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Une moyenne de 14 médicaments par résident dans les CHSLD

Les résidents des CHSLD du Québec ont chacun, en moyenne, près d'une quinzaine d'ordonnances différentes de médicaments. Cela entraîne des risques pour leur santé, mais les pharmaciens d'établissements disent manquer d'effectifs pour revoir leur médication.

Un texte de Davide Gentile

Edward Bissonnette s'agrippe à la main de sa fille qui lui rend visite, chaque jour, au CHSLD d'Argenteuil. L'octogénaire a perdu l'usage de la parole, mais pas le sens du toucher.

« Ça lui prend de l'affection et de l'amour », dit Denise Bissonnette au sujet de son père.

M. Bissonnette souffre d'une maladie neurologique, mais on a réussi à diminuer la quantité de médicaments qu'il consomme. « Il est arrivé il y a cinq ans avec 12 médicaments. Aujourd'hui, il n'en a que cinq », relate sa médecin, Sandrine Lascombes.

Une réduction qui aurait sensiblement amélioré sa qualité de vie. « Ça provoquait des chutes, de la somnolence. Des effets secondaires marqués », témoigne la Dre Lascombes.

Le CHSLD d'Argenteuil a réussi à instaurer une révision annuelle des médicaments, en plus d'une première analyse à l'arrivée. « Une des premières étapes est de retirer la médication inappropriée ou inutile », explique la pharmacienne Mélanie Cantin.

Mais la méthode appliquée au CHSLD d'Argenteuil est loin d'être la norme dans le réseau.

Une moyenne inquiétante

L'un des effets de cette lacune est la grande quantité de médicaments prescrits aux résidents.

L'Association des pharmaciens des établissements de santé du Québec (APES) a mené une analyse auprès de 4317 résidents dans 34 CHSLD de six régions de la province. Conclusion : chaque résident de ces centres a en moyenne 14 ordonnances différentes de médicaments.

Linda Vaillant, de l'APES, y voit un gros problème.

« On n'a pas le temps de revoir les 12, 13 ou 14 médicaments du patient pour s'assurer qu'ils sont encore nécessaires », affirme Mme Vaillant.

Les pharmaciens d'établissements manquent carrément de temps pour faire ce travail. « En moyenne, on a trois heures par patient par année pour revoir la médication », dit Mme Vaillant. On compte une centaine de pharmaciens dans les CHSLD de la province et, selon elle, il en faudrait « au moins le double ».

Une demi-douzaine de sources consultées par Radio-Canada estiment que les résidents des CHSLD consomment trop de médicaments. « Il y a certainement un problème », soutient Michel Tassé.

Ancien pharmacien d'établissement, il offre maintenant des formations sur la révision des médicaments. Selon lui, le principal problème est que le personnel des CHSLD est débordé. « Quand on doit travailler de façon très rapide, inévitablement, on utilise les médicaments. C'est une solution facile et rapide », dit-il.

M. Tassé pense que, parfois, d'autres outils que les médicaments pourraient être utilisés. « Mais là, ça demande plus de personnel. Des gens qui s'attardent aux besoins des personnes âgées. »

Projet pilote pour changer les choses

Le ministre de la Santé du Québec partage en partie ce constat. « Sans lancer la pierre à personne, c'est vrai que c'est parfois la solution la plus simple », dit Gaétan Barrette. Selon lui, les calmants et antipsychotiques sont très utilisés pour calmer les résidents.

« Mais il y a d'autres options que de médicamenter, et c'est dans cette optique qu'on a lancé le projet de déprescription », souligne-t-il.

Fin novembre, une initiative a été lancée dans 24 CHSLD pour réduire la consommation d'antipsychotiques. On propose d'avoir recours à des outils non pharmacologiques, comme la musique, pour calmer les résidents lors d'épisodes difficiles.

Le Centre intégré de santé et de services sociaux (CISSS) des Laurentides compte 15 CHSLD, dont plusieurs ont déjà instauré une révision systématique des médicaments.

« C'est facilement le tiers de nos établissements où c'est bien déployé », explique le directeur adjoint au CISSS des Laurentides, Benoit Major. Le processus permet d'alléger la tâche des employés, qui peuvent passer des heures à administrer les médicaments.

La famille d'Edward Bissonnette semble satisfaite des mesures prises ici pour faire passer le nombre de médicaments qu'il prend de 12 à 5. « Il dormait tout le temps. Maintenant, il est plus présent », dit sa fille.

Le défi de la réduction de la médication risque de s'accentuer avec le vieillissement de la population et la multiplication du nombre de médicaments sur le marché.

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