Elle est la première femme québécoise autochtone à décrocher un doctorat en astrophysique. Laurie Rousseau-Nepton, résidente astronome à l'Observatoire Canada-France-Hawaï, près du sommet du volcan Manau Kea, espère pouvoir être un exemple pour sa communauté.

Un texte de Laurence Niosi

Laurie Rousseau-Nepton a toujours été fascinée par les étoiles. Quand elle était jeune, elle regardait les étoiles filantes avec son père. Aujourd’hui, l’astronome et chercheuse postdoctorale à l’Université d’Hawaï scrute le ciel du haut d’un volcan, à l’aide d’une caméra qu’elle a co-créée avec une équipe de l’Université Laval.

L’instrument SITELLE, qui voit une bonne portion du ciel, permet de décomposer et d'analyser la lumière des étoiles et, ultimement, d’améliorer les connaissances sur la formation des galaxies et l’évolution de l’univers.

Fille d’un père ingénieur civil et d’une mère technicienne en génie civil aujourd'hui retraités, la scientifique accomplie a grandi dans la région de Québec. Sa famille, elle, vient de la réserve innue de Mashteuiatsh (Pointe-Bleue), au Lac-Saint-Jean.

Pendant ses études, depuis le baccalauréat jusqu'au doctorat, la jeune femme de 31 ans s'est souvent retrouvée en minorité, à la fois comme Autochtone au Québec et comme femme dans un milieu scientifique traditionnellement masculin. Mais elle n'a jamais laissé ce statut l’arrêter. Bien au contraire.

Espaces autochtones a profité des quelques jours de vacances de Laurie Rousseau-Nepton pour échanger avec cette chercheuse qui a en permanence ou presque le nez levé au ciel.

D'où vient votre fascination pour les astres?

Ça vient de très loin. Le souvenir le plus marquant, c’est au primaire. Je m’intéressais aux objets associés au système solaire, à la taille des planètes. Le système solaire me semblait énorme. C’est une fascination avec ma famille. Sur un bateau avec mon père, on regardait des pluies d'étoiles filantes. Mais ça n’avait rien de scientifique à l’époque.

Vous êtes à la fois femme et Autochtone dans un milieu assez masculin. Comment vivez-vous cela?

En fait, on dirait que parfois on l’oublie et parfois ça nous revient au visage. Ou l’oublie parce que le milieu scientifique est stimulant. À l’université, je me suis toujours sentie à ma place.

Par contre, parfois ça nous revient au visage. C’est des jugements, une pression de performance… On ne peut pas se permettre de laisser tomber les gens, on a un poids sur les épaules. Comme Autochtone, je devais bien représenter [ma communauté], car on est très rare en physique et en sciences en général. Avant de commencer le cégep, j’ai vécu deux ans sur une réserve huronne [Wendake], où le milieu universitaire peut être perçu comme inatteignable.

À quel type de jugements êtes-vous confrontée?

Parfois c’est flagrant, des fois c’est subtil. Par exemple, dans notre groupe d’astronomes, nous sommes quatre femmes sur sept. Elles ont été engagées car elles sont compétentes. Par contre, il y a des gens qui posent des jugements, et disent qu’on a été engagées car on est femmes. Les mentalités n’ont pas toujours évolué de côté-là.

Quelles sont les connaissances ou les croyances des Autochtones en matière d'astronomie?

Les Autochtones en Amérique du Nord avaient une très bonne connaissance des astres. Ce que je trouve fascinant, c’est qu’au Canada, la perception des astres des Innus diffère beaucoup en fonction d’où ils habitent – selon qu’ils sont plus ou nord ou plus au sud. Les astres dirigeaient les croyances. Mais la connaissance des Innus est une tradition orale, donc beaucoup de savoir est perdu.

Mais je n’ai pas grandi [en sachant cela]. C’est un trou dans ma culture. J’aime pourtant les traditions. D’ailleurs je m’en vais à la chasse à l’orignal bientôt [rires] – une tradition dans ma famille.

Y a-t-il une contradiction entre la science et le folklore?

Non, il n’y a pas de contradiction pour moi entre la science et le savoir autochtone, c’est une évolution constante. Chaque peuple peut contribuer à l’avancement des sciences à sa façon.

Vous l’avez dit, il n’y a pas tant d’Autochtones en science. Qu’est-ce qui a fait la différence pour vous?

C’est un amoncellement de plusieurs choses. Mon père m’a dit que je serai astronaute. On ne se donnait pas de limites dans ma famille. Ma sœur est d’ailleurs médecin. Mais j’ai vu ce que c’est pour d’autres. Pour quelqu’un à qui on met des limites, c’est difficile de passer ce cap seul. J’ai beaucoup d’amis qui n’ont pas fait carrière ou d’études, et c’est assez fréquent sur les réserves de faire l’école des adultes. C’est des gens très intelligents. Ces gens auraient pu faire carrière, mais l’environnement ne l’a pas permis.

Aimeriez-vous donner l’exemple aux Autochtones?

J’espère influencer : j’ai donné beaucoup de conférences, dans des écoles primaires, secondaires. J’essaie d’envoyer le message qu’il faut trouver ce qu’on aime et y aller jusqu’au bout.

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