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Une valse électorale à plusieurs candidats en Colombie-Britannique

Si on assiste à l'échelle nationale à une course électorale à trois, dans certaines circonscriptions de la côte ouest, un quatrième joueur s'invite dans la partie. C'est le cas dans la circonscription de West-Vancouver-Sunshine-Coast-Sea-to-Sky Country, où les électeurs ont l'embarras du choix.

Un texte de Raphaël Bouvier-Auclair

Dans cette vaste circonscription située au nord-ouest de Vancouver, les jeux sont loin d'être faits. Si le candidat conservateur l'avait emporté haut la main avec 45 % des voix en 2008 et 2011, les sondages et les témoignages de plusieurs électeurs rencontrés sur le terrain permettent de constater que le scénario est tout autre cette année.

Les limites de la circonscription ont été redéfinies et le député conservateur sortant fait face à des adversaires de taille, dont deux anciens maires de villes de la région (la candidate libérale et le candidat vert). Selon certains sondages, libéraux et conservateurs se livrent une chaude lutte, avec les néo-démocrates qui suivent de près. Les verts sont en queue de peloton et le reconnaissent, mais ils nourrissent de bons espoirs dans cette circonscription.

Courtiser les défenseurs de l'environnement

À une soixantaine de kilomètres au nord de Vancouver, la petite ville de Squamish est coincée entre mer et montagnes. Pas étonnant que les termes « sea to sky » fassent partie du nom de la circonscription.

C'est dans cette ville qu'a décidé de vivre depuis plusieurs années Magalie Vaudrin, Québécoise d'origine. « Pour moi, ce qui est vraiment important, c'est l'environnement. Si un parti prend en considération l'effet de serre, c'est ce qui va influencer mon vote », affirme la jeune mère, qui estime que la plupart des gens de sa communauté partagent cet intérêt pour les questions environnementales.

Dans la région, un controversé projet de port d'exportation de gaz naturel liquéfié, qui serait construit à quelques kilomètres de Squamish, fait couler beaucoup d'encre. Le candidat conservateur l'appuie, tandis que la candidate libérale est plus critique du projet et que les candidats du NPD et du Parti vert s'y opposent. Ils courtisent tous un électorat pour lequel les questions environnementales sont importantes.

Pour écouter cet extrait de reportage sur votre appareil mobile, cliquez ici.

West-Vancouver, communauté fortunée

À l'extrémité sud de la circonscription, à West-Vancouver, le portrait est bien différent. Parmi les maisons qui surplombent la mer, certaines valent plusieurs millions de dollars. Dans cette ville en banlieue de la métropole de la Colombie-Britannique, le salaire moyen était de 83 000 $ par résident en 2011.

« À partir du moment où il y a un certain nombre de gens, on va dire aisés et d'un certain âge, généralement c'est un électorat qui est enclin à être plus conservateur que progressiste », note Pierre Gruget, qui vit à West-Vancouver et qui constate que l'économie intéresse les électeurs. Mais il comprend pourquoi la lutte semble plus serrée cette année parce que « la région est magnifique et que les gens ont aussi une sensibilité environnementale ».

Le politologue de l'Université Simon Fraser Rémi Léger explique la lutte serrée par les diversités sociales et économiques dans la région. « D'un point de vue socioéconomique, on peut s'expliquer pourquoi il y a une course à trois au minimum, et possiblement à quatre. » Il avance aussi que la présence de bons candidats est un autre facteur important.

Réflexion sur le mode de scrutin

L'aspect serré de la course électorale cause en tout cas certains maux de tête à nombre d'électeurs. Si certains disent vouloir du changement et ont déjà arrêté leur choix, d'autres se demandent encore à quel candidat ils donneront leur appui le 19 octobre. « Comme bien d'autres ici, je ne sais pas comment je vais voter », nous dit une femme croisée à West-Vancouver. Mais parmi les électeurs avec qui nous avons discuté, bien peu évoquent le vote stratégique, même si la course semble serrée. Ils veulent voter en fonction de leurs convictions.

Pour le politologue Rémi Léger, les luttes du genre entre trois ou quatre candidats réserveront des surprises le 19 octobre. « Le jour du scrutin, c'est possible qu'un candidat qui reçoit 30 % ou 32 % de l'appui des électeurs devienne le candidat élu », affirme le professeur associé en sciences politiques.

Il estime aussi que la présence de ces courses serrées doit susciter une réflexion sur le mode de scrutin uninominal à un tour en vigueur au Canada. « Ce qui se produit sur le terrain incite à la réflexion, incite aussi à revoir potentiellement notre mode de scrutin dans ce qui serait un mode de scrutin plus proportionnel, ou en tout cas un mode de scrutin mixte », ajoute-t-il.

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