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Val-d'Or : Couillard rencontrera les chefs autochtones le 4 novembre

Philippe Couillard a annoncé en fin de journée, mercredi, qu'il rencontrera, le 4 novembre, les chefs autochtones du Québec, comme le réclamait l'Assemblée des Premières Nations du Québec et du Labrador (APNQL) et le Grand conseil des Cris, dans la foulée des graves allégations soulevées par l'émission Enquête au sujet de policiers de la Sûreté du Québec à Val-d'Or.

Le chef de l'APNQL, Ghislain Picard, avait demandé mardi à Philippe Couillard de « se manifester dans les 24 prochaines heures », affirmant que, selon lui,  « le premier responsable de cette crise, ici, à Val-d'Or, c'est le premier ministre du Québec ». Philippe Couillard s'était défendu, disant que « toute la société est responsable ». 

Les partis de l'opposition réclament que l'enquête soit confiée au Bureau des enquêtes indépendantes (BEI) au lieu du Service de police de la Ville de Montréal (SPVM), qui l'a obtenue la semaine dernière après qu'elle eut d'abord été donnée à la SQ.

En chambre, mercredi, M. Couillard a répété qu'il est important d'attendre que le gouvernement fédéral mandate une commission d'enquête sur la situation des Autochtones avant de décider quelle formule le Québec pourrait choisir. « Nous allons voir le mandat, la composition de cette enquête et, bien sûr, juger, s'il y a lieu, d'ajouter un processus public au Québec en parallèle, d'une façon complémentaire », a-t-il dit.

Le chef péquiste Pierre Karl Péladeau a quant à lui affirmé que l'inaction de M. Couillard est responsable de la situation de crise à Val-d'Or. « Le premier ministre doit se rendre compte que nous vivons une crise et qu'il doit, comme chef de l'État, trouver les moyens nécessaires pour la résoudre », a-t-il dit en point de presse.

Le BEI doit commencer ses activités en avril 2016.

Une enquête indépendante et un observateur

L'APNQL a indiqué mardi qu'elle compte demander une « enquête indépendante » sur les allégations soulevées par l'émission Enquête, à laquelle devrait se joindre « une autre entité policière qui originerait des Premières Nations pour faire une surveillance du processus de déposition de plaintes », et davantage de ressources pour les organismes d'aide aux femmes autochtones, notamment pour les soutenir lorsqu'elles dénoncent des agresseurs.

En outre, les chefs autochtones réclament leur propre observateur associé au processus d'enquête du Service de police de la Ville de Montréal (SPVM).

Ghislain Picard se disait extrêmement déçu de la manière dont Québec a mené le dossier jusqu'ici. « On n'a jamais eu d'appel. On n'a jamais eu d'offre du gouvernement du Québec pour nous dire: est-ce qu'on peut se donner la main dans cette démarche-là? », a regretté M. Picard.

Par ailleurs, l'APNQL exige que le gouvernement Trudeau déclenche une enquête sur les femmes autochtones disparues ou assassinées dans les 30 jours suivant son assermentation.

À l'heure actuelle, huit policiers de la SQ sont soupçonnés de voies de fait et d'abus de confiance pour divers évènements survenus au cours des dernières années. Aucun ne fait cependant l'objet d'accusations d'agressions sexuelles, dont certaines femmes autochtones se sont dites victimes devant les caméras d'Enquête.

Un problème qui n'est pas exclusif à Val-d'Or

En entrevue à 24/60, le président de l'organisme La Piaule de Val-d'Or et professeur en travail social Stéphane Grenier dit que le climat est « très tendu » dans la région, sans toutefois parler de « crise ».

« Il y a beaucoup de fatigue chez les intervenants sociaux que je rencontre », observe-t-il. « Il y a une espèce de désespoir dans la rue. »

Stéphane Grenier tient cependant à bien exposer que les policiers ne sont pas les seuls à montrer du doigt pour la discrimination dont sont victimes les Autochtones. « La discrimination systémique à l'égard des Autochtones est beaucoup plus large que ça », dit-il.

« Les policiers sont attaqués, à ce moment-ci, et ce n'est pas dommage, mais c'est un état de fait. Val-d'Or est un carrefour important au niveau de l'autochtonie au Québec, et c'est normal que le problème émerge ici. Ceci dit, il va falloir se questionner énormément par rapport à ce qui se passe dans les communautés autochtones et énormément par rapport à ce qui se passe partout au Québec », considère le professeur en travail social.

Les Autochtones composent 10 % de la population itinérante à Montréal, pourtant ils ne constituent que 0,6 % de la population au total de la ville, fait-il valoir. « Ça traduit bien dans quelle détresse les gens sont, dans quelle détresse les femmes autochtones sont », ajoute-t-il.

Il faut « absolument » que la commission d'enquête qui se penchera sur le dossier ne s'intéresse pas uniquement à critiquer les pratiques de la Sûreté du Québec, selon lui.

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