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Une petite ville albertaine où le « vivre-ensemble » fonctionne

À Lac La Biche, dans le nord de l'Alberta, on trouve l'une des plus vieilles communautés musulmanes au pays. À l'heure des appels à la tolérance et à l'ouverture à l'autre, quelles leçons peut nous donner cette municipalité de 3000 habitants, où un résident sur cinq est musulman?

Un reportage de Laurence Martin

Des immeubles carrés pas très hauts, des avenues immenses et des camionnettes de type pickup stationnées les unes à côté des autres : le paysage qu’on voit à Lac La Biche n’évoque pas les capitales du Proche-Orient.

Pourtant, la culture musulmane est bien présente ici. La majorité des commerces sont la propriété de Canadiens d’origine syrienne ou libanaise. Et ce, depuis un siècle.

Depuis qu'Ali Ahmed Abouchadi, un Syrien aussi connu aussi sous le nom d’Alexander Hamilton, a décidé de s’installer dans la région en 1906 pour faire le commerce des fourrures.

Avec le bouche-à-oreille, des dizaines d’autres Arabes musulmans ont suivi, eux aussi désireux de prendre un nouveau départ dans l’ouest.

C’est tellement bizarre qu’ils aient atterri ici, dans le nord de l’Alberta. En même temps, plusieurs Syriens qui sont venus devaient parler français, une langue que parlaient aussi les Métis dans la région.

Omer Moghrabi, maire de Lac La Biche

La construction du chemin de fer et la disponibilité des terres ont sans doute aidé aussi.

Aujourd’hui, environ 20 % des habitants de Lac La Biche sont musulmans, un taux bien plus élevé que dans des grands centres comme Toronto, Montréal ou New York.

« Vous aurez du mal à trouver une proportion aussi importante en Amérique du Nord », explique le maire Omer Moghrabi, qui est de confession musulmane.

Fraternité avec les Autochtones

Pour le maire, ce qui fait la richesse de Lac La Biche, c’est la proximité entre sa communauté musulmane et les autres communautés, notamment les Autochtones et les Métis, qui sont très nombreux dans la région.

Il y a d’ailleurs eu, avec le temps, beaucoup de mariages mixtes.

On a tous grandi ensemble. Dès le début, on a eu besoin l’un de l’autre pour survivre. C’est très rare que je vois du racisme ici.

Omer Moghrabi, maire de Lac La Biche

Des propos que corrobore Omar Saleh, qui a ouvert son salon de barbier il y a deux ans et demi.

Ça a été très facile de démarrer mon entreprise. J’ai des clients chrétiens, métis, libanais, ukrainiens, membres des Premières nations. Ça ne fait aucune différence. Tout le monde s’entend bien.

Omar Saleh, barbier

L’été dernier, Omar a organisé une collecte de fonds pour le fils d’un de ses clients autochtones.

Et, chaque mois, l’imam de Lac La Biche rencontre les autres leaders religieux. Ils organisent souvent des activités pour tous.

Mêmes combats

Les amitiés interculturelles vont au-delà du cadre religieux. Donna Webster, une femme métisse dont la meilleure amie est musulmane, croit qu’il a un point commun important entre les Autochtones et les musulmans.

À l’extérieur, les gens ne sont pas toujours ouverts envers nous. C’est peut-être pour ça qu’on est plus tolérants ici. Quelque part, on se rejoint.

Donna Webster, directrice du Centre d'amitié canadien-autochtone à Lac La Biche

Mais est-ce que ce modèle de fraternité peut exister ailleurs dans un grand centre?

Omar Saleh, le barbier, reconnaît que la taille de Lac La Biche facilite les échanges, mais, selon lui, rien n’empêche quelqu’un de tendre la main à l’autre.

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