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Une vague d’attaques à l’acide inquiète les autorités britanniques

Les attaques à l'acide sont de plus en plus fréquentes au Royaume-Uni, au point où les autorités ne savent plus quoi faire pour endiguer ce type d'agression qui laisse des traces indélébiles.

« C’est plus que de la vengeance et plus que de la haine. C’est une façon de marquer une personne à vie, de la défigurer, de l’humilier et de chercher à obtenir un pouvoir permanent sur elle. »

Les mots de Simon Harding, professeur de criminologie à l’Université de Middlesex, au nord de Londres, sont durs, mais ils permettent de lever le voile sur cette tendance qui inquiète les autorités.

Les chiffres donnent froid dans le dos. De 2015 à 2016, le nombre d’attaques à l’acide enregistrées dans la capitale britannique est passé de 261 à 454. Cela représente une augmentation de 74 % en 12 mois, souligne la police.

Autrefois associées aux gangs de rue, les attaques à l’acide font de plus en plus d’adeptes au sein de la population générale. Samedi dernier, la police londonienne a mis la main au collet d’un adolescent de 16 ans en lien avec une série de cinq attaques perpétrées en 90 minutes à peine le jeudi précédent.

Au moins une des victimes de l’adolescent devra vivre avec les séquelles permanentes de cette attaque menée en pleine rue contre de simples citoyens circulant à mobylette.

« Beaucoup de gens persistent à croire que ce phénomène n’est lié qu’aux gangs de rue, mais ce n'est pas le cas », insiste Loretta Trickett, professeure de droit pénal et de criminologie à l'Université Nottingham Trent.

Il arrive aussi souvent que les attaques soient tout à fait gratuites et touche des personnes dont la seule faute aura été de se retrouver au mauvais endroit au mauvais moment.

C’est ce qui est arrivé à Samir Hussain en août 2015. Le jeune Londonien s’est fait attaquer dans le stationnement d’un cinéma situé en banlieue de la capitale britannique. Ses assaillants, qui avaient assisté à la même représentation que lui, l’ont aspergé d’un liquide corrosif servant à déboucher les tuyaux. Pour aucune raison.

« Dès que le liquide m’a atteint, j’ai su que ce n’était pas de l’eau. C’était trop lourd », raconte Samir Hussain.

Son visage est désormais strié de larges zébrures. Ça aurait pu être pire, mais il a eu le réflexe de lever ses bras pour protéger ses yeux au moment de l’attaque.

Malgré cela, il dit souffrir. Ses cicatrices, qui prendront du temps à guérir, ne se limitent pas à la chair.

« Je vais devoir vivre avec ce visage toute ma vie. Quand je me marierai et que je regarderai des photos-souvenirs de mon mariage, il y aura ces cicatrices. Quand je regarderai des photos des moments passés en compagnie de mon enfant, il y aura ces cicatrices. C’est ce qui me fait le plus mal », raconte-t-il.

Un cercle vicieux

Comme les attaques sont de plus en plus nombreuses – et donc de plus en plus médiatisées – l'acide devient soudainement une arme attrayante pour régler les conflits interpersonnels, ajoute de son côté le professeur Harding. L’accessibilité et le faible coût des produits contenant de l’acide sont également des facteurs qui contribuent à la popularité de ce type d’attaque.

« Les attaques à l'acide ne font pas seulement mutiler, elles intimident aussi. La peur résiduelle et la menace de représailles ont fait taire un grand nombre de témoins », dit Simon Harding. Pour ces raisons, les trois quarts des enquêtes déclenchées par la police sur ce genre d’affaires se terminent en queue de poisson.

Autre problème : les autorités sont souvent larguées face au phénomène puisque la législation britannique est en retard par rapport à ce phénomène. Il n’y a aucune disposition dans la loi spécifiquement liée à l’usage d’acide.

Dans le cas de Samir Hussain, les autorités ont réussi à attraper un suspect. Michael Macpherson a été condamné à huit ans de prison pour avoir infligé des « blessures corporelles graves ».

Si l'attaque avait été perpétrée avec un couteau, Macpherson aurait été jugé pour tentative de meurtre et aurait été passible de 25 ans de prison.

« Les criminels le savent. Ils ne veulent pas aller en prison pour meurtre donc ils savent que la meilleure option est d’utiliser de l’acide, de défigurer leurs victimes pour leur donner une leçon », explique Sheldon Thomas, un ancien membre de gang de rue reconverti en travailleur communautaire.

Pour Loretta Trickett, l'absence de législation est une aberration. « Ce sont des attaques menées pour faire un maximum de dégâts et elles sont très souvent préméditées […] Les peines devraient refléter cela », dit-elle.

Du côté du gouvernement britannique, on assure que les peines entourant les attaques à l’acide sont actuellement à l’étude. La ministre de l’Intérieur, Amber Rudd, a déclaré que « ceux qui utilisent des liquides nocifs comme armes devraient ressentir toute la force de la loi ».

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