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Vente des actions de Rona : que s'est-il donc passé le 17 novembre 2014 ? 

Il s'est dit beaucoup de choses à la commission parlementaire sur Rona jeudi à Québec. On a beaucoup retenu les propos de Pierre Ouellet, l'ancien chef de cabinet de Jacques Daoust. Toutefois, la commission nous a aussi permis d'obtenir quelques éléments d'informations sur ce qui s'est passé le 17 novembre 2014. 

Gérald Fillion

  Un texte de Gérald Fillion

Ce jour-là, les membres du conseil d'administration d'Investissement Québec ont décidé d'adopter une résolution de vente des quelque 12 millions d'actions que l'organisme possédait dans Rona.

Trois raisons sont données pour expliquer cette décision par Louis Roquet, l'ancien président du conseil, et Yves Lafrance, PDG par intérim d'Investissement Québec au moment de la fameuse réunion.

La première, c'est qu'on a évalué, au conseil, qu'il n'y avait plus, le 17 novembre 2014, de risques de voir une nouvelle offre d'achat hostile être déposée sur les actions de Rona, ce qui s'était produit un peu plus de deux ans auparavant et qui avait donc mené Investissement Québec à acheter une quantité importante d'actions du quincaillier.

La deuxième raison évoquée par les deux hommes, c'est qu'on croyait, chez les gens qui s'occupent de la gestion de risque chez Investissement Québec, qu'il fallait se débarrasser du risque important que représentait la part substantielle qu'occupait Rona dans le portefeuille de l'organisme. Il fallait réduire ce risque.

Et la troisième explication, c'est que, finalement, l'objectif n'a jamais été de faire du profit avec l'investissement fait en 2012 dans Rona, mais bien de protéger l'entreprise d'une offre hostile en constituant une minorité de blocage, c'est-à-dire un groupe d'investisseurs du Québec -- Investissement Québec, la Caisse de dépôt et placement, le Fonds de solidarité FTQ et les marchands Rona, capable d'empêcher une entreprise comme Lowe's de mener à bien une offre d'achat hostile.

Le profit de la vente n'a été que de 6 millions de dollars sur deux ans.

Une décision prise très rapidement

Nous avons aussi appris quelque chose qui, il me semble, devrait soulever d'autres questions dans cette affaire.

Louis Roquet et Yves Lafrance ont confirmé que la vente de la totalité des actions de Rona n'était pas à l'ordre du jour de la réunion du conseil d'administration du 17 novembre 2014.

Ce qui était prévu, c'était une discussion sur la vente de 875 000 actions de Rona, ce qui représentait une deuxième transaction sur les actions de Rona par Investissement Québec depuis l'acquisition massive du mois d'août 2012.

Rona était en période de rachat d'actions. Et donc, Investissement Québec devait réduire sa position dans Rona pour éviter d'arriver à un actionnariat de 10 % dans l'entreprise, ce qui lui aurait donné le titre d'initié. Investissement Québec ne voulait pas de cette position et réduisait donc lentement sa position dans l'entreprise.

La vente de 12 millions d'actions plutôt que de 875 000 a été soulevée par quelques personnes au cours de la réunion. Louis Roquet a même dit, jeudi, qu'il a été pris de court par cette proposition, qu'il n'a pas vue venir, qui n'avait pas non plus été discutée auparavant.

L'ancien président du C. A. d'Investissement Québec Jean-Claude Scraire, qui est parti en mai 2014, et l'ancien PDG de l'institution Mario Albert, qui a été remplacé en août 2014, ont dit ne jamais avoir discuté de la possibilité de vendre toutes les actions de Rona.

Et donc, on comprend clairement des témoignages de Messieurs Roquet, Lafrance, Scraire et Albert qu'avant la réunion du 17 novembre 2014, il n'a jamais été question à Investissement Québec de se départir de l'ensemble des actions de Rona.

Mais, durant cette réunion, le sujet est amené sur la table et la décision est prise de vendre toutes les actions.

En quelques minutes ou en quelques heures, cette décision d'une grande importance est adoptée et mise en oeuvre.

Selon Louis Roquet, il s'agissait bel et bien d'une décision du conseil et non d'une proposition qui devait être approuvée par le ministre Daoust. Louis Roquet a dit, en commission, que le ministre n'avait qu'à être informé de la décision.

Je ne suis pas un expert du fonctionnement d'Investissement Québec et je serais bien mal venu de douter de la compétence des experts de l'institution, loin de là mon intention. Mais, est-il normal de décider aussi rapidement d'une telle vente d'actions?

Comment se fait-il que la vente des actions de Rona, achetées en catastrophe deux ans auparavant pour protéger l'entreprise, ait pu se décider aussi simplement, aussi rapidement, sans crier gare?

Comment se fait-il que ce dossier n'ait pas fait l'objet de plusieurs rencontres, de plusieurs discussions, d'un échange plus productif avec le ministre Daoust compte tenu de l'enjeu politique qui lui est associé?

Que s'est-il passé pour qu'une décision d'une telle importance, non annoncée à l'avance, non discutée à l'avance, soit prise aussi rapidement?

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