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Une visite dans le « vieux » Washington pour Trudeau

La première responsabilité du premier ministre du Canada est de maintenir la frontière avec les États-Unis ouverte, aimait à dire l'ancien premier ministre Paul Martin. Aujourd'hui, son successeur Justin Trudeau s'en va à Washington pour signer des accords sur la fluidité à cette même frontière.

Une analyse de Michel C. Auger

 

En plus, il va utiliser son côté « glamour » pour redorer l'image du Canada avec, en prime, un rare dîner d'État à la Maison-Blanche. Un scénario parfait, quoi?

Pas tout à fait. Parce que M. Trudeau s'en va visiter un Washington qui n'existera plus dans 10 mois. Parce que dans 10 mois, quand Barack Obama quittera la présidence, les choses seront nécessairement très différentes.

Un mot d'abord sur ces ententes sur la fluidité à la frontière, comme de permettre l'inspection des biens exportés avant qu'ils ne quittent l'usine, par exemple. Une bonne idée, à condition qu'on la mette en pratique.

Aux États-Unis, le président peut faire beaucoup de choses, mais il ne peut promettre que les lois qu'il propose seront adoptées. Et, actuellement, avec la fin de mandat qui approche et une majorité républicaine dans les deux chambres du Congrès, M. Obama ne serait pas capable de faire adopter une loi déclarant que le lundi est la première journée de la semaine!

Depuis les attentats du 11 septembre 2001, il y a presque 15 ans, il y a eu toutes sortes d'ententes du genre, qui sont trop souvent restées bloquées au Congrès parce qu'un obscur représentant y a vu un danger pour la sécurité nationale.

Quand ils parlent de ce qui se passe à Washington, les Canadiens ont la fâcheuse habitude de regarder vers la Maison-Blanche. Or, c'est au Congrès que les décisions qui importent se prennent.

Prenez l'initiative qui a touché le plus de citoyens des deux pays : l'obligation d'avoir un passeport pour passer la frontière. Ce n'était même pas une demande de l'administration Bush - qui a même combattu la mesure - c'était l'idée d'un obscur membre du Congrès dans un débat de comité qui s'était conclu au petit matin. Mais une fois que la mesure était inscrite dans le projet de loi, plus question de l'enlever, de peur d'être traité de « mou sur les questions de sécurité ».

Bref, M. Trudeau pourra signer tout ce qu'il veut avec M. Obama, cela ne signifie pas que tout cela pourra entrer en vigueur par la simple volonté de l'exécutif.

Le retour du protectionnisme

L'autre chose qui risque fort de changer dans le « nouveau » Washington d'après le 20 janvier 2017, c'est le retour du protectionnisme.

Qu'ont en commun Donald Trump et Bernie Sanders? Ils réussissent tous deux, dans leur parti respectif, à exploiter les peurs des Américains quant aux divers accords de libre-échange qui ont, le plus souvent, voulu dire des pertes d'emplois dans les industries traditionnelles.

Comment Trump et Sanders ont-ils gagné la primaire du Michigan ce mardi? En parlant pratiquement d'emplois perdus à cause de la concurrence étrangère déloyale. Et même si on pense tout d'abord à la Chine et à la Corée, il est certain qu'il y aura des conséquences pour le commerce avec le Canada.

Il est probable que ni M. Trump ni M. Sanders ne soit élu président en novembre. Mais ce qui restera de cette campagne, c'est qu'il est possible d'aller chercher bien des votes en étant protectionniste. Une leçon qui ne sera pas oubliée par tout membre du Congrès qui recherche une popularité facile.

Ce qui fait que même si la libre-échangiste Hillary Clinton devait être élue présidente, elle va trouver un Congrès qui sera beaucoup moins ouvert à ses idées sur le commerce ou l'ouverture des frontières. Souvenez-vous de l'affaire du passeport : il suffit d'un membre du Congrès dans le bon comité au bon moment!

C'est d'autant plus sérieux qu'une des idées reçues de la politique américaine est en train de se faire malmener dans cette campagne, soit que les démocrates sont protectionnistes alors que les républicains sont favorables au libre-échange.

C'était vrai de l'ancien Parti républicain, mais ce n'est plus celui des Donald Trump ou Ted Cruz. Ainsi, le seul candidat républicain plus ouvertement libre-échangiste, le sénateur Marco Rubio, a la fâcheuse habitude de finir dernier dans les primaires!

Tout cela pour dire que M. Trudeau devrait profiter de son dîner d'État à la Maison-Blanche pendant que ça passe. Parce que quand il retournera à Washington la prochaine fois, pour une « visite de travail », il va trouver une ville et une politique bien différentes.

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