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VIH en Saskatchewan : des médecins estiment qu'il faut décréter l'état d'urgence

Le taux de VIH-sida en Saskatchewan est à ce point critique qu'il faut dès maintenant que le gouvernement décrète un état d'urgence santé, estiment 31 médecins de la province. En 2015, le taux d'infection provincial était deux fois plus élevé que la moyenne nationale.

Un texte de Pascale Bouchard

Ces médecins, dont fait partie le Dr Ryan Meili de Saskatoon, chercheur en VIH-sida, rappellent que la Saskatchewan a le pire taux de VIH au Canada depuis 2006. Certaines épidémies locales en Saskatchewan, selon les médecins, ont même des taux qui rivalisent avec ceux des pays d'Afrique les plus touchés.

Plus de 1500 personnes en Saskatchewan ont été déclarées séropositives depuis 10 ans, dont plus de 1075 personnes issues des Premières Nations, disent les médecins. Chaque mois, notent-ils, 10 nouveaux patients s'ajoutent à la liste des personnes aux prises avec le virus.

Sans une intervention musclée du gouvernement provincial, le Dr Ryan Meili estime que les médecins de la province n'auront bientôt plus suffisamment de ressources pour contrer ce fléau qui prend constamment de l'ampleur. « On ne voit pas assez d'action du gouvernement provincial et nous, comme médecins qui travaillons directement avec ces patients dans les communautés urbaines, rurales et dans les réserves, on voit que ce problème empire. »

Depuis mars 2015, des membres du groupe et des experts internationaux ont rencontré à plusieurs reprises, mais sans succès, l'ancien ministre provincial de la Santé Dustin Duncan, affirme Ryan Meili. Il souligne que la province n'a mis aucun plan en place depuis la fin de sa stratégie de lutte contre le VIH en 2014.

Des bébés nés séropositifs

Selon le groupe de médecins, en 2014, 114 personnes ont été infectées par le VIH en Saskatchewan, comparativement à 129 en 2013 et 177 en 2012.

Puis, en 2015, 158 nouveaux cas ont été confirmés. Trois de ces nouveaux cas étaient des bébés nés séropositifs. Le problème du VIH en Saskatchewan prend de telles proportions, selon le Dr Meili, qu'il est hors de contrôle en ce moment.

La situation de la Saskatchewan a même retenu l'attention en juillet lors de la 21e conférence mondiale sur le sida à Durban en Afrique du Sud, souligne le groupe de médecins.

Éducation et dépistage

Parmi les pistes de solutions, les médecins de la province souhaitent la création d'un groupe de travail provincial centré sur trois objectifs :

  1. Améliorer l'éducation et la sensibilisation du public.
  2. Développer un programme de dépistage universel.
  3. Financer le coût des traitements des personnes atteintes du VIH.

Le Dr Ryan Meili estime que chaque personne qui reçoit un diagnostic de séropositivité en Saskatchewan devra payer 450 000 dollars pour le coût d'un traitement antirétroviral à vie. « Qu'on paie les médicaments pour les patients qui sont séropositifs, dit Ryan Meili. En Colombie-Britanique, dans les autres provinces qui ont eu de vrais problèmes avec ça, c'est ça qu'ils font : personne ne paie pour ses médicaments de VIH. »

Le médecin estime qu'un demi-million de dollars par année permettrait de couvrir le coût annuel des traitements des patients saskatchewanais. « 500 000 $ de plus, ça couvre tous les patients de la province, mais ils ont refusé de faire ça. » Un investissement que la province devrait reconsidérer selon lui, parce que cette somme aiderait à contrer la propagation de nouveaux cas, qui engendrent des coûts considérables pour le système de santé.

L'objectif 90-90-90

Le Dr Ryan Meili souligne que son groupe de recherche a proposé en 2015 au gouvernement de la Saskatchewan d'adopter l'objectif 90-90-90 axé sur une idée prônée par l'Organisation mondiale de la santé.

L'objectif 90-90-90 vise à dépister 90 % des personnes séropositives, à administrer le traitement antirétroviral à 90 % de ces personnes, pour ultimement atteindre une charge virale indétectable chez 90 % des personnes sous traitement, et ce d'ici 2020.

« On a vu plusieurs pays et même plusieurs provinces au Canada accepter ce but, mais ici en Saskatchewan où ce problème est le pire, on n'a pas accepté ça. On a refusé ça », affirme Ryan Meili.

Selon le groupe de médecins, parce que les patients saskatchewanais reçoivent souvent un diagnostic tardif, ces derniers meurent dans une proportion plus élevée que la moyenne des patients séropositifs ailleurs au pays.

La Saskatchewan n'oublie pas ses séropositifs, selon le gouvernement

Le gouvernement saskatchewanais soutient que même si sa stratégie de lutte contre le VIH a pris fin en 2014, 4 millions de dollars ont été injectés annuellement dans ce domaine depuis ce temps.

D'après la province, il y a eu une augmentation des tests de dépistage du VIH en Saskatchewan et cette hausse contribue à l'augmentation du nombre de patients testés séropositifs. Plus de 72 000 patients ont été testés en 2015, une hausse de 48 % comparée à 2009, selon les autorités.

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