Le mandat de Ban Ki-moon se termine le 31 décembre 2016. Qui lui succédera? Cinq points pour comprendre ce qui se joue dans l'élection du nouveau secrétaire général de l'ONU.

Un texte de Ximena Sampson

1. LE PROCESSUS

Pour la première fois cette année, le processus de sélection du nouveau secrétaire général est complètement public. Jusqu'à maintenant, la nomination du plus haut responsable de l'organisation était le résultat de négociations derrière des portes closes. Les 15 membres du Conseil de sécurité choisissaient un candidat, qui était ensuite automatiquement approuvé par l'Assemblée générale.

« Il n'y avait pas de processus de nomination ni de marche à suivre pour guider le choix du Conseil de sécurité », remarque William Pace, directeur de l'organisation World Federalist Movement (Mouvement fédéraliste international), qui participe à une campagne demandant une plus grande transparence dans la sélection du secrétaire général.

Cette fois, à la suite de nombreuses pressions des ONG, les Nations unies ont décidé de réformer le processus. L'Assemblée générale a lancé un appel à candidatures à l'automne dernier, invitant notamment les États à présenter des femmes.

Les curriculums vitae des aspirants au poste ont été mis en ligne, et ceux-ci ont dû répondre aux questions des 193 membres de l'Assemblée lors de séances de dialogue en avril. Ces « dialogues informels », auxquels ont participé neuf des douze candidats, ont été diffusés sur le web.

Selon lui, les membres de l'Assemblée ont été impressionnés par le processus, qui s'est révélé bien plus intéressant qu'ils ne le croyaient.

2. LES CRITÈRES

Dans la lettre envoyée par le président de l'Assemblée, il est écrit que le candidat doit avoir « des capacités de gestionnaire et de leadership, une longue expérience des relations internationales, ainsi que des talents diplomatiques, linguistiques et de communication ». Par le passé, la liste de qualifications n'avait jamais été clairement explicitée.

En fait, le choix d'un secrétaire général doit répondre à deux critères principaux, soutient Michel Duval, chercheur associé à la Chaire Raoul-Dandurand de l'UQAM, qui a été représentant permanent adjoint du Canada auprès de l'ONU de 1996 à 2002. Il doit « avoir une main ferme pour tenir l'organisation » et « être une personnalité politique, mais qui n'intervient pas directement de façon partiale ou partisane dans les débats ».

Historiquement, les grandes puissances ont toujours choisi des candidats « qui ne font pas de vagues », affirme William Pace. De plus, jusqu'à maintenant, ils étaient originaires de petits pays perçus comme n'étant pas trop alignés sur les grandes puissances. C'est pourquoi le Canada, perçu comme très proche des États-Unis, pourrait difficilement être choisi.

3. À QUI S'ATTENDRE?

Depuis la création de l'ONU, il y a eu une rotation entre les différentes régions du monde, mais il n'y a jamais eu de secrétaire général issu d'Europe de l'Est. Cette année, ces États sentent que leur tour est venu. La majorité des candidats en sont d'ailleurs issus.

« Les gouvernements d'Europe de l'Est font des pressions, mais [...] ce n'est pas écrit dans la Charte qu'il devrait y avoir des rotations régionales. Il y a eu une rotation ad hoc », remarque M. Pace.

Cependant, toute candidature européenne peut être problématique, dans la mesure où la Russie scrutera attentivement la position du candidat et de son pays sur la question controversée de l'Ukraine, soulignent les analystes.

Par ailleurs, plusieurs groupes de pression militent pour qu'une femme soit élue à la tête de l'organisation. Depuis sa création, en 1945, seuls des hommes sont arrivés au sommet. ONU femmes signale également qu'à peine le quart des postes de haut niveau au sein de l'organisation sont occupés par des femmes.

L'ONU est mûre pour ce changement, croit Michel Duval. « Tous les astres sont alignés », affirme-t-il. Six des douze candidats sont d'ailleurs des femmes.

4. LES CANDIDATS

Jusqu'à maintenant, douze candidats se sont manifestés. On retrouve parmi eux de grosses pointures, comme l'ex-première ministre de Nouvelle-Zélande Helen Clark, l'ancien haut-commissaire de l'ONU aux réfugiés Antonio Guterres, l'ancien président de la Slovénie Danilo Turk et la directrice générale de l'UNESCO, la Bulgare Irina Bokova.

5. LE VOTE

Le Conseil de sécurité devrait commencer sa sélection cet été. Les 15 membres se réuniront alors pour une série de votes à bulletin secret.

« La cabale des nations se fait au Conseil de sécurité », soutient Michel Duval, puisque « chacun des membres permanents cherche à tirer la couverture de son côté ».

Lorsqu'ils se seront entendus sur une ou plusieurs candidatures, ils les soumettront, au courant de l'automne, à l'Assemblée générale, qui devra entériner leur choix.

Jusqu'à maintenant, ce n'était qu'une formalité.

Mais, cette fois, comme l'Assemblée a eu l'occasion d'entendre les candidats, elle a pu se faire une meilleure idée de leurs forces et leurs faiblesses. « C'est pour cela que les grandes puissances feront très attention à ne pas proposer un des candidats les plus faibles », croit William Pace.

Le nouveau secrétaire général entrera en poste le 1er janvier 2017; son nom devrait donc être connu au plus tard en novembre.

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