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Victime autochtone emprisonnée : un rapport demande des changements

L'emprisonnement à Edmonton d'une victime d'agression sexuelle révèle un racisme systémique qui doit changer, reconnaît le gouvernement albertain.

Le geste a constitué « un effondrement total des protections légales » et « devrait être vu comme un appel à agir », concluait plus tôt l'enquête indépendante commandée par la province.

Angela Cardinal, dont le vrai nom est protégé par un interdit de publication, a passé cinq nuits au centre de détention d’Edmonton pour assurer qu'elle allait témoigner lors des audiences préliminaires de son agresseur.

Elle était menottée pendant les débats et a dû se déplacer entre le tribunal et la prison dans le même véhicule que l'accusé, Lance Blanchard, qui a ensuite été condamné pour l’avoir agressée.

Angela Cardinal est un pseudonyme utilisé par les médias, ainsi que par l’avocate manitobaine Roberta Campbell, qui a revu l’affaire à la demande du gouvernement albertain.

Racisme systémique

L’avocate juge que « personne n’a commis délibérément d’acte raciste ou discriminatoire à l’égard de Mme Cardinal », mais pense plutôt qu’un « préjugé systémique » a joué contre elle.

La ministre de la Justice, Kathleen Ganley, a refusé de dénoncer le comportement des employés concernés et a plutôt promis de mettre en oeuvre des changements pour lutter contre ce racisme systémique.

Le rapport estime que la procureure Patricia Innes n’aurait pas dû demander l’emprisonnement d’Angela Cardinal. Kathleen Ganley dit que les procureurs doivent désormais essayer toutes les autres solutions avant de demander qu’un témoin ou une victime ne soient placés en détention.

Patricia Innes, qui a pris sa retraite, refuse de s’expliquer tant que les procédures judiciaires ne sont pas terminées dans cette affaire.

Sensibilisation culturelle

Comme le recommande le rapport de l’avocate, une grande partie des fonctionnaires albertains devront suivre une formation de sensibilisation portant en particulier sur les besoins des victimes de crimes graves et des victimes autochtones.

Les shérifs provinciaux vont étudier leurs pratiques concernant le traitement des victimes et des témoins dont ils doivent s’occuper. La ministre Ganley a reconnu qu’il n’existait aucune procédure concernant l’utilisation de menottes et a souhaité qu'ils utilisent désormais la solution la moins violente possible.

Le rapport recommande la création d’un service unique d’aide aux victimes. La ministre souhaite consulter les agences qui accompagnent les victimes avant de prendre des engagements.

Le juge blanchi

Le conseil albertain de la magistrature a procédé de son côté à une évaluation de la décision du juge Ray Bodnarek. Le conseil conclut qu’il n’a enfreint aucune règle et qu’on ne peut pas lui reprocher d’avoir accepté l’emprisonnement de la victime.

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