La science judiciaire faunique est devenue une alliée indispensable pour contrer le braconnage organisé. Voici comment s'y prennent les experts pour démanteler les réseaux qui sévissent au Québec.

Un texte de Gilbert Bégin, de La semaine verte

La généticienne Vicky Boucher se souvient de la minuscule goutte de sang qu’elle a dénichée dans le recoin d’un camion. Le braconnier avait pourtant pris soin de faire disparaître toute trace du chevreuil qu’il venait d’abattre.

Vicky Albert dirige la petite équipe du LEB, le Laboratoire d’expertise biolégale rattaché au ministère des Forêts, de la Faune et des Parcs du Québec.

Généticiens, médecins vétérinaires et biologistes moléculaires offrent un soutien aux enquêtes que mènent les agents de la faune sur le terrain. Ils traquent les braconniers jusque dans leurs derniers retranchements.

Dans une pièce du laboratoire, d’immenses congélateurs témoignent des saisies effectuées par les agents : pièces de viande, écailles de saumon, plumes, couteaux, pointes de flèches, la liste est longue. On conserve même des pièces de vêtements oubliés par des braconniers trop pressés.

Bon an mal an, les agents de la faune constatent chaque année quelque 5000 infractions aux lois et règlements sur la conservation de la faune au Québec. De ce nombre, seulement 150 requièrent l’intervention du LEB.

Mais le travail qu’effectuent les scientifiques sur ces cas est désormais essentiel, surtout quand il s’agit de lutter contre les réseaux organisés de braconnage.

Des réseaux sans scrupules

L’opération Balbuzard menée il y a quelques années reste à ce jour une des opérations marquantes dans le démantèlement du braconnage organisé au Québec.

Des braconniers avaient mis en place un marché noir de la vente de gros gibier au Bas-Saint-Laurent. Ils chassaient même dans le parc national du Bic et les réserves fauniques.

Une frappe d’importance permet l’arrestation de 33 braconniers et la saisie de 1200 kg de viande d’orignal et de chevreuil, un butin prélevé à même les congélateurs des braconniers.

Mais pour inculper ces prévenus, il fallait prouver l’existence d’un réseau de partage et de revente de gibier. Pour la première fois, des agents de la faune ont fait appel aux spécialistes du LEB.

Les spécialistes du LEB utilisent la piste de l’ADN pour mettre à jour les liens du réseau.

Les scientifiques ont d’abord dressé le profil génétique de chaque pièce de viande. Pour ce faire, ils ont recours aux microsatellites de l’ADN, exactement comme on le fait en médecine légale. Ces microsatellites sont des marqueurs génétiques qui ne laissent aucun doute sur l’identité d’une bête.

En comparant les profils génétiques, les spécialistes ont pu relier toutes les pièces de viande entre elles.

« L’ADN nous a permis d’établir l’ampleur du réseau. On a même pu démontrer que certaines braconnières avaient partagé leurs bêtes avec huit autres clients », relate Vicky Albert.

L'opération Balbuzard fut un véritable succès : 32 braconniers sur 33 plaideront coupables, sans même exiger de procès.

Des preuves béton

Le LEB a contribué à démanteler quantité d’autres réseaux de braconnage depuis l’opération Balbuzard. La science apporte désormais des preuves béton aux enquêtes.

« On évite maintenant beaucoup de procès. Les accusés préfèrent plaider coupables devant la force des preuves », confirme Réjean Rioux, grand patron des agents de la faune au Québec.

Les réseaux de braconnage privent les régions des revenus que procure la chasse sportive. Les agents de la faune soulignent également que les cas de cruauté envers les animaux sont fréquents.

Pour plusieurs agents, les sciences judiciaires fauniques représentent l’outil qui pourrait un jour freiner les réseaux organisés de braconnage. Ce type de braconnage est un fléau qui continue de prospérer au Québec.

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