En pleine saison des récoltes, plusieurs producteurs de framboises du Québec ont de la difficulté à écouler leurs stocks dans les supermarchés. Les bas prix offerts par les producteurs californiens poussent les chaînes d'alimentation à se tourner vers la framboise américaine, qu'ils peuvent vendre au rabais.

Un texte d'Olivier Bachand

Le producteur de framboises Simon Charbonneau déplore que lui et ses collègues peinent à se tailler une place dans les épiceries de la province. « En ce moment, on voit qu'il y a beaucoup de framboises américaines sur les étalages. Ils prennent aussi la framboise du Québec, mais c'est difficile », dit-il.

Propriétaire de l'entreprise FraiseBec, de Sainte-Anne-des-Plaines, il est l'un des sept plus grands producteurs de framboises du Québec et vend l'immense majorité de sa production dans les supermarchés.

Ces jours-ci, les producteurs comme lui doivent composer avec la concurrence des géants américains, comme Driscoll's, qui vendent leurs framboises à de très bas prix aux grandes chaînes d'alimentation.

« Beaucoup de producteurs ont de la difficulté à écouler leurs stocks, affirme-t-il. Certains vont perdre une partie de leurs champs. »

Le producteur Dominic Lemire, des Jardins d'Oka, dit aussi subir les contrecoups de la concurrence américaine. « Quand les chaînes achètent la moitié de ce qu'ils achètent d'habitude, tu dois te débattre pour vendre tes framboises, et ça fait baisser les prix », déplore-t-il.

Une question de prix et d'approvisionnement

L'Association des détaillants en alimentation du Québec affirme que les producteurs de framboises ont un meilleur accès aux épiceries de la province, qui font de plus en plus d'efforts pour promouvoir les produits locaux.

Selon son président-directeur général, Florent Gravel, les chaînes d'alimentations doivent toutefois s'assurer d'avoir un approvisionnement suffisant pour répondre à la demande des clients, ce qui serait impossible sans la framboise des États-Unis, même lors des récoltes au Québec.

Il explique aussi que les coûts de production des producteurs américains sont moins élevés que ceux des producteurs québécois, ce qui explique pourquoi les prix des framboises américaines sont souvent plus bas en épicerie. « On est là pour offrir un produit au consommateur au meilleur prix possible et c'est ce que certains clients recherchent », souligne M. Gravel.

Dans la circulaire du 23 au 29 juillet, Loblaws, Provigo et Maxi annoncent les framboises américaines à 5 $ pour trois casseaux.

Chez IGA, les framboises américaines et québécoises seront toutes deux vendues à 6 $ pour deux casseaux, mais le format des casseaux québécois sera plus petit que celui des casseaux américains.

Quant aux supermarchés Metro, ils comptaient tout d'abord vendre deux casseaux de framboises du Québec pour 6 $, mais la chaîne s'est finalement ravisée et vendra trois casseaux pour le même prix, afin d'égaler le rabais offert sur les framboises des États-Unis.

Les changements de dernière minute n'apparaîtront toutefois pas dans la circulaire imprimée, qui fera état de promotions différentes pour les deux produits. « Un erratum sera distribué en magasin », a-t-elle assuré.

Du « dumping »?

Le professeur à HEC Montréal Jacques Nantel estime qu'il est très difficile pour les producteurs de framboises du Québec de faire concurrence aux producteurs américains, qui peuvent approvisionner les chaînes d'alimentation pendant toute l'année. De plus, leurs coûts de main-d'oeuvre sont plus élevés.

Il affirme toutefois que les pratiques des grands producteurs américains s'apparentent à du dumping, sans en remplir totalement la définition.

Selon Jacques Nantel, les producteurs américains vendent à perte leurs framboises quelques semaines par année, mais comme les contrats s'échelonnent sur plusieurs mois, il ne croit pas qu'un tribunal international comme celui de l'Organisation mondiale du commerce reconnaîtrait qu'il s'agit de dumping.

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