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Vérification des faits : la France n’a pas renoncé à la taxe carbone

Les opposants à la nouvelle taxe albertaine sur les émissions de carbone le répètent : la province devrait plutôt s'inspirer de l'Australie et de la France qui ont renoncé à taxer les émissions de gaz à effet de serre. Ont-ils raison? Seulement en partie : l'Australie a bel et bien mis fin à sa taxe, mais pas la France.

Un texte de Laurent Pirot

« L’Australie a supprimé sa taxe, la France a supprimé sa taxe », a affirmé le chef de l’opposition officielle, Brian Jean, lors de la séance de questions à l’Assemblée albertaine le 13 décembre. Il a répété cette affirmation à plusieurs reprises.

Le candidat à la direction du Parti progressiste-conservateur albertain, Jason Kenney, a lui aussi cité cet exemple.

Fin de la taxe en Australie en 2014

L’Australie a imposé une taxe d’environ 20 $ pour chaque tonne d’émissions de carbone entre 2012 et 2014, année de l’annulation de cette mesure par le gouvernement conservateur de l’ancien premier ministre Tony Abbott.

Une taxe qui augmente en France

La France, en revanche, n’a jamais renoncé à sa taxe, entrée en vigueur en 2014.

« Cette affirmation est fausse dans la mesure où on a une taxe sur le carbone qui a été intégrée en 2014 en France dans les taxes sur la consommation de produits énergétiques », dit Lorelei Limousin, responsable des politiques climat et transport au sein de l’ONG Réseau action climat.

En 2017, [cette taxe] est toujours effective.

Lorelei Limousin, responsable des politiques climat et transport au sein de l’ONG Réseau action climat

La taxe est fixée à 30,5 euros (environ 42 $) pour une tonne d'émissions en 2017 et devrait augmenter progressivement à 120 euros (170 $) en 2030.

Les automobilistes français paient une taxe de 6,5 centimes d’euro (environ 9 cents) par litre d’essence, un montant qui a augmenté de 1 centime le 1er janvier. En Alberta, l’introduction du prélèvement sur le carbone a entraîné une hausse d’environ 4,5 cents pour un litre d’essence.

Cas particulier des centrales au charbon

Le gouvernement français a cependant pris à l’automne une décision qui a pu être mal interprétée, souligne Mme Limousin : il a renoncé à imposer une taxe aux centrales électriques qui fonctionnent au charbon. Ces centrales sont soumises à un régime spécial de bourse de carbone.

« C’est là-dessus, sur cette taxe spécifique sur les centrales à charbon, que le gouvernement a reculé, malheureusement », explique Lorelei Limousin.

La France ne compte que cinq centrales électriques au charbon. Elles ne fonctionnent pas en continu et sont responsables de moins de 2 % des émissions de carbone françaises, a précisé un membre du cabinet de la ministre française du Développement durable, Ségolène Royal.

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