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Vancouver, fer de lance du bâtiment vert en Amérique du Nord

Réduire les émissions polluantes des bâtiments fait maintenant partie intégrante de la lutte contre les changements climatiques. Vancouver, la seule ville au Canada à avoir son propre code du bâtiment, est devenue une des pionnières du bâtiment vert en Amérique du Nord. Voici quatre exemples de cette innovation.

Un texte de Dominique Arnoldi

1. La centrale d'énergie de quartier (Neighbourhood Energy Utility)

Les cheminées d'échappement de la centrale ont été conçues comme les doigts d'une main. Au bout, des panneaux lumineux changent de couleur selon la consommation d'énergie des résidents. Photo : Ville de Vancouver.

Cette centrale d'énergie unique en son genre a été construite dans la foulée des Jeux olympiques d'hiver de 2010. Vancouver voulait en faire les Jeux plus propres de l'histoire. La centrale, située sous le pont Cambie, à False Creek, près du centre-ville de Vancouver, combine les fonctions de station de pompage des égouts et de station thermale. La première du genre en Amérique du Nord.

Basée sur le principe des échanges géothermiques, l'énergie thermique des égouts locaux est capturée par une pompe à chaleur, et cette énergie est redistribuée sous forme d'eau chaude dans les bâtiments du quartier pour l'usage domestique et le chauffage. Une forme d'énergie propre et renouvelable.

« L'idée, c'est de centraliser le système de chauffage pour les bâtiments », dit Chris Baber, le gérant de la centrale d'énergie de quartier. « Généralement, en Amérique du Nord, chaque édifice a son propre système de chauffage, en général une chaudière à gaz. Là, on centralise, ce qui permet de faire des économies d'échelle. La superficie d'un édifice type dans le quartier est de 100 000 à 200 000 pieds carrés. Notre centrale alimente une superficie de 4 millions de pieds carrés. »

La centrale est silencieuse et sans odeur. Elle comprend deux étages souterrains. Les deux étages supérieurs sont enfermés dans une enveloppe moderne, vitrée, qui rappelle aux résidents du quartier la source de l'énergie du quartier et témoigne d'un souci d'esthétique.

Au bout des cheminées d'échappement de la centrale, conçues artistiquement comme les doigts d'une main, des panneaux lumineux changent de couleur selon la consommation d'énergie des résidents, marquant le pouls énergétique du quartier.

« Un des objectifs de ce bâtiment-là, c'était un côté éducation », explique Alain Prince, architecte associé de la firme FRANCL et responsable du design.

2. Le premier « net zéro », le 80 Walter Hardwick à Vancouver

Le 80 Walter Hardwick, qui faisait partie du village olympique à Vancouver, a été transformé en résidences pour personnes âgées. Photo : Martin Tessler.

Un des bénéficiaires de cette source d'énergie renouvelable est le village olympique, legs des Jeux d'hiver de 2010, dont tous les bâtiments ont été construits selon les normes environnementales les plus exigeantes, LEED platine.

Qualifié il y a cinq ans de quartier le plus durable au monde, il a été, depuis, converti en appartements et en centre communautaire. Il s'agit du premier complexe résidentiel au Canada à générer, au cours d'une année, autant d'énergie qu'il en utilise. Un « net zéro », en jargon d'architecte.

L'édifice du 80 Walter Hardwick, devenu une résidence pour personnes âgées, s'alimente en énergie du réseau électrique et de la centrale d'énergie du quartier, mais le bâtiment produit à son tour de l'énergie.

« On a installé 72 panneaux solaires sur le toit, explique Jean-Sébastien Tessier, associé principal de la firme d'architectes Integral. Et il y a une épicerie en bas, [où il y a] des systèmes de refroidissement à l'intérieur, des réfrigérateurs, des congélateurs; on prend cette chaleur-là, puis on la réutilise pour le bâtiment au lieu de la rejeter à l'extérieur. »

3. Le bâtiment vivant, le nec plus ultra de l'architecture verte

Garderie du campus de l'Université Simon Fraser. Photo : SFU Community Trust.

Les mêmes principes de construction ont été appliqués à l'édifice qui abrite la garderie du campus de l'Université Simon Fraser, mais ici, on a poussé la limite pour en faire en 2008 le premier bâtiment vivant construit au Canada.

Les eaux de pluie sont captées, entreposées et, comme les eaux usées, sont traitées sur le site même. En été, le système de conversion thermique solaire produit plus d'eau chaude que nécessaire. Le surplus est redistribué aux bâtiments voisins.

La garderie de près de 530 mètres carrés a été construite avec des matériaux non toxiques, obtenus localement dans un rayon de moins de 400 kilomètres. Le tout pour 15 % de moins que le coût de construction d'une garderie traditionnelle et dont le coût d'entretien est également réduit.

4. La maison passive : la voie de l'avenir

Maison passive à Vancouver. Photo : Lucio Picciano, architecte propriétaire, firme DLP Designs .

Les exemples de bâtiments verts cités ci-dessus utilisent souvent des systèmes assez sophistiqués, dont l'entretien requiert un peu de formation de la part des occupants.

La maison passive, un concept à l'origine allemand, gagne en popularité en Europe. À la base, il s'agit d'une construction qui sera le plus étanche possible et limitera au minimum les pertes de chaleur et d'énergie. Une telle étanchéité permet de réduire à 10 % seulement la consommation énergétique d'une maison traditionnelle.

« La maison est branchée sur le réseau électrique, mais on ne chauffe pas encore. En ce moment, il fait 5 à 6 degrés Celsius dehors, et ici, dans la maison, il fait 19 degrés », dit Lucio Picciano, architecte propriétaire d'une maison passive.

Pour y arriver, il faut orienter les fenêtres du côté sud, assurer un ombrage suffisant pour éviter la surchauffe en été, des murs deux fois plus épais que la normale et un triple vitrage. On veut aussi éviter les fuites de chaleur en gardant l'enveloppe du bâtiment simple, sans balcons ni artifices architecturaux.

« Bien sûr, si on a un bâtiment qui est très étanche, on veut aussi qu'il y ait une très bonne qualité d'air, donc le quatrième principe, c'est une ventilation mécanique contrôlée. Il y a un apport constant d'air frais, et une sortie constante d'air vicié et, entre les deux, un échangeur de chaleur. L'air chaud sort, se frotte, si vous voulez, à l'air froid qui rentre pour transférer cette chaleur-là, pour éviter qu'il y ait perte de chaleur », explique le spécialiste des changements climatiques à l'Institut Pembina, Tom-Pierre Frappé Sénéclauze.

Vancouver, des buts ambitieux

La Ville de Vancouver s'est donné comme but que tous les nouveaux bâtiments soient neutres en carbone d'ici 2020 et de réduire la demande énergétique des bâtiments de 20 % d'ici 2020. Elle pourrait bien y arriver : une maison détachée traditionnelle émet entre 30 et 40 kilos de gaz à effet de serre par mètre carré par an.

Avec les modifications imposées au code du bâtiment à Vancouver aujourd'hui, les émissions de gaz à effet de serre sont de moins de 10 kilos par mètre carré. Reste encore cinq ans pour atteindre le but.

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