Un an après la mort de Michael Brown, les progrès sont difficiles à mesurer à Ferguson. Les violentes manifestations qui ont suivi la mort d'un jeune noir non ­armé ont forcé les Américains à prendre la mesure d'un problème qui touche une bonne partie du pays. Un an plus tard, les États-­Unis cherchent encore des façons de restaurer la confiance entre les policiers et les gens qu'ils sont censés protéger. Étrangement, l'une des villes les plus dangereuses du pays pourrait servir d'exemple.

Un photoreportage de Yanik Dumont Baron

Photo : ICI Radio-Canada/Yanik Dumont Baron

Camden, New Jersey. Un ancien fleuron manufacturier, une ville qu'on évite, qu'on traverse sans s'arrêter. Il n'y a plus d'hôtel à Camden, pas d'épicerie. La ville compte plus de 3000 structures à l'abandon. La pauvreté est partout, les crimes violents sont trop fréquents. Camden est surnommé la ville la plus dangereuse des États­-Unis.

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Le salaire moyen annuel dépasse à peine les 22 000 $. Trois fois moins que dans le reste de l'État. Le taux de chômage est au moins le double de la moyenne du pays. À Camden, à peine 1 résidant sur 10 a la peau blanche. Il y a beaucoup de trafic de drogues, de sans-­abri et de prostitution.

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Pour tous ses travers, Camden détient un record qui fait l'envie de bien des villes américaines. Aucun policier n'a utilisé son arme de service en plus de deux ans. Durant cette période, les agents ont fait l'objet de moins de 100 plaintes pour usage abusif de la force. Un niveau de retenue « remarquable », que le chef de police, John S. Thomson, attribue à la « préparation et au professionnalisme » de ses agents.

Photo : ICI Radio-Canada/Yanik Dumont Baron

Les policiers n'ont pas toujours été appréciés à Camden. Accusés de corruption et d'incompétence, la force a été démantelée en 2013. La création d'un nouveau corps policier a permis de changer les méthodes et les façons de faire. Les agents, comme Virginia Matias et Javier Vega, patrouillent à pied, visitent les commerçants. « Si les résidants ont des préoccupations, on s'en occupe, explique Virginia Matias. On est ici pour tisser des liens avec la communauté [...] et aussi pour faire respecter la loi. »

Photo : ICI Radio-Canada/Yanik Dumont Baron

Les policiers sont plus visibles et plus abordables. Les gyrophares des autopatrouilles demeurent allumés. Une façon de signaler sa présence et la proximité de l'aide. "Il y a deux ans, explique une résidante, il y avait plein de gens bizarres qui marchaient dans le quartier. On me volait des choses dans ma cour arrière. Mais avec vous qui marchez dans le secteur, ça a fait une grande différence. "

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L'attitude des forces de l'ordre est aussi différente. Plus amicale, respectueuse. Loin de la distance et de la froideur qui semble être le quotidien des habitants de Ferguson, par exemple. « Il faut faire preuve de respect [...], même si c'est un criminel, ça demeure un être humain, explique l'agent Javier Vega. C'est ça qu'ils nous enseignent. Il faut calmer le jeu, être poli, aimable. » Les policiers sont aussi formés pour utiliser les mots plutôt qu'une arme à feu pour régler une situation. « C'est le judo verbal, explique le policier. Et ça marche. »

Photo : La Maison-Blanche/Pete Souza

Des résultats qui ont justifié une visite de Barack Obama ce printemps, quelques semaines après les émeutes de Baltimore. Le président voulait souligner le travail des policiers, mais il a aussi voulu enlever un peu de poids de leurs épaules. « Nous ne pouvons pas demander aux policiers de régler tous les problèmes auxquels la société américaine refuse de s'attaquer. » Barack Obama pensait aux tensions raciales, la pauvreté, au trop grand nombre de jeunes noirs en prison. Des griefs qui ont trouvé écho dans les rues de Ferguson, New York, Baltimore et d'autres grandes villes américaines.

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Ces autres problèmes auxquels le président fait référence, ces jeunes les connaissent bien. « Il n'y a pas d'emploi ici, lance Michael Davis. Et ce qu'il y a, c'est à temps partiel. Au salaire minimum. Moi, je travaille seulement deux jours par semaine. Je suis chanceux que ma blonde ait un bon boulot [...] sinon, je n'aurais pas de place pour dormir! J'ai grandi avec bien des gens qui n'ont pas eu d'enfance. À 13 ou 14 ans, ils devaient déjà gagner leur vie. »

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« On en arrache ici », admet Hannah Harris, à gauche sur la photo précédente. « Oui, on en arrache! On essaie de faire mieux, mais ce n'est pas facile [...] tout a été tout croche durant si longtemps. » Elle parle de ceux qui ont peu d'éducation, ont peu de moyens de gagner une vie décemment et légalement. Une partie de la colère qui déborde parfois dans les rues des villes américaines vient de ce désespoir, cette frustration de voir sa vie sans issue.

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À Camden, l'espoir se trouve parfois dans les endroits les plus insolites. Le révérend Al Stewart fonde beaucoup d'espoir sur une petite glacière ambulante. Elle peut servir à vendre de l'eau froide ou de la crème glacée. Pour le révérend, c'est bien plus qu'un petit boulot. C'est un modeste espoir. « Ce qu'on veut faire ici, c'est d'aider à mettre fin à la pauvreté, donner aux jeunes une façon de se sortir de la criminalité. On veut leur offrir la possibilité de créer leur propre boulot, de faire leur propre chance. C'est ça qui va les libérer! » Nécessaire? Pertinent? Si oui, à quel endroit, dans la séquence?

Photo : ICI Radio-Canada/Yanik Dumont Baron

Avec ces changements, les habitants semblent vouloir se rapproprier Camden. On remarque plus de piétons sur les trottoirs, des commerces ouvrent leurs portes. La Ville tente d'attirer des entreprises, d'obtenir des projets de formation de la main-d'œuvre. Les incitatifs financiers expliquent les quelques chantiers de construction et les nouveaux édifices. Mais plusieurs déplorent que ces emplois aillent à des gens qui n'habitent pas Camden. Des gens qui dépensent peu d'argent dans la ville.

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