans être trop taxé? » demande-t-elle.

... mais l’écart se rétrécit

Les conservateurs sont entrés dans la campagne avec une avance qui paraissait insurmontable. Après avoir perdu leur lanceur partant, l’ex-chef Patrick Brown, à deux mois des élections, le PPCO a choisi le releveur Doug Ford pour finir la partie et protéger la victoire. Mais au baseball, comme le disait Yogi Berra, ce n’est pas fini tant que ce n’est pas terminé.

Les prouesses de Doug Ford sur le terrain électoral n’impressionnent pas tout le monde dans les estrades de baseball, et ailleurs à Sarnia. Caroline Murphy, 83 ans, a toujours voté conservateur. Mais cette fois-ci, le choix est déchirant pour elle.

« La candidate néo-démocrate Kathy Alexander est bien connue dans la région, explique Caroline Murphy, pour avoir dirigé la Fondation de santé Bluewater », qui a amassé des fonds pour la construction d’un nouvel hôpital à Sarnia.

En prolongation?

Jim et Darlene Katiba sont venus voir leur petit-fils qui joue au champ gauche. Il vient juste de frapper un double. Toute la famille explose de joie.

Mais le sourire de Darlene s’estompe un peu quand le sujet passe à la politique. On voit plutôt une ride d’inquiétude traverser son front.

« Pour être franche avec vous, je n’ai jamais été aussi indécise. Je vote normalement conservateur sans me poser de questions. Mais pas cette fois-ci. » Pourquoi? « Parce que Doug Ford est un crétin, déclare son mari, Jim. Je ne lui fais pas confiance. »

Darlene se gratte la tête pensivement, en regardant son petit-fils attraper une balle au champ gauche. « Je vais probablement me décider le 7 juin au matin. »

Dans les estrades, Chris et Brant poursuivent leur discussion. Eux aussi ont de la difficulté à choisir.

« Je vais prendre ma décision une fois dans l'isoloir », lâche Chris.

« Comme on dit au baseball, illustre Brant, on choisira notre lanceur partant juste avant le match. Ce sera une game day decision. »

Sarnia-Lambton n’a jamais élu un député du NPD, sauf une fois, en 1990, sous le gouvernement néo-démocrate de Bob Rae. Mais Andrea Horwath sent qu'elle peut ravir des sièges conservateurs dans le sud-ouest de la province. Elle visite d'ailleurs la circonscription voisine de Chatham-Kent-Leamington mardi.

Il reste neuf jours. Neuf manches. Chaque prise compte.

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