Les talibans ont annoncé samedi trois jours de cessez-le-feu avec les forces afghanes, pour la fin du ramadan. Il s'agit d'une première depuis 2001 qui intervient deux jours après l'annonce d'un cessez-le-feu unilatéral par le président afghan Ashraf Ghani.

Cette annonce est inédite de la part des insurgés.

« Tous les moudjahidines ont pour ordre de cesser les opérations offensives contre les forces afghanes durant les trois premiers jours de l'Aid-el-Fitr », qui devrait commencer en fin de semaine prochaine. Mais s'ils « sont attaqués, ils se défendront », ont-ils annoncé dans un communiqué diffusé sur WhatsApp.

Les troupes étrangères sont exclues de la trêve et les opérations contre elles vont continuer, ont cependant précisé les talibans.

Le général américain John Nicholson, commandant des forces de l'OTAN en Afghanistan, avait également annoncé que celles-ci « honoreraient » la trêve, de laquelle était exclue « la lutte antiterroriste ».

Quelques heures avant cette annonce, les talibans ont mené deux attaques qui ont fait au total 36 morts parmi les forces de sécurité afghanes. La première attaque, vendredi soir, s'est déroulée sur une base militaire dans la province d'Herat, dans l'Ouest. La deuxième attaque s'est produite samedi à l'aube dans un poste de police de la province de Kunduz, dans le Nord.

Une fatwa contre les attentats suicide

Ashraf Ghani a déclaré jeudi lors d'une allocution télévisée que les forces afghanes de sécurité suspendraient leurs opérations jusqu'au 20 juin.

Jamais, depuis son élection en 2014, le président afghan n'avait proposé de cessez-le-feu sans condition aux talibans.

Cette trêve, a-t-il ajouté à la télévision, ne concerne pas les opérations contre les djihadistes du groupe armé État islamique ou d'Al-Qaïda.

En début de semaine, lors d'une réunion à Kaboul, des oulémas venus de tout le pays ont adopté une fatwa contre les attentats suicide, contraires selon eux aux principes de l'islam et recommandé ce cessez-le-feu.

Le président Ghani a apporté son soutien à cette fatwa. Le rassemblement religieux a été la cible d'un attentat suicide revendiqué par l'EI qui a fait 14 morts.

L'analyste politique afghan, Haroon Mir, « très heureux que les talibans aient répondu positivement » à l'offre du président Ghani, a toutefois estimé qu'il était « trop tôt pour être très optimiste ». « Nous ne savons pas ce qui se passera les jours précédents ou suivants » l'interruption des combats, a-t-il ajouté.

« Je ne pense pas que le réseau Haqqani sera partant [pour un cessez-le-feu] », a confié un diplomate étranger à l'AFP, ajoutant qu'il ne serait « pas surpris que des incidents se produisent et qu'ils soient revendiqués par Daech », l'acronyme arabe de l'EI.

Main tendue de Ghani

Fin février, lors d'une conférence régionale, le président Ghani a proposé des pourparlers de paix aux talibans, qui pourraient devenir un parti politique s'ils acceptent un cessez-le-feu et reconnaissent la Constitution de 2004.

Depuis, les intéressés n'ont pas répondu officiellement, mais ils ont continué les attentats meurtriers, ciblant en priorité les forces de sécurité, la police et l'armée depuis le début du ramadan, tout en continuant de se battre âprement dans les provinces de Farah et Ghazni, respectivement dans l'Ouest et le Centre-Est.

Renversés fin 2001 à la suite des attentats du 11 septembre et préparés en Afghanistan, les talibans luttent depuis pour reprendre le pouvoir.

Dans la seule année 2017, les violences ont tué ou blessé plus de 10 000 civils afghans.

Plus d'articles