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Vaincre le désert ou comment Israël pallie la rareté de l'eau

En plein désert du Néguev, dans le sud d'Israël, un verger luxuriant de grenadiers et ses fruits rouges pourraient passer pour un mirage. Mais il représente surtout une victoire de l'homme sur les éléments.

Un texte de Marie-Eve Bédard correspondante au Moyen-Orient

« Normalement, à cette période, on ne devrait voir aucune herbe verte. C'est une zone aride, il n'y a pas de verdure ici. On ne devrait voir que du beige », explique Dekel Cohen, un agronome au Néguev. L'une des nombreuses coopératives agricoles qui, avec les kibboutzim, ont forgé le secteur agroalimentaire d'un Israël naissant peut compter sur les revenus additionnels de l'agriculture pour réinvestir dans le développement des communautés établies ici.

Le Néguev représente 60 % du territoire israélien. Pendant les 10 premières années de son existence, Israël a souffert d'insuffisance alimentaire, sa population était rationnée. L'eau était au coeur du problème. Il a donc fallu innover et développer des méthodes d'irrigation directes et le goutte-à-goutte, des techniques qui éliminent les pertes du précieux liquide.

Mais la véritable révolution ici, elle se trouve dans un immense bassin d'eau dormante à flan de verger.

L'urgence force à agir

Une sécheresse alarmante qui s'est prolongée pendant sept ans de 2005 à 2012 a forcé Israël à devenir champion en matière de recyclage. Alors qu'à Montréal, on s'inquiète des polluants rejetés dans le fleuve avec les eaux usées, en Israël, on les traite comme un bien précieux que plus personne n'oserait jeter.

Aujourd'hui, 86 % de l'eau rejetée par les villes et villages d'Israël est purifiée et recyclée pour irriguer les terres agricoles. Parallèlement au programme de recyclage, Israël, avec son climat semi-méditerranéen et semi-aride, a dû chercher de nouvelles sources d'eau fraîche et potable. Et c'est vers la mer que l'État hébreu s'est tourné.

L'usine de Sorek, construite et opérée par une compagnie privée, est la plus récente et la plus vaste de quatre usines de dessalement par osmose inversée, une technique de filtration sous pression. À elle seule, l'usine produit et revend à l'État 150 millions de mètres cubes chaque année, soit environ 20 % de la consommation domestique pour tout le pays en été.

Cette longueur d'avance fait d'Israël un modèle pour plusieurs pays qui ont soif de savoir-faire et de connaissances. Mais pour plusieurs de ces pays qui sont aux prises avec la rareté de l'eau et les sécheresses exacerbées par les changements climatiques, le défi c'est aussi de trouver les moyens de mettre en place des politiques qui peuvent être très coûteuses.

L'expertise d'Israël inspire

Dans le kibboutz de Shefayim, Aimé Doulgue, un Tchadien, note soigneusement les instructions d'un professeur pendant que ses collègues de classe tentent d'installer les tuyaux pour un système d'irrigation au goutte-à-goutte. Chaque plante recevra ainsi directement à la racine l'eau dont elle a besoin, une goutte à la fois.

Aimé Doulgue est un fonctionnaire venu du Tchad, un pays qui a coupé toute relation diplomatique avec Israël en 1973 après la guerre du Kippour. Mais pour le groupe d'étudiants venus de partout en Afrique francophone, ce sont des considérations qui importent peu. Ils vont séjourner ici pendant un mois aux frais du gouvernement israélien dans l'espoir de rapporter chez eux des solutions au criant besoin d'eau.

Une menace qui pousse ses concitoyens à la migration, explique M. Doulgue. « Ce que j'ai vu aujourd'hui, c'est impressionnant. Et cette technique, si l'Afrique doit faire un développement durable, il faut nécessairement l'appliquer, mettre en pratique cette technique. »

Faire payer les utilisateurs

Mais les techniques et les technologies de pointe développées par Israël ont un coût. Ici, ce sont les citoyens qui paient la facture à la consommation, ce qui a permis le développement de toute une industrie de l'eau soutenue par le gouvernement.

« On ne peut plus tenir l'eau pour acquise », explique Yossi Yacooby, directeur pour Mekorot, la compagnie israélienne de l'eau. « Beaucoup de pays comprennent que si on ne traite pas l'eau comme un bien que l'on doit payer, on ne peut pas gérer les systèmes correctement », ajoute-t-il.

Dans un Moyen-Orient asséché, l'accès à l'eau est plus que jamais un enjeu stratégique. Israël partage son aquifère avec la Cisjordanie et affirme partager avec les Palestiniens plus que ce qu'il a l'obligation de faire en vertu des accords de paix. Les Palestiniens disent que ce n'est pas assez et que c'est trop cher.

L'expertise d'Israël doit être partagée, selon M. Yacooby. « Plus d'un milliard de personnes souffrent du manque d'eau et d'absence de lieux sanitaires. De nombreux pays partout dans le monde ont besoin de solutions, dit-il, des milliards de dollars doivent être investis. »

Et le petit pays qui a su faire éclore le désert à force d'ingéniosité espère qu'une bonne partie de ces milliards seront investis chez lui.

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