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Une première maison du futur en construction au Québec

Un couple de Montréal tente de construire la première maison certifiée passive (PassivHaus) au Québec, un type de bâtiment qui consomme 90 % moins d'énergie de chauffage qu'une construction standard, notamment grâce à beaucoup d'isolants et à la chaleur du soleil.

Un texte de Marie-Ève Maheu

Damien et Deborah Chaveron, des Français qui se sont installés il y a trois ans dans la métropole avec leurs filles, ont récemment acheté une vieille maison du quartier Ahuntsic avec l'idée de la transformer en projet écologique.

« Notre critère numéro un pour l'agent immobilier, c'était l'orientation de la maison. C'est la base pour les maisons passives, parce que la principale source d'énergie qui permet de chauffer la maison, c'est le rayonnement du soleil qui passe à travers les fenêtres côté sud. Et qui, grâce à l'isolation de la maison, ne ressort pas beaucoup. »

La chaleur humaine et les électroménagers contribuent aussi à chauffer la maison. « Les besoins sont tellement faibles que même la télé qui fonctionne participe au chauffage de la maison », dit Damien Chaveron.

Plan 3D de la maison Ozalée. Photo : Alias architecture/Lucie Langlois

La maison est étanche. Il y a trois fois plus d'isolants dans les murs - sans oublier le toit -, un puissant système de ventilation qui permet de conserver ou évacuer la chaleur selon les besoins et presque aucune fenêtre du côté nord.

« L'idéal, c'est d'en avoir zéro, mais esthétiquement, pour la façade visible dans la rue, ce n'est pas acceptable pour la Ville, donc on s'est adapté. »

Au final, la température de la maison de la famille Chaveron devrait varier entre 20 et 25 degrés Celsius toute l'année, sans grosse fournaise ou air climatisé. Trois petits calorifères seront installés pour être utilisés, au besoin, par grands froids.

L'ancêtre des maisons passives : la Saskatchewan Conservation House, construite à Regina en 1977. Photo : Harold Orr

Un futur pour nos enfants

Le coût du projet - quelque 400 000 $ pour la démolition partielle et la construction - est environ 15 % plus élevé qu'une construction standard. « Mais plus on en fait, plus ce sera facile [et] moins ce sera cher. On a envie de la faire visiter et que ce soit un modèle », dit Deborah Chaveron.

Un des rares consultants certifiés PassivHaus au Québec, l'entrepreneur Richard Price, travaille sur un tel projet avec son équipe depuis quelques mois. Cette maison, c'est le « summum de sa carrière ».

« C'est le futur pour nous, pour mes enfants. Il faut trouver une solution pour sauver de l'énergie, créer des maisons durables, que les gens seront contents de garder. »

Plus difficile à faire au Québec

Mais obtenir la certification est loin d'être simple. Il y a déjà eu quelques tentatives infructueuses au Québec. Au Canada, quatre maisons ont passé le test, mais elles sont en Colombie-Britannique, où le climat est beaucoup plus clément.

Avancement des travaux. Photo : ICI Radio-Canada/Marie-Eve Maheu

Pour Denis Boyer, coordonnateur en efficacité énergétique chez Écohabitation, la certification PassivHaus n'est pas idéale pour le Québec, bien qu'il juge le concept intéressant.

« Évidemment, plus ça coûte cher chauffer sa maison, plus on a intérêt à mettre de l'isolant dans nos murs, et inversement. Avec le coût actuel l'énergie, c'est plus difficile de convaincre les gens d'investir dans leur enveloppe », poursuit M. Boyer.

Pour qu'une maison obtienne la certification PassivHaus, les besoins annuels de chauffage ne doivent pas dépasser 15 kilowattheures par mètre carré d'espace habitable. M. Boyer, comme Écohabitation, croit qu'il faille y tendre, mais croit qu'il y a une place pour une certaine flexibilité.

Maison Ozalée, le nom que la famille Chaveron a donné à leur projet avec un jeu de mot : « ose aller » dans cette direction, explique Damien Chaveron. Photo : Maison Ozalée/Damien Chaveron

L'organisme vient d'ailleurs de créer l'Indice solaire passif, une cote inspirée de la certification PassivHaus qui peut être attribuée dès qu'une construction nécessite moins de 50 kWh/m2. Une amélioration de plus de 50 % par rapport aux normes actuelles.

« La vraie question qu'on devrait se poser, c'est : "qu'est-ce qui est mieux pour la planète?! On ne veut pas forcer les gens à construire de telle façon qu'ils vont atteindre le 15 kWh/m2, qui vont être obligés d'avoir des fenêtres ou des systèmes de ventilation qui viennent d'Europe. On veut motiver les gens aller dans la bonne direction, à faire des maisons qui consomment peu, point. »

L'entrepreneur Richard Price croit au contraire que la norme PassivHaus peut s'appliquer partout, même si les critères sont stricts. Mais comme Écohabitation, il estime que les normes de construction du Québec devraient être modifiées si on veut tendre vers des maisons plus passives.

Pour Damien et Deborah, la certification a surtout une valeur d'exemple pour inspirer les autres à appliquer le concept à leur façon.

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